DEPUIS SON SUCCES sans précédent aux élections générales de 1984, qui ont suivi l'assassinat de sa mère (1), le Premier défaite qu'a subi son Parti du Congrès, en février dernier, aux position derrière la fraction Jayalitha de l'AIADMK (All-india
Anna Dravida Munnetra Kazhagam), parti régionaliste tamoul.
précédent, qui a gagné les élections. Il s'agit du parti qui est le plus favorable aux Tigres pour la libération du Tamil Eelam
(LTTE) au Sri-Lanka, qui représentent pour Rajiv Gandhi un des
Inprecor s'est entretenu avec M. N. Navid, un des dirigeants changements intervenus dans la situation politique en Inde,
DOSSIER INDE
Rajiv Gandhi sur le déclin ministre indien, Rajiv Gandhi, a connu un déclin rapide. La élections de l'Etat de Tamil Nadu l'a bien illustré.
Le Parti du Congrès est arrivé péniblement en troisième
C'est le DMK (Dravida Munnetra Kazhagam), scission du problèmes les plus épineux de sa politique étrangère (2).
de la section indienne de la iVe Internationale, sur les ainsi que les répercussions de l'échec de Rajiv Gandhi
NPRECOR : Quels sont les perspectives de changement dans la situation politique in-
M. NAVID : Le déclin de Rajiv Gandhi n'est pas une surprise. Le cadre dans lequel il faut voir la politique indienne est celui d'une crise endémique de direction politique. Rajiv Gandhi ne peut la résoudre, pas plus qu'aucun de ses successeurs prévisibles. Il y a une sorte de paradoxe entre cette crise de direction bourgeoise endémique et la durabilité globale du système politique dans laquelle elle se déroule. Ainsi une série de crises politiques ont éclaté, sans pour autant donner lieu à de grandes confrontations sociales.
Il faut savoir que depuis le déclin, à la fin des année 60, du Parti du Congrès, aucune formation n'a pris la relève de manière satisfaisante pour la bourgeoisie. Ainsi les élections ont-elles pris progressivement un caractère plébiscitaire.
D'une part le programme n'a plus tellement d'importance pour les différents partis politiques. Pour plusieurs raisons.
En premier lieu, l'électorat a acquis désormais la certitude que ces différents partis bourgeois seront incapables d'appliquer leurs propres programmes, car ils les ont déjà vu à l'œuvre.
Une autre raison est que tout parti qui arrive au pouvoir au niveau central doit gagner le soutien d'une grande variété de catégories sociales, allant des minorités permanentes, c'est-à-dire les intouchables et les musulmans, jusqu'aux castes moyennes et à la bourgeoisie agraire qui occupe une position très importante. Aujourd'hui, la bourgeoisie agraire diffère de la bourgeoisie industrielle dans le sens où, bien que son pouvoir économique soit en déclin relatif, son poids social et politique va grandissant. Elle dispose d'un atout que n'a pas la bourgeoisie industrielle. Elle a la capacité de gagner un soutien de masses. La bourgeoisie agraire, à la recherche d'ascension sociale, représente une catégorie de masse en Inde. C'est pour cela qu'elle est si efficace au niveau des
Ainsi, comme au niveau national ces partis doivent séduire ce genre de bloc, ils ne peuvent avoir un programme destiné exclusivement à un groupe particulier. Il leur faut alors trouver un programme qui apparaisse comme étant intercastes, inter-classiste, et régionaliste.
• Cela signifie que la compétition électorale se joue essentlellement sur des personnalltés ?
1) Indira Gandhi, fille du dirigeant nationaliste indien Nehru et mère de Rajiv Gandhi, a été Premier ministre à plusieurs reprises. Elle a été assassinée, en octobre 1984, par des membres de la communauté religieuse des Sikhs qui voulaient manifestement venger le massacre des leurs et l'évacuation par l'armée indienne du temple d'Or d'Amritsar, lieu sacré des Sikhs. Dans les semaines qui suivirent la mort d'indira Gandhi, près de 3 000 Sikhs furent massacrés, dont plus de 2 000 à Delhi.
