1) Les guerres puniques ont opposé au 3e siècle avant notre ère Rome et Carthage et ont abouti à la défaite
A.Cajelli C.Zavattero F.Ranghino G.Cessario Le texte que nous publions est tiré d'une brochure des camarades du GIR de l'Université de Turin. Son Intérét réside dans l'explication qu'il donne des différences entre le mouvement des étudiants de 1968 et le mouvement des étudiants de la période la plus récente. Les mobillsations les plus importantes de ce mouvement ont eu lieu dans une sé. rie de villes italiennes - de Turin à Bologne et Rome - entre januier et
A l'origine de la crise de 1968, il y avait l'écart entre l'idéologie exprimée par l'école d'un côté et la réalité sociale et politique de l'autre. Pour ne donner qu'un exemple, alors qu'à l'école on étudiait les guerres puniques (1), au Vietnam une guerre éclata qui polarisa l'initiative des masses jeunes en Europe et dans le monde entier. Les mass media contribuaient à élargir parmi les masses des jeunes la conscience de cet écart. L'inadaptation à une institution particulièrement conservatrice, à une école tout à fait séparée de la réalité mouvante, stimulait une critique très violente de l'idéologie (les guerres puniques) au sein même de l'idéologie (l'école comme appareil idéologique). Le prolétariat qui n'avait accès au niveau le plus élevé de l'instruction que depuis très peu de temps et sous une forme contradictoire, n'avait pas eu le d'Hannibal et à la destruction de Carthage.
Italie
Le mouvement étudiant ne peut pas mourir
Ce qui se développe, plus qu'une critique à l'idéologie dans l'idéologie, est une critique plus directe aux mécanismes de la société capitaliste qui produisent chômage, sous-emploi, marginalisation et misère.
temps d'exprimer déjà sa propre inadaptation et de l'élever au niveau d'une critique radicale. C'est pourquoi il n'a été entraîné dans la contestation étudiante que plus tard. Au premier plan, on trouvait ceux qui avaient pu comprendre davantage la contradiction entre l'école et la réalité et exprimaient rite », à savoir les secteurs de la petite-bourgeoisie qui depuis plus longtemps étaient intégrés dans le système d'instruction. L'avant-garde qui émergeait représentait surtout cette composante.
Mais la contradiction indiquée aurait pu être récupérée par le système si la société italienne avait disposé des instruments de compensation nécessaires, c'est-à-dire si elle avait eu la possibilité de réserver des secteurs privilégiés pour la force de travail intellectuelle, en réduisant ainsi le caractère explosif du mécontentement étudiant et en empêchant que l'inadaptation au contenu et au modèle de l'école ne se transforme en prise de conscience de la réalité de classe.
A la suite des modifications qui ont eu lieu dans le tissu social et parmi les étudiants eux-mêmes à cause de la crise structurelle du système capitaliste, les mobilisations des dernières années avaient commencé à avoir des traits différents.
Mais ce sont les luttes de 1977 qui ont fait tourner la page dans l'histoire du mouvement des étudiants. Les conditions objectives qui étaient à l'origine du mouvement de mars 1977 représentaient des contradictions absolument insolubles pour n'importe quel système capitaliste, justement parce qu'elles correspondent à des tendances structurelles du troisième âge du capitalisme.
Les éléments principaux qui caractérisent le nouveau mouvement sont : la scolarisation de masse, la transformation dans un sens de prolétarisation du corps des étudiants et le chômage des jeunes. LA SCOLARISATION DE MASSE
La scolarisation de masse commencée dans l'après-guerre et accentuée dans les années 1970, a acquis des dimensions explosives, elle est le résultat : a) de l'idéologie produite par les illusions du capital dans ses possibilités d'expansion illimitée dans la période d'après-guerre; b) de l'exigence bourgeoise de préserver et mettre au jour l'idéologie de la mobilité, à savoir de disposer d'une école qui justifie les stratifications sociales sur la base de l'idéologie du « mérite»;
c) de la fuite du travail salarié par les classes subalternes; d) de la tentative d'échapper au chômage par une élévation du niveau de qualification.
Dans une première phase, la fonction objective de parcage de l'école a atténué les tensions sur le marché du travail. Mais aujourd'hui elle représente un élément de rigidité, aussi bien de la force de travail hautement qualifiée que de la main-d'œuvre employée dans l'industrie, elle comporte des disfonctionnements insurmontables dans le rapport de l'offre et de la demande sur le marché du travail. LE PROCESSUS DE DE PROLETARISATION
Le processus de prolétarisation de certains secteurs (tertiaire, techniciens, etc.) représente des tendances inhérentes au capitalisme du troisième âge. C'est l'organisation capitaliste du travail qui prolétarise ses secteurs, qui les intègre dans la classe ouvrière, qui parcellise rôle et fonction en faisant de l'homme l'esclave de la machine et en déqualifiant les professions.
