EN
BREF...
MEXIQUE La grève des enseignants
LA PRESQUE TOTALITE des enseignants de la ville de Mexico et des Etats de Chiapas et Oaxaca ont suivi le 17 avril, l'appel à la grève, lancé par la Coordination nationale des travailleurs de l'Education (CNTE), courant démocratique du Syndicat national des travailleurs de l'Education (SNTE), qui regroupe, dans un seul corps, tous les employés du ministère de l'Education publique, soit 1 200 000 personnes. L'objectif de la mobilisation était la satisfaction de la revendication d'une augmentation de salaire de 100%, et la possibilité de tenir un congrès démocratique du plus grand syndicat de toute l'Amérique latine, congrès qui permettrait à la base d'avoir le droit d'élire une nouvelle direction.
Le gouvernement a offert une augmentation de 10%, ce qui porte le salaire moyen à environ 150 dollars mensuels. Face à l'ampleur de la mobilisation, il a dû par la suite destituer, le 23 avril, le "leader moral à vie" du syndicat, Carlos Jongitud Barrios, et l'a remplacé par Elba Ester Gordillo, proche de la présidence, pour apaiser les enseignants.
Le lundi 24 avril, des centaines de milliers d'enseignants ont fêté cet événement, dans ce qui fut l'une des manifestations les plus importantes qu'aie connues le pays et au cours de laquelle ils ont ratifié leur décision de continuer la grève jusqu'à l'obtention d'une augmentation de salaire suffisante, pour "ne plus avoir à exercer de petits métiers parallèles comme chauffeur de taxi ou vendeur ambulant" et pour qu'il soit accepté que les travailleurs puissent, eux-mêmes, élire leurs dirigeants.
De leur côté, les autorités ont déclaré la grève non justifiée, sous prétexte qu'une augmentation plus importante "mettrait en question l'équilibre économique précaire du pays et relancerait l'inflation". Les grévistes sont soutenus par les parents d'élèves qui ont organisé des loteries et des collectes. De même, les syndicats indépendants soutiennent le mouvement. Les conducteurs de bus de Mexico ont arrêté le travail le 23 avril, en solidarité avec les enseignants.
La majorité des syndicats du Mexique sont affiliés au Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), au pouvoir depuis sa fondation, il y a 60 ans. De cette façon la plupart des travailleurs mexicains sont formellement membres de ce parti. Les dirigeants ouvriers, de leur côté, jouissent de privilèges économiques et politiques, de sorte que le SNTE, par exemple, compte deux sénateurs, 16 députés fédéraux, 42 députés régionaux et 500 maires. Il faut ajouter à cela l'impunité dont ils jouissent par rapport à la corruption et au gangstérisme qui leur servent à asseoir leur pouvoir. Carlos Jongitud avait pris la direction du SNTE, à la pointe du pistolet en 1972. Entre 1980 et 1989, 150 opposants furent asmouvement des enseignants s'inscrit à la suite de la défaite subie par le PRI aux élections présidentielles du 6 juillet dernier (voir Inprecor numéro 24 du 5 septembre 1988). Le gouvernement avait déjà voulu arrêté cette dynamique de défaites, lorsqu'il a fait emprisonné manu militari, le dirigeant du syndicat du pétrole. Cependant, l'Etat ne pourra pas calmer les revendications démocratiques des masses avec des changements superficiels, comme le remplacement de la direction bureaucratique du SNTE. Cette mesure, prise à cause de l'impact de la mobilisation, témoigne cependant de la possibilité pour des luttes ouvrières d'envergure de faire avancer la démocratisation de la vie syndicale au