2) Les Tamouls représentent près de 18% de la population du Sri Lanka (ancien Ceylan), soit 2,7 millions sur une population totale de 15 millions d'habitants. Les Ta-
— Aujourd'hui, on peut dire que les deux principaux rivaux pour la direction politique bourgeoise sont Rajiv Gandhi et son ancien ministre des Finances, V.P. Singh qui est à la tête d'une nouvelle formation politique appelée le Janata Dal, ou le Parti du peuple (3). Ce qui est intéressant à ce sujet, c'est que c'est la personne qui fait le parti, et non pas le parti qui fait émerger le dirigeant. C'est V.P. Singh qui a été l'élément fondateur de ce parti, tout comme autrefois c'est Indira Gandhi puis Rajiv Gandhi qui ont joué un rôle central dans la construction de leur parti.
Si l'on considère toutes les élections législatives qui ont eu lieu depuis 1971, on voit qu'elles ont toutes pris la forme d'un référendum sur une seule question. En 1971, les élections ont été remportées par Mme Gandhi sur le slogan "chassons la pauvreté !". L'élection de 1977 fut remportée par le Parti Janata sur le mot d'ordre : "fin de l'Etat d'urgence, dehors Indira /". L'élection de 1980 a été gagnée en scandant : "dehors le Parti Janata /". L'élection de 1984, quant à elle, a été remportée par Rajiv Gandhi sur le slogan : "sauvons le pays /".
Tout cela parce que ce n'est qu'au niveau d'une simple question ou sur une personne que les partis bourgeois peuvent offrir une alternative qui peut apparaître significative. Les prochaines élections suivront probablement le même schéma et le mot d'ordre probable sur lequel Rajiv Gandhi risque de tomber est : "halte à la corruption !".
En juin 1988, il y a eu d'importantes élections partielles. V.P. Singh lui même se présenta dans la circonscription d'Allabad. Malgré les énormes moyens employés par le Parti du Congrès, Il réussit a battre le candidat de ce parti avec une très large avance de 100 000 voix.
• Quel est le rôle des partis réglonalistes et des partis qui ont une base régionale, comme les partis de
— Au niveau d'un Etat, le programme ainsi que la stabilité de la base sociale pèsent plus qu'au niveau central. C'est justement cette force qui, si elle permet au Parti communiste marxiste (PCM) de gouverner au Bengale Occidental, comme certains partis bourgeois dans d'autres Etats, les disqualifie dans la conquête du pouvoir au niveau central. L'expérience du Parti Janata au pouvoir a montré l'instabilité inhérente aux coalitions de partis régionaux, surtout si l'un de ces partis représente la bourgeoisie mouls sont essentiellement hindouistes, et les Cinghalais qui forment la majorité dans l'ile sont boudhistes et considèrent que rile est le bastion de leur religion. Le Tamil Eelam est constitué par les régions nord et est du Sri Lanka, à majorité tamoule. Les Tigres pour la libération du Tamil Eelam (LTTE) sont la principale organisation séparatiste tamoule. En vertu de l'accord conclu entre l'inde et le Sri Lanka, en juillet 1987, sur la régionalisation de la partie tamoule de ifle, 6 000 soldats indiens débarquèrent à Jaffna, la place forte du territoire tamoul, en août 1987. A partir d'octobre de la même année, l'armée indienne entreprit une guerre d'extermination contre les Tigres. Voir dans Inprecor numéro 270, du 18 juillet 1988.
Cela parce que la bourgeoisie agraire devient de plus en plus une caste cristallisée avec des intérêts de classe très marqués, et qu'elle va exercer une pression très forte sur ce genre de coalition pour défendre ses propres intérêts. Et cela créera des tensions qui finiront par rompre la coalition.
D'autre part, la montée des partis régionaux au pouvoir au niveau des Etats a légitimé et renforcé le système politique dans son ensemble.
A la fin des année 60 et au début des années 70, quand le Parti du congrès se mit à décliner, la crise endémique de stabilité de la politique bourgeoise aurait été bien plus aiguë s'il n'avait pas été possible pour des oppositions régionales bourgeoises d'exercer le pouvoir au niveau des Etats.
• A-t-on vu de nouveaux partis émerger des luttes sociales de masse, comme par exemple de la grève historique des ouvriers du textile de Bombay en 1982-1983 ?
