COLOMBIE Rapport accablant des Nations-Unies
UNE COMMISSION des Nations Unies sur les droits de l'Homme a rédigé, pour la première fois, un rapport sur les "disparitions" en Colombie. Un groupe de travail a enquêté dans le pays durant les mois d'octobre et de novembre et a soumis son rapport début février. Ce document de 39 pages comporte d'imporconcernant la responsabilité du gouvernement du Parti Libéral du président Virgilio Barco Vargas dans ces violations des droits humains.
"La protection légale des citoyens contre les abus de la force publique
semble avoir diminué. Tandis que l'imprécision des dispositions de la législation antiterroriste a augmenté le phénomène des disparitions". Telle est la conclusion du rapport des experts de l'ONU. Plus précisément encore, ce texte reconnaît que des unités des forces armées colombiennes et des services de sécurité sont directement impliquées dans ces "disparitions forcées". Largement censuré dans la presse colombienne ce rapport précise également que le gouvernement n'a absolument rien fait pour sanctionner les fonctionnaires responsables de telles atteintes aux droits de l'Homme et pour les traduire en justice.
La même commission de l'ONU a produit un autre rapport, rédigé par Amos Wako, concernant 47 pays et dans lequel le chapitre sur la Colombie comporte l'une des listes les plus longues de violations caractérisées des droits humains. En 1988 plus d'un millier de personnes auraient ainsi été assassinées par des membres des forces de sécurité et des groupes paramilitaires. Parmi les victimes l'on trouve de nombreux syndicalistes et membres de partis politiques, des paysans, des avocats, des juges et des journalistes (voir Inprecor numéro 285, du 3 avril 1989).
Certaines organisations non gouvernementales ont apporté leur propre témoignage sur le problème. Selon l'organisation Pax Romana par exemple, il y aurait eu 14 000 meurtres au sujet desquels aucun tribunal n'a, à ce jour, prononcé de jugement. D'après le témoignage de Carlos Eduardo Lozano, ancien directeur de l'Instruccion criminal (le bureau d'enquête criminelle) rapporté par Pax Romana, "des secteurs de l'armée et de la police ont soutenu et couvert les actions des groupes paramilitaires qui ont tués des milliers de dirigeants de l'opposition, de paysans, de syndicalistes et de prêtres".
Le gouvernement colombien s'est bien gardé de prendre en compte ces mises en accusation. Lors d'une de ses réponses écrites à une injonction de Amos Wako, il affirmait le 9 janvier dernier qu'il n'avait aucune information sur la possibilité que des membres des services de sécurité de l'Etat aient commis des abus d'autorité et des actions illé-
Le gouvernement colombien a pourtant toujours réussi à échapper à une condamnation publique, lors d'une session des Nations Unies. Cette impunité est le résultat d'une subtile tactique diplomatique des autorités colombiennes. Cela crée une situation qui encourage les exactions des groupes paramilitaires et des escadrons de la mort liés aux services de sécurité et à l'armée.
Rien qu'en janvier de cette année, 251 meurtres politiques ont été dénombrés et 30 personnes ont disparu. Une claire indication que l'année 1989 risque meurtres et exactions des années pré-