Parmi les masses jeunes elles-mêmes, il y a une composante de plus en plus large de prolétaires, à savoir des jeunes qui ont prioritairement une activité de travail et qui étudient dans le temps qu'il leur reste. Ainsi, il existe un rapport, ne fût-ce que précaire et occasionnel entre l'étudiant et le monde du travail. Face aux effets de la crise économique, il y a un nombre croissant de jeunes étudiants disposés à s'engager dans des travaux précaires et mal payés. Certaines de ces activités sont développées tout au long de l'année et même pendant l'été au lieu de vacances. Bien qu'il soit difficile d'avoir des données exactes, des calculs approximatifs ont été faits sur la portée de ces phénomènes. D'après des sources syndicales de la CGIL, 60% des étudiants des universités travaillent, de même que 30% des lycéens et collégiens. D'après d'autres évaluations, seuls 45% des étudiants inscrits à l'université en 1977 peuvent faire leurs etudes a plein temps, 38 % représentent des étudiants à l'emploi précaire ou à la recherche d'un travail (étudiants-travailleurs), 17% représenteraient des travailleurs avec un emploi stable et à plein temps (travailleurs-étudiants).
Il faut ajouter les étudiants des institutions d'enseignement technique, notamment des centres de formation technique liés directement à des entreprises, qui sont en fait dans une condition de «prolétaires en formation». Ils sont souvent exploités dans les laboratoires des écoles, sans être rétribués; de toutes façons leurs intérêts sont intrinsèquement liés à la condition des salariés dont le sort futur est prédéter-
La figure de l'étudiant, à la suite de tous ces phénomènes importants est donc essentiellement différente de celle de 68. La sensibilité aux problèmes matériels les plus immédiats est beaucoup plus grande dans la mesure où les conditions de vie non seulement se détériorent sous le coup de la crise au sein de la famille (la dépendance économique et le chantage de la famille augmentent par conséquent), mais elles sont liées de plus en plus à des activités de travail proprement dites. L'inquiétude au sujet de son sort personnel s'entrelace avec la prise de conscience du lien étroit entre situation politique et chômage de masse. Si la caractérisation de la radicalisation des étudiants se limite de moins en moins à l'école en tant qu'appareil idéologique de médiation entre étudiants et réalité sociale, par contre elle se place dans la réalité sociale elle-même, cela ne signifie pas pour autant que la condition étudiante soit prolétarienne par elle-même.
S'il y a parmi les étudiants une composante prolétarienne, elle est déterminée par des conditions de travail extérieures à l'école. Il est important d'établir ce fait dans la mesure où en caractérisant comme productif ce qui n'est pas productif, par exemple l'école, on peut parfois démontrer que les étudiants, les femmes, les homosexuels, le mouvement des minorités raciales sont tous en tant que tels, partie prenante du prolétariat et donc force motrice de la révolution. Mais l'école est une forme particulière de manipulation de l'idéologie et de formation des cadres nécessaires au capital dont le système pourrait bien se passer en la remplaçant par d'autres instruments. En d'autres termes l'école est une partie de la superstructure qui peut se transformer au cours de l'histoire du capitalisme sans que le capitalisme en tant que tel soit remis en cause. LE CHOMAGE DES JEUNES
Le chômage des jeunes a atteint en Italie un point plus élevé que dans d'autres pays européens. En 1975, d'après certaines études de l'Institut de recherche Censis, les jeunes à la recherche du premier emploi étaient 800000 environ. En avril 1977, sur un total de 1432000 personnes à la recherche d'emploi, les jeunes entre 14 et 29 ans étaient 1048000, soit 73%, mais d'autres évaluations officielles ou officieuses parlent d'un chômage des jeunes au-dessus de deux millions. En réalité, tous ces chiffres masquent un chômage caché qui pourrait faire monter les chiffres des jeunes sans travail à plus de trois millions. Le quotidien du PCI l'Unita a calculé d'autre part que dans les « aires de parcage » il y a aujourd'hui 3800000 étudiants en âge de travailler (ceux qui vont à l'école sont globalement douze millions), 80000 militaires du contingent, et 1018000 jeunes filles entre 14 et 25 ans classées comme «ménagères». A la base du chômage des jeunes il y a des phénomènes complexes contradictoires qui caractérisent désormais toutes les sociétés à capitalisme avancé. Mais le chômage des jeunes est aussi le résultat d'un changement du rapport de forces entre les classes. Dans une grande partie des pays européens, la classe ouvrière a réussi à arracher des conditions de travail plus favorables et pour les patrons il est plus difficile que dans le passé d'expulser la force de travail de l'usine et de se libérer à leur gré des ouvriers usés par l'exploitation ou ayant accumulé trop d'expérience de lutte. Il s'agit évidemment d'un élément qui pourrait changer mais de toute façon aujourles patrons ont beaucoup moins de possibilités que dans le passé pour licencier leur main-d'œuvre. Cela est particulierement vrai pour l'Italie, où, à cause du rapport de forces qui s'est établi après 1969, les licenciements n'ont pas, jus qu'ici, acquis la dimension qu'ils ont dans d'autres pays du monde.