- Il y a eu le Front ouvrier mis en place par Datta Samant, le dirigeant de la grève du textile de Bombay. Il se présenta aux élections de 1984, mais de façon significative, seulement dans l'Etat du Maharashtra. Sa liste était l'expression du mécontentement et de la colère de la classe ouvrière. Le raz de marée
Rajiv Gandhi balaya tout le pays et sur les cinq circonscriptions de Bombay, la seule qui résista fut en fait celle où fut élu Datta Samant. Mais depuis lors, ce parti n'a pas connu de succès. En grande partie parce que Datta Samant n'a pas un programme qui aille au delà du réformisme. Dans la mesure où il est prêt à faire alliance avec les partis bourgeois d'opposition, il ne maintient certainement en rien une indépendance de classe.
Ainsi les travailleurs ont compris qu'il ne représentait pas vraiment une alternative. Il sera probablement balayé par la prochaine vague profitant à V.P.
Singh. Si les travailleurs pensent qu'il y a une alternative à Rajiv Gandhi, ce sera celle de Singh.
Il est également intéressant de noter que des sections de la gauche maoïste ont émergé des luttes dans les coins les plus arriérés de l'Inde, en particulier au
Bihar. Il y a des organisations qui ont des appuis de masse chez les paysans sans terre. Un de ces groupes est le Front des peuples indiens (IPF, Indian Peoples'
Front), c'est une organisation large qui a un parti maoïste derrière elle. L'IPF est devenu de plus en plus important dans le
Bihar, Il a sans conteste dirigé des luttes très radicales de paysans sans terre. Mais dans une certaine mesure, il a cédé à la tentation d'électoralisme et à celle de passer des alliances inter-classistes sans opportunistes.
• Rajlv Gandhi a-t-il pu réaliser ses objectifs en matlère de politique étrangère ?
- Son arrivée au pouvoir s'est accompagnée d'une plus grande auto-affirmation de l'Inde, d'une plus grande disposition à jouer le rôle qu'elle s'est elle-même donnée. Les principaux conseillers bourgeois du gouvernement pensent tous que l'Inde va devenir une puissance majeure dans l'arène mondiale. Cela découle pour eux de ses ressources naturelles, de sa taille et de sa suprématie dans la région. Deux exemples importants en ont été donnés récemment. l'accord indo-sri-lankais et l'envoi de troupes indiennes pour mettre fin au coup d'état aux îles Maldives (4).
L'engagement de l'Inde au Sri Lanka a représenté un tournant important. Très peu de temps auparavant, le gouvernement indien avait prévenu le gouvernement sri lankais qu'il ne tolérerait pas les tentatives d'imposer une solution militaire aux Tamouls, contre les Tigres de libération du Tamil Eelam. En fait, lorsque le gouvernement du Premier ministre sri lankais, Jayawardene, entreprit le siège de la ville de Jaffna, le gouvernement indien organisa un pont aérien et le largage de ravitaillement par les airs. Puis soudain, en l'espace d'un mois et demi, comme l'a si justement dit Premadasa, ministre du gouvernement Jayawardene, les protecteurs des
LTTE se mirent à les pourchasser : l'armée indienne se mit à affronter les Tigres.
L'accord était lui-même vicié, et ce pour plusieurs raisons.
Il l'était tout d'abord fatalement, car les Indiens ont été si prompts à le mettre en œuvre qu'ils ne s'embarrassèrent même pas d'impliquer des représentants de groupes Tamouls, même ceux qui auraient pourtant répondu avec empressement à l'appel du gouvernement indien. On a donc eu un accord indo-sri- lankais pour décider du sort des Tamouls dont les représentants étaient complèteexclus. C'était déjà ment mauvais en soi mais, en les clauses étaient plus, semblables à celles d'un contrat de mariage dans lequel le divorce aurait été prévu. L'accord parlait d'une fusion entre les régions est et nord (les deux régions à majorité tamoule), mais soumise à un référendum pour la population locale, ignorant que pendant une longue période ces régions ont connu une colonisation cinghalaise et des déplacements de Tamouls qui font que, si un référendum a lieu, il y a peu de chances qu'il ratifie une telle fusion.
Cependant, la partie la plus importante de cet accord est la lettre qui lui été annexée plus tard. C'est sans doute elle qui explique le revirement du gouvernement indien. Elle engageait le Sri Lanka à ne pas passer d'alliance militaire avec une puissance tierce qui n'aurait pas l'assentiment de l'inde.
• Cela revient à faire du Sri
Lanka un protectorat indlen.
