Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EL SALVADOR

"Lettre ouverte" de l'UNTS

Inprecor n° 287, 1er mai 1989 · p. 27, 27 · 917 mots

El Salvador Syndicalisme Amérique centrale

EL SALVADOR "Lettre ouverte" de l'UNTS

LE CONSEIL national de l'Unité nationale des travailleurs salvadoriens (UNTS) a publié, le 4 avril, une "Lettre ouverte", adressée au Comité pour la liberté syndicale de l'Organisation internationale du travail (OIT) ; à la Commission interaméricaine des droits de l'Homme (CIDH) ; à la Commission des droits de l'Homme des Nations-Unies (ONU) ; à Amnesty International; à American Watch ; au Congrès et au Sénat des Etats-Unis d'Amérique ; aux Présidents du Guatemala, du Honduras, du Nicaragua et du Costa-Rica. Nous en publions de larges extraits.

"Au nom des travailleurs d'El Salvador, de la population civile et de nos syndicats et branches d'industries, permettez-nous de vous manifester notre profonde préoccupation devant l'augmentation des violations des droits de l'Homme au Salvador. Violations, qui se sont accrues à partir du résultat, favorable à l'ARENA, des élections législatives de 1988, et à partir du résultat électoral du 19 mars de cette année, où l'ARENA a conquis le pouvoir exécutif. Nous avons expérimenté de quelle façon les militaires membres de ce parti ont multiplié leurs attaques contre nos syndicats, contre les partis politiques d'opposition et contre la population civile.

En voici quelques exemples :

I) Depuis 1988, on maltraite les prisonniers politiques dans les prisons de l'Etat salvadorien ; le pouvoir judiciaire les garde en détention sans preuves ni procès, et le ministre de la Justice et le Haut-Commandement des Forces armées refusent de leur accorder le "statut" de prisonniers politiques.

II) Le 15 février 1989, des éléments de la police nationale, placerent un engin de forte puissance explosive dans les bureaux de l'UNTS, les détruisant partiellement. Deux jours après, des membres de la première Brigade d'infanterie ont tiré, à deux reprises, des coups de feu sur la façade, déjà à demi détruite de

III) Le 22 février 1989, des membres de la même Brigade ont placé un engin explosif dans les locaux de la FENAS. TRAS, qui a détruit partiellement le local

IV) Le 20 février, des éléments de la police nationale ont capturé Mateo Diaz Bernal, secrétaire de la commission des

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conflits du syndicat SOICSCES. Ce camarade, selon des témoins oculaires, est toujours prisonnier à la caserne centrale de la police nationale, torturé et en proie à de graves problèmes mentaux.

v) Le 22 février, le général Juan Rafael Bustillo, chef des Forces aériennes a ordonné l'arrestation de Miguel Angel Lazo Quintanilla, secrétaire de la commission des conflits du syndicat des professeurs particuliers et membre de ANDES. Le 27 février, on a trouvé le cadavre de Lazo Quintanilla, portant des marques de torture, ainsi que le corps d'un membre de la Fédération syndicale,

VI) Dans le cadre pré-électoral, à partir du 15 mars 1989, plus de 25 dirigeants et militants de nos organisations ont été arrêtés. On a essayé d'entrer par effraction dans les locaux de l'UNTS, de la FENASTRAS et de la CODEFAM. Après les élections du 19 mars, 3 journalistes, 2 nationaux et un Hollandais, ont été assassinés et on a enlevé les syndicalistes Wilfredo Mauricio Galdamez du STISSS, Otoniel Guevara de l'UES, Miriam Arely Perez Orellana du CODYDES, Rosa Elia Dominguez du STISSS, Juan José Huezo, secrétaire à l'organisation de la FENASTRAS, Carlos Huezo, employé de l'UNTS et plus de 20 habitants de la zone orientale du pays.

VIl) L'une des dernières violations des droits de l'Homme et des droits syndicaux, a été le blocus militaire des environs des locaux de l'UNTS. Ce blocus a été renforcé le 20 mars 1989 (un jour après le "triomphe" de l'ARENA), et des éléments de l'armée ont fait savoir qu'ils avaient des ordres, en provenance du Haut-Commandement des Forces armées et de Cristiani, de ne laisser entrer personne dans nos locaux.

Les membres des Forces armées qui ont encerclé notre local, situé dans la Calle Oriente, 17, à San Salvador, ont tenté de capturer des dirigeants du Comité exécutif, des dirigeants de nos centrales et des membres de base de nos syndicats. (...)

Nous considérons que c'est le début d'une série de violations de notre Constitution politique, en ce qui concerne les droits individuels et syndicaux ; et des accords internationaux, en particulier ceux qui ont été signés par l'Etats du Salvador avec l'OIT, I'ONU et l'OEA.

VIII) Le chef de l'armée, dans la ville de Sonsonate, a ordonné l'arrestation de 9 coreligionnaires et militants de la Convergence démocratique qui, lors des élections du 19 mars 1989, avaient été assesseurs de cette coalition. Ils ont été torturés pendant 7 jours dans la caserne militaire

Messieurs, membres de l'OIT, OEA, ONU, Amnesty International, American Watch, Congrès et Sénat des EtatsUnis, Présidents du Guatemala, du Honduras, du Nicaragua et du Costa-Rica, les faits ci-dessus mentionnés ne sont qu'une petite démonstration de l'augmentation du nombre des violations des droits de l'Homme. (...)

Nous vous prions, de façon urgente, de venir enquêter "in situ" sur l'escalade de la terreur d'Etat que la population civile de notre pays subit, et sur les violations des droits des travailleurs.

De même, nous vous invitons instamment, à dénoncer, dans les forums internationaux, le fait que l'aide extérieure accordée au Salvador ne sert qu'à détruire les organisations syndicales et à répandre le sang de la population civile, et qu'en conséquence il soit discuté de la suspension des millions d'aide militaire qui servent à la guerre, et que soit engagée une solution politique négociée à la guerre civile et à la grave crise qui s'abat sur le peuple d'El Salvador."

Consell national de l'Unité nationale des travallieurs salvadoriens (UNTS) San Salvador, El Salvador

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