BOLIVIE Le fantôme du général Banzer
LE GENERAL Hugo Banzer, dictateur de la Bolivie de 1971 à 1978, réapparaît à la télévision, tel un fantôme surgi du passé, toutes les heures durant la campagne électorale pour l'élection présidentielle qui aura lieu le 7 mai prochain. L'ancien dictateur dépense des sommes colossales pour gagner cette élection. "Vous me connaissez", dit-il en s'adressant aux téléspectateurs.
Bien sûr que les Boliviens se souviennent de lui ! Le général Banzer, dictateur assoiffé de sang, avait essayé d'écraser le mouvement ouvrier, avait échoué, et avait été renversé. Mais il n'a pas tout raté. Même aujourd'hui, son ombre se projette sur la politique économique de la Bolivie. C'est lui qui a introduit "l'économie des portes ouvertes", qui
Aujourd'hui, la Bolivie est un brillant exemple du nouvel esprit de libre-entreprise tant vanté par les économistes oc-
"Je n'ai jamais vu la Bolivie aussi pauvre que maintenant"', dit José Clemente Maurer, le vieux cardinal de 89 ans, dans une interview au quotidien
Tania Rodriguez, une Bolivienne qui est récemment revenue dans son pays, après huit ans d'exil en Suède, déclare qu'elle a reçu un véritable choc à son arrivée : "c'est bien pire qu'avant. La pauvreté saute aux yeux, il y a des quantités de mendiants dans les rues".
La plus grande "réussite" du général Banzer, c'est la fabuleuse dette extérieure de la Bolivie. Sous sa dictature, la dette est passée de 782 millions de dollars à 3 102 millions de dollars. L'économiste Oscar Ugarteche pense qu'il y a peu de pays qui ait aussi mal utilisé leurs ressources que la Bolivie. Seuls 21% des prêts sont utilisés de façon productive. Entre 1971 et 1984, l'évasion des capitaux a atteint les 677 millions de dol-
Le gouvernement bourgeois dirigé par Victor Paz Estensorro, qui est arrivé au pouvoir en 1985, a poursuivi la politique économique de la nouvelle libreentreprise du général Banzer. Tous les ans, le gouvernement Paz a fidèlement payé 300 millions de dollars comme service de la dette extérieure.
Les mines, cœur de l'économie bolivienne, ont été largement privatisées. 112 mines ont été fermées, et 100 000 ouvriers ont perdu leur emploi, depuis 1985. Dans la même période, les prix des biens de consommation ont augmenté de 269%, alors que les salaires n'ont cru que de 15% en moyenne, par an. Selon la Centrale ouvrière bolivienne, la COB, le salaire moyen, à peu près 58 dollars par mois, ne couvre qu'environ dix jours de besoins courants. Ainsi, la consommation d'une famille bolivienne moyenne s'est-elle trouvée réduite de 40% en trois
Le parti au gouvernement, le Mouvement nationaliste révolutionnaire (MNR), n'a guère de chances de vaincre lors de l'élection de mai. Dans un pays où les votes s'achètent pour un sac de riz, et où la gauche n'a pas réussi à construire une véritable alternative, l'ancien dictateur Banzer pourrait très bien en être le vainqueur.
Celui-ci est présenté par son parti, l'Alliance démocratique nationale (ADN), alliée aux démocrates-chrétiens. Des foules de paysans pauvres se rassemblent tous les jours devant les locaux électoraux de Banzer, au 16 de l'Avenue Julio, à La Paz. Ils veulent rejoindre le parti de Banzer et obtenir quelque récompense matérielle en retour.
Dans un récent sondage d'opinion, Banzer menait avec 31,8% des suffrages, contre 19% au candidat du Mouve-
ment de la gauche révolutionnaire (MIR), social-démocrate. Il est probable qu'aucun des candidats n'aura la majorité absolue ; mais ce qui est sûr, c'est que la victoire reviendra, en tout cas, à la libreentreprise.