Je pense que la caractérisation la plus exacte serait de dire qu'il s'agissait d'une "doctrine Monroe" partielle (5), une sorte de marchandage. En échange de ce gros avantage en matière de politique étrangère, les Indiens se chargeaient de l'écrasement des LTTE. Mais tout cela s'est écroulé, car ils n'ont pas été capables d'y arriver.
3) A ne pas confondre avec le Parti Janata, alliance de partis de droite et du centre, fondé en 1977.
4) Début novembre 1989, une semaine après l'élection présidentielle, une tentative de coup d'Etat (dans lequel seraient impliqués des "mercenaires" Tamouls des LTTE)
eut lieu aux iles Maldives, petit archipel de 200 000 habitants, dans l'Océan indien. Le gouvernement indien envoya
5 000 parachutistes pour mater la rébellion et venir en aide au gouvernement du président Gayoom. Les iles Maldives sont situées à 1 000 Kms de la base stratégique américaine de Diego-Garcia et le gouvernement des Maldives avait refusé de louer aux soviétiques l'ancienne base de
Gan, abandonné par les Britanniques en 1976.
5) Principes de politique étrangère des Etats-Unis définis par le président Monroe en 1823, établissant la non- ingérence des Européens dans l'hémisphère occidental.
• Penses-tu vralment qu'Ils alent échoué ?
- Ils ont échoué et ils le savent. Ils ont eu les yeux plus gros que le ventre. Au-delà d'un certain niveau, il est très difficile d'écraser une rébellion. L'affaire indo-sri-lankaise va se poursuivre sous la forme d'une "insurrection de faible intensité" qui pourra s'éterniser. Aujourd'hui les américains sont engagés dans de telles guérillas de faible intensité un peu partout dans le monde. Ils ont les moyens de les entretenir. Mais l'Inde n'a pas ces moyens, confrontée comme elle l'est à la fois au problème du Pendjab et à toutes sortes d'autres difficultés sur les terrains économique et social.
C'est la première fois que l'inde s'attaque à une insurrection extérieure. Pour la première fois, le gouvernement indien a été sollicité pour intervenir comme garant de la paix civile dans un pays tiers. Ce fut donc d'un certain point de vue un grand pas dans le sens de ses ambitions en politique étrangère régionale. D'un autre côté, il a subi une très grave défaite. L'Inde essaye de s'en échapper et cherche une voie de sortie. Si elle ne fait que se retirer cela apparaîtrait trop comme un camouflet. En même temps, comme les Indiens n'ont pas été capables de remplir leur contrat, l'opposition à l'accord s'est également amplifiée à l'intérieur du Sri Lanka, au sein du gouvernement et parmi les masses cinghalaises. Toute fois si le gouvernement indien n'arrive pas à liquider les Tigres, il est certain que celui du Sri Lanka ne le pourra pas non plus.
• Quelle attitude faut-Il avolra l'égard du mouvement tamoul au Sri Lanka ?
— La position de principe à prendre concernant cette question est très claire. Elle est qu'il faut faire pression sur le gouvernement indien pour qu'il apporte un soutien en tout genre aux Tigres afin d'empêcher le génocide des Tamouls. Mais il ne faut pas pour autant se faire d'illusions quant aux LTTE, qui ont parfois été abusivement caractérisés dans
SURREARBI certains milieux comme une organisation marxiste. Il n'y a pas du tout d'organisations marxistes parmi les différents mouvements de résistance du Sri Lanka. Ce sont des nationalistes radicaux. Dans une certaine mesure, la brutalité de la répression crée aussi une sorte de contre-brutalité de la résistance. On a déjà vu cela au Kampuchea, avec les Khmers Rouges.
Il est important de savoir qu'avant que le gouvernement Jayawardene ne choisisse la solution militaire, c'est-à-dire avant 1986, la force politique qui était la plus populaire chez les Tamouls n'était pas les LTTE mais le Front uni de libération tamoule (TULF), la formation politique bourgeoise modérée. Mais après 1986, ce sont les Tigres qui, malgré leurs échecs, se sont placés à l'avant-garde de la résistance. Et c'est précisément pour cette raison qu'ils ont gagné le soutien et la fidélité d'une large base.
• Les Tigres sont-Ils soutenus par des forces polltiques en Inde ?
