E PREMIER avril, premier jour d'application des mesures, des incidents se produisaient dans divers hôpitaux : des malades et des visiteurs exprimaient bruyamment leur mécontentement.
Mais des grèves et des cortèges avaient déjà été organisés, dès le lendemain de l'annonce des mesures gouvernementales, indépendamment des directions syndicales. L'épisode le plus significatif a été la grève spontanée durant trois heures, des métallos d'Ansaldo et Breda Fucine, à
Sesto S. Giovanni, citadelle ouvrière très connue dans la grande banlieue de Milan.
1500 ouvriers défilaient dans les rues de la ville, et
"occu-
300 d'entre eux paient" le local régional des trois centrales syndicales pour exiger que celles-ci prennent des initiatives de mobilisations contre les augmentations des tickets modérateurs. Des manifestations similaires avaient lieu dans d'autres usines en
Lombardie, en Emilie, à Génes, à Ancone, etc. Les mobilisations se sont poursuivies dans les suivants : le travail a été arrêté jours dans des centaines d'usines, entrainant à l'action des directions syndicales périphériques et catégorielles.
Riposte massive
Le 10 avril, les métallos et les travailleurs du textile se mettaient en gève pour deux heures, alors qu'une cinquantaine de grèves éclataient au niveau provincial et qu'avaient lieu des centaines d'assemblées de travailleurs. Même à la
Fiat, à Turin, où la situation reste difficile pour les travailleurs, une grève a été proclamée et massivement suivie. Le même jour, les mobilisations contre les mesures gouvernementales se combinaient à des manifestations des retraités. Selon le quotidien du Parti communiste italien
(PCI), environ 300 manifestations avaient lieu avec la participation d'un million de personnes (dont 30 000 à Mestre, près de Venise, 15 000 à Brescia et à
Gênes, 20 000 à Bologne, 10 000 à Trieste et à Bari). Le 12 avril, 100 000 personnes défilaient dans les rues à Milan, et le
18 avril, 80 000 personnes à Florence.
La riposte des travailleurs provoqua des hésitations et des divergences au sein du gouvernement (certains ministres n'hésitèrent pas à critiquer les mesures qu'ils avaient pourtant approuvées). Par la suite, on décida de réduire les augmentations des tickets modérateurs, et de nouveaux barème furent fixés. En fait, pour reprendre l'expression du plus grand quotidien bourgeois, il ne
ITALIE
La grève en bonne santé
LA GREVE GENERALE du 10 mai est l'aboutissement d'une vague de grèves et de manifestations qui a été déclenchée en riposte aux décisions adoptées, le 23 mars dernier, par le gouvernement des cinq partis, présidé par le démocrate chrétien, Ciriaco De Mita. Dans l'effort pour réduire un déficit budgétaire qui ne cesse de s'accroître, celui-ci a pris une série de mesures dont la plus spectaculaire (et la plus impopulaire)
est une hausse sensible des tickets modérateurs sur les analyses, les radiographies, les consultations chez des spécialistes et l'hospitalisation, de même que sur les médicaments.
Livio MAITAN s'agissait que d'une mesure d'assouplissement. Les mobilisations ne se sont donc pas arrêtées, et les directions syndicales ont maintenu la grève générale qu'elles avaient initialement annoncé pour le 21 avril, malgré les fortes pressions du gouvernement et la condamnation explicite de la grève par le secrétaire du Parti socialiste italien (PSI)
et ancien Premier ministre, Bettino Craxi. Ajoutons que le 5 avril, 250 000 fonctionnaires s'étaient mis en grève, et que le 28 avril, une grève de 24 heures paralysait complètement le réseau ferroviaire.
Les tournants de la bureaucratie syndicale
Les trois centrales syndicales
(CGIL, CISL et UIL) ont opéré d'intéressants tournants tactiques tout le long de cette vague de protestation ouvrière.
Lorsque le gouvernement a annoncé ses mesures, elles n'étaient pas favorables à des mobilisations de masse et surtout pas une grève générale. Le 29 mars encore, le secrétaire de la CGIL,
Bruno Trentin, dont la renommée internationale de syndicaliste de gauche est plus que jamais usurpée, déclarait au quotidien Corriere della sera : "L'époque des grèves de protestation est révolue.
On ne peut pas se limiter à rassembler le mécontentement, il faut démontrer qu'il existe des lignes alternatives. Il est nécessaire d'avoir un esprit de proposition et de créer une mobilisation sur cette base. Aujourd'hui, nous n'avons pas perdu une seule minute à discuter d'une grève générale. " En fait, le 18 avril, les trois centrales présentaient
"contreune espèce de plan", impliquant notamment une réforme de l'administration publique, une restructuration des impôts immobiliers, l'autonomie fiscale des communes, la taxations des capital gains, etc. Elles proposaient aussi au gouvernement de placer des titres à long et à moyen terme sur le marché international, de prolonger la durée des dettes, de limiter le volume des dépenses publiques par rapport au Produit intérieur brut
(PIB). Il ne s'agit, donc, dans la meilleure des hypothèses, que de mesures de rationalisation qui ne pouvaient pas déclencher l'enthousiasme des travailleurs.
Un million de manifestants
Cependant, la bureaucratie syndicale a dû se rendre compte qu'elle ne pouvait pas aller à l'encontre de la volonté manifeste des salariés. Finalement, le 21 avril, elle se décida à proclamer une grève générale.
Toutefois, les dirigeants syndicaux se d'expliquer qu'ils sont empressés n'avaient nullement l'intention de faire tomber le gouvernement: ils ne voulaient que l'amener à changer les décisions du
23 mars. Selon leur tradition, ils limitaient la portée de la grève : quatre heures dans l'industrie et dans les bureaux, de même que dans les banques, deux heures dans les chemins de fer et les transports urbains.
La grève a été massivement suivie dans tous les secteurs et dans l'ensemble de la péninsule (selon les syndicats, dans l'industrie, 90% des travailleurs auraient participé à la grève et 70% dans la
Fonction publique et les services). Les manifestations qui avaient été convoquées par les syndicats, ont rassemblé des foules encore plus nombreuses qu'à l'occasion de la précédente grève générale du 25 novembre 1987 : un million de personnes au total (selon les syndicats), dont 120 000 à Florence, et
100 000 à Rome.
Les travailleurs ont démontré leur volonté de se battre. Mais il ne suffira pas d'une grève générale, somme toute symbolique, pour obliger le patronat et le gouvernement à renoncer à leur politique d'austérité et de restructuration.
12 mal 1989