IL SERAIT bien entendu impossible de reproduire in extenso les milliers de pages de polémiques, et d'invectives échangées entre les deux partis "frères", tout au long des trois décades de brouille. Nous nous contenterons donc de reproduire quelques citations qui résument les positions des deux partis communistes sur les principaux thèmes de leur désaccord. DOCUMENT LA COEXISTENCE PACIFIQUE: "L'Union soviétique et tous les pays socialistes ont ouvert à l'humanité le chemin d'un développement social sans guerre, sur la base d'une collaboration pacifique. Le conflit entre les deux systèmes doit, et peut, être résolu par des moyens pacifiques. (...) La coexistence est une chose réelle, une nécessité objective découlant de la situation mondiale actuelle de la société humaine. (...) Plusieurs personnalités bien connues, et en premier lieu le président Eisenhower, veulent trouver les voies pour renforcer la paix." (URSS : N. Krouchtchev, discours au Soviet Suprême, 31 octobre 1959)
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"Lénine nous a enseigné qu'à l'époque de l'impérialisme, le système impérialiste est source de guerre. La guerre impérialiste est la continuation de sa politique d'agression et d'asservissement. En temps de paix, l'exploitation et l'oppression par les impérialistes des peuples chez eux, leur domination et leur pillage dans les colonies et les semi-colonies, et la rivalité entre les groupes du capital monopoliste dans les divers pays, engendrent en fait de nouvelles guerres. Pour les impérialistes, la paix n'est rien d'autre qu'un intervalle entre deux guerres. Profitant de l'intervalle, ils travaillent énergiquement à étendre leurs armements et à faire des préparatifs pour une prochaine guerre. Dernièrement, certaines figures représentatives du groupe dirigeant des Etats-Unis semblent rendre verbalement grâce à la paix, et se poser en pacifistes. Mais de nombreux faits ont montré que, tout en jonglant avec la paix, Eisenhower et les siens ont fait d'actifs préparatifs de guerre. Ils n'abandonneront jamais leur politique de guerre. La paix désirée par l'impérialisme américain est une paix de domination de tout le globe par les Etats -Unis. Ni Eisenhower aujourd'hui, ni Dulles (Secrétaire d'Etat d'Eisenhower, ndir) dans le passé, n'ont fait aucun effort pour cacher le sens réel de leur prétendue "paix avec justice". C'est une paix dont l'objet est d'éliminer le socialisme, de ne permettre aucune révolution dans aucun pays, et de forcer tous les peuples du monde à se soumettre à l'oppression et à l'exploitation par les capitalistes monopolistes américains." (Chine : Le Drapeau rouge, 1er avril 1960)
**• LA REVOLUTION "ININTERROMPUE": "Lénine a appliqué et développé d'une façon brillante l'idée marxiste de la révolution ininterrompue, en la considérant comme un principe d'orientation fondamentale de la révolution prolétarienne. Lénine a expliqué que le prolétariat doit conquérir la direction de la révolution bourgeoise démocratique et transformer sans interruption la révolution bourgeoise démocratique en révolution socialiste. Lénine a précisé ultérieurement que la révolution socialiste n'est pas le but final, et qu'il faut avancer encore afin d'accomplir la transition à l'étape plus élevée du communisme. (Chine : Rapport de Lu Ting-Yi, Hsinhua New Agency, 23 avril 1960)
"Le prolétariat doit s'unir avec la bourgeoisie dans son soutien aux mouvements nationaux, mais il doit combattre résolument contre ses positions de compromis, de capitulation et d'opposition à la révolution et au peuple. Des mesures doivent être prises pour éviter que la bourgeoisie nationale ne monopolise les résultats de la révolution et ne mette sur pied une dictature bourgeoise. La lutte nationale et la lutte des classes des nations opprimées sont liées réciproquement. C'est seulement quand la lutte nationale se termine victorieusement, qu'il est possible de parler de libé-
ration pour les classes opprimées et seulement quand la lutte des classes opprimées est réalisée qu'il est possible d'achever la libération nationale intégrale. C'est pourquoi le prolétariat des nationalités opprimées ne doit pas seulement jouer un rôle actif dans les mouvements de libération nationale, mais aussi être au premier rang dans la lutte et l'effort pour devenir la force dirigeante. Le prolétariat doit s'opposer à l'instauration d'une dictature bourgeoise, s'efforcer de former une dictature démocratique populaire, diriger la révolution de façon à ce qu'elle culmine dans le socialisme et supprimer complètement l'inégalité parmi les nationalités et les classes." (Chine : Le Quotidien du peuple, 25