— Ils ont été soutenus par le parti d'opposition dans l'Etat du Tamil Nadu, le DMK. Mais ce soutien s'est un peu affaibli. Après l'accord indo-sri-lankais, le DMK ne pouvait prendre ouvertement position contre l'accord et demander le retrait de l'inde. Aucun parti politique indien d'ailleurs ne le demande, à part des groupes d'extrême gauche. Le PC indien et le Parti communiste marxiste, les grand partis réformistes, ont également soutenu l'action indienne. Mais maintenant, comme l'Inde s'enlise dans un marécage, ils commencent à se joindre à ceux, de plus en plus nombreux, qui demandent le retrait des Indiens.
Je pense qu'un soutien bien plus important viendra probablement de la communauté tamoule à l'extérieur du Sri Lanka, en Europe et ailleurs.
D'autre part, même si les Tamouls indiens sont affectés par ce qui se passe au Sri Lanka, ils ne le sont pas au point de soutenir les LTTE. Leur attitude est complexe. Il faut dire aussi que des groupes de réfugiés du Sri Lanka dans le Tamil Nadu se sont coupés de secteurs de la population tamoule à cause du soutien spécial qu'ils recevaient, etc. (il y avait 150 000 réfugiés sri lankais dans l'Etat du Tamil Nadu, ndir).
La compassion qu'éprouvent très certainement les Tamouls indiens envers les Tamouls du Sri Lanka ne se traduit cependant pas par le soutien à l'objectif du Tamil Eelam. En fait, ce que les LTTE eux-mêmes entendent par Tamil Eelam n'est pas très clair. Ils parlent parfois d'une sorte d'autonomie très large dans laquelle ils seraient la force dominante, tout en restant dans le cadre d'une union du Sri Lanka, et d'autres fois, ils parlent d'indépendance. C'est pourquoi il faut être très prudent dans nos prises de positions. Nous respectons le droit à l'autodétermination de la minorité tamoule opprimée, mais nous nous en tenons là, sans aller jusqu'à dire qu'ils doivent avoir un Etat séparé. Je pense que, en dernier ressort, c'est à eux d'en décider.
• D'aucuns prétendent que l'accord Indo-sri-lankals possède un caractère anti-Impérialiste en ralson de l'annexe qui interdit les bases étrangères sur le territoire du Sri Lanka. Cette clause vise-t-elle les Américains ?
- Il est vrai que les Américains se sont intéressés à Trincomalee, qui est l'un des meilleurs ports naturels de la région. Mais quand les Indiens ont fait clairement savoir au gouvernement Jayawardene qu'ils ne toléreraient pas de solution militaire sri-lankaise au problème tamoul, Jawardene s'est certainement tourné vers l'Ouest et les Etats-Unis. D'ailleurs, même avant cela, certains indices témoignaient du soutien que lui apportait les services secrets israéliens, le Mossad. Mais les Américains ont refusé d'aider le gouvernement sri lankais.
Et ce qui est très intéressant c'est que, tout en ayant un axe stratégique avec le Pakistan, ils ont clairement soutenu l'accord, applaudi l'inde pour l'avoir signé et avoir envoyé l'IPKF (les Forces indiennes de maintien de la paix). Ils ont également applaudi l'Inde pour avoir écrasé le coup d'Etat aux îles Maldives. En fait, les Américains sont arrivés à la conclusion que pour ces problèmes, c'est le gouvernement indien qui devra jouer le rôle de gendarme
Sachant que les Etats-Unis ne le soutenaient pas, Jayawardene a compris qu'il n'avait d'autre option que de s'entendre avec l'Inde. Et il était prêt à faire toutes les concessions nécessai-
• Cela soulève la question de savoir à quel degré l'inde est antiImpérlallste...
- Elle ne l'est pas, bien sûr. On ne peut vraiment pas prendre au sérieux cette affirmation. Son intervention au Sri Lanka n'est pas du tout un signe d'anti-impérialisme. C'est le genre d'absurdité que disent ceux, qui, comme le PCI et le PCM, veulent donner une couverture de gauche à l'action de l'Inde. Cela doit être complètement rejeté.
• L'attitude de ces deux partis est-elle due à l'alliance du gouvernement indien avec l'Union sovlétique ?
- En effet. Mais il est difficile pour eux de prétendre qu'il est anti-impérialiste au moment où les américains eux-mêmes l'applaudissent et le félicitent pour le magnifique travail réalisé aux Maldives et au Sri Lanka.
Propos recuelllis par Gerry Foley Décembre 1988