Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SENEGAL

Le régime de plus en plus isolé

Inprecor n° 286, 17 avril 1989 · p. 28 · 481 mots

France

SENEGAL Le régime de plus en plus isolé

A L'OCCASION du 29e anniversaire de l'indépendance du pays, Le 4 avril, le principal parti d'opposition, le Parti démocratique sénégélais (PDS) appelait à une manifestation dans Dakar, la capitale. Malgré cela, le PDS n'a, en réalité, rien fait pour organiser sérieusement cette initiative et sa direction est finalement restée à la maison. Pourtant, la majorité de la population de la ville est descendue dans la rue pour manifester sa volonté d'en finir avec le régime d'Abdou Diouf. Celui-ci avait évidemment interdit la manifestation et la police quadrillait le centre ville. Quelques affrontements eurent lieu et la police procéda à 180 arrestations.

Le régime sénégalais est plus que jamais discrédité. La crise économique, combinée à une corruption inouïe dans les sommets de l'Etat, a ravagé le pays (voir Inprecor numéro 275 du 31 octobre 1988). Tout cela pourrait paraître habituel pour un pays du Tiers-monde. Mais cela acquiert une toute autre signification sachant que le Sénégal est dirigé par un parti membre de l'Internationale socialiste et protégé par une solide présence militaire française. En effet, largement dominé par l'impérialisme français, le Sénégal d'Abdou Diouf bénéficie d'une totale protection de la part du Parti socialiste français.

Prétendue "vitrine démocratique" de l'Internationale socialiste en Afrique, ce pays n'est généralement évoqué dans la presse occidentale que comme un exemple de pluripartisme et de démocratie parlementaire. Il a pourtant été pillé sans vergogne par la classe dirigeante. Alors qu'une richesse arrogante s'affiche dans certains quartiers de la capitale, le reste de la population sombre progressivement dans la misère. Grèves et manifestations sont le plus souvent interdites ou réprimées ; 25 000 français vivent sur place, dont une bonne partie travaille dans le "business" et une autre dans l'appareil d'Etat lui-même ; plusieurs centaines de militaires français logent aux portes de Dakar.

Pratiquement tous les secteurs sociaux s'opposent maintenant au régime et la grève des enseignants de l'Université se poursuit depuis le 11 février (voir Inprecor. numéro 285, du 3 avril 1989). La contestation s'affirme également dans l'armée et la police. Face à cette situation, l'attitude de l'opposition apparaît comme des plus timides.

Le PDS, parti d'opposition bourgeoise libérale, se refuse à organiser les milliers de personnes qui suivent ses appels à manifester. Avec deux organisations pro-soviétiques, il forme un cartel qui se contente de réclamer un gouvernement d'union nationale avec l'actuel régime. Alors que la majorité de la population est prête à la lutte, l'essentiel de l'opposition se contente d'une vague propagande. Seuls quelques secteurs révolutionnaires, dont l'Organisation socialiste des travailleurs (section sénégalaise de la Quatrième Internationale), cherchent, avec encore de faibles moyens, à offrir des perspectives au mouvement populaire, en proposant une organisation à la base dans les quartiers, en donnant un contenu antiimpérialiste aux mobilisations, en refusant un gouvernement d'unité nationale et en participant concrètement aux diverses grèves que jusqu'à présent, le PDS refuse de soutenir.

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