"Dans leurs conversations avec des délégations des partis communistes des pays libérés, dans leurs discours et allocutions à des conférences internationales, les représentants chinois ne parlent que de la nécessité de déclencher la lutte armée dans ces pays. (...) Les marxistes-léninistes ont toujours appuyé les soulèvements armés contre les seigneurs colonialistes et contre les tyrannies, ont appuyé les guerres de libération des peuples opprimés, et continuent à agir ainsi. Mais ils se sont toujours opposés à une tactique schématique, qui est basée sur une utilisation dogmatique d'une seule forme de lutte, sans tenir compte des conditions concrètes. Pareille tactique est d'autant plus néfaste dans la situation présente, que dans de pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique Latine, des gouvernements nationaux sont venus au pouvoir, qui poursuivent une politique anti-impérialiste. Lorsqu'on pose dans une telle situation le mot d'ordre de la lutte armée en tant que solution universelle, on crée doublement des dommages, on désoriente les forces de libération nationale et on les retient de combattre l'impérialisme. N'est-il pas insensé de dire que la tâche de l'insurrection armée est placée devant les travailleurs d'Algérie, du Ghana, du Mali et de quelques autres pays ? Pareil objectif aboutit en définitive à appuyer les réactionnaires, qui désirent renverser les gouvernements existants dans ces pays. Et la tentative de réaliser cet objectif ne créerait que des dommages dans des pays comme l'Indonésie ou Ceylan." (URSS : Souslov, Pravda, 3 avril 1964) TRANSITION PACIFIQUE : "Nous devons participer aux luttes parlementaires, mais sans aucune illusion dans le système parlementaire bourgeois. Pourquoi ? Parce qu'aussi longtemps que la machine étatique des seigneurs de guerre bourgeois et des bureaucrates reste inchangée, le parlement sera toujours un ornement de la dictature bourgeoise, même si le parti de la classe ouvrière dispose d'une majorité parlementaire ou devient le parti le plus fort dans le parlement. Aussi longtemps que la machine étatique existe, la bourgeoisie est tout à fait en condition — à tout moment, seIon ses propres intérêts — soit de dissoudre le parlement si nécessaire, soit d'utiliser différents trucs ouverts ou cachés pour transformer un parti ouvrier qui serait le parti le plus fort dans le parlement en une minorité, ou pour obtenir comme résultat qu'il ait moins de sièges, même s'il a reçu plus de voix qu'auparavant. C'est pourquoi il est difficile d'imaginer que dans une dictature bourgeoise, il puisse y avoir des changements à la suite de votes au parlement et il est également difficile pour le prolétariat de faire adopter au parlement des mesures aptes à assurer le passage pacifique au socialisme, par le fait d'avoir obtenu un certain nombre de voix. Plusieurs expériences dans les pays capitalistes, pendant une longue période, l'ont entièrement prouvé et les expériences faites dans différents pays d'Europe et d'Asie après la Deuxième Guerre mondiale en fournissent de nouvelles preuves." (Chine : Drapeau Rouge, 1960) RAPPORTS ECONOMIQUES : "Chacun sait que s'appuyer sur ses propres forces ne signifie pas pratiquer une politique de la porte fermée, ni refuser l'aide extérieure. Mais, dans sa révolution et sa construction, chaque pays doit s'appuyer principalement sur ses propres forces, l'assistance extérieure ne jouant qu'un rôle d'appoint. En tout cas, la division internationale du travail et la coopération dans la production ne doivent pas être utilisées comme prétexte pour s'opposer au principe de compter sur ses propres forces. L'essence de la controverse ne réside pas là. Ceux qui se prononcent contre nous, n'adhèrent vraiment pas à l'internationalisme et n'espèrent pas sincèrement augmenter la puissance de l'ensemble du camp socialiste par une division internationale du travail et une coopération dans la production qui répondent aux besoins de chaque pays et procurent des avantages mutuels. Ils ne les utilisent que comme une marque séduisante pour couvrir leur façon d'agir qui est de chercher un intérêt au détriment des autres, une façon d'agir caractéristique des relations entre pays socialistes, afin d'entraver les efforts déployés par les pays socialistes économiquement sous-développés pour développer une économie nationale indépendante et faire dépendre économique-ment ces pays d'eux et les mettre sous leur contrôle politique." (Chine: Hsinhua News Agency, 18 septembre
"La victoire de l'URSS dans la compétition économique avec les Etats-Unis et la victoire du système socialiste tout entier sur le système capitaliste marqueront un tournant radical dans l'Histoire, exerceront une influence encore plus révolutionnaire sur le mouvement ouvrier dans le monde entier. Alors il sera clair, même pour les plus indécis, que seul le socialisme apporte tout ce qui est nécessaire à l'homme pour une vie heureuse, et ils feront leur choix en faveur du socialisme. Gagner du temps dans la compétition économique avec le capitalisme : voilà ce qui est la chose importante aujourd'hui." (URSS : Rapport de Krouchtchev à la conférence des 81 partis communistes. Problèmes de la Paix et du Socialisme, janvier 1961).