Dans des périodes précédant le développement de l'école de masse, les chômeurs se recrutaient surtout parmi ceux qui n'avaient pas bénéficié d'une instruction. Aujourd'hui, ils apparaissent à tous les niveaux de qualification, y compris les plus élevés.
Le mécanisme de scolarisation, une fois qu'il est déclenché, produit un excédent et un gaspillage de ressources intellectuelles.
LES FRUITS AMERS DU
COMPROMIS HISTORIQUE
Pour transformer la société italienne en évitant le bain de sang à la chilienne, le PCI a trouvé la solution : contracter une alliance solide avec le principal parti de la bourgeoisie ! Dans son livre publié récemment aux Editions La Brèche, (99, rue de [Ouest, 75014
Paris), «Italie, les fruits amers du compromis historique», Anna
Libéra décortique minutieusement le processus aberrant qui pousse les dirigeants du PCI à désarmer complètement les travailleurs italiens dans l'espoir insensé d'atteindre durablement une coexistence pacifique entre les classes antagonistes. Elle déroule le cheminement du cours contre-révolutionnaire du PCI de la Libération anti-fasciste - où il participe activement à remettre en selle l'Etat bourgeois et la
Démocratie chrétienne - jusqu'à nos jours.
Elle expose les analyses de
'Etat , de plus en plus éloignées de celles du marxisme, auxquel les le PCI est forcé de se référer en annexant d'ailleurs abusive ment Gramsci. Quant à son exposé du rôle du PCI par rapport aux luttes du mouvement ouvrier dans la période récente, il est tout simplement dévastateur...
Un livre parfaitement propre à armer les révolutionnaires contre la stratégie catastrophique d'un parti « eurocommuniste».
On se référera également aux articles portant sur l'Italie, publiés dans :
- «Inprecor», No 12,13,24,26.
- «Critique communiste», no 5,8/9,13
14/15.
ainsi qu'à : Henri Weber : «Le PCI, aux origines de l'eurocommunisme».
(Bditions Bourgois).
Le phénomène est évidemment aggravé par la crise, mais il s'était déjà manifesté dans des situations d'un équilibre plus grand entre école et marché du travail. En avril 1977, toujours d'après le Censis, 36,54% des 1 480 000 chômeurs, soit 393 000 étaient bacheliers ou diplômés. Mais d'après d'autres statistiques, élaborées un peu plus tard, sur la base des inscriptions aux listes prévues par la loi contre le chômage des jeunes, sur 647165 chômeurs, 375399, soit plus de la moitié bacheliers ou diplômés de l'université.
sur 1480000 chômeurs, soit 393000 étaient bachellers ou diplômés. Des statistiques élaborées un peu plus tard, sur la base des inscriptions aux listes prévues par la loi contre le chômage des jeunes, sur 647165 chômeurs, 375399, soit plus de la moitié, étaient bacheliers ou diplômés.
Le blocage de l'embauche dans les usines maintient stationnaire depuis plus de dix ans le nombre des titulaires d'un diplôme employés dans l'industrie (0,10 à 0,11% du total des employés d'usine). L'emploi public, déjà surchargé, ne réserve que des possibilités extrêmement restreintes et réservées aux clientèles du parti au pouvoir, alors qu'en même temps les listes des ensei gnants qui attendent un travail s'allongent de façon spectaculaire.
Dans d'autres périodes, le développement de secteurs productifs a permis d'absorber du personnel qualifié excédentaire. Aujourd'hui, cette possibilité est réduite à l'extrême d'autant plus que sur la base de l'accord du gouvernement italien avec le Fond monétaire international, la dépense publique subit des restrictions importantes.
La conscience de la nature transitoire de leurs conditions et le mythe, même déclinant de l'ascension sociale possible, rendait dans les années passées moins insupportable la condition des étudiants. Aujourd'hui, face à la poussée des masses vers l'instruction que la bourgeoisie n'a pas réussi à bloquer, face à une politique de réductions progressives des investissements dans ce secteur qui nous condamnent à une école de plus en plus inadéquate, même du point de vue des structures les plus élémentaires, face à l'érosion généralisée du niveau de vie des masses, la condition des étudiants est de plus en plus semblable à celle du sous-prolétariat. La détérioration des conditions de vie en général oblige un nombre croissant d'étudiants à rechercher n'importe quel travail.
Cela signifie que le rapport avec le monde du travail s'établit déjà avant le baccalauréat et surtout avant le diplôme universitaire et que les moyens de subsistance ne sont pas garantis uniquement par la famille (parfois ils ne sont pas garantis du tout). Mais le fait que la société n'assure pas du travail pendant la période scolaire et surtout ne garantisse pas un débouché correspondant au niveau d'instruction atteint, fait tomber toute illusion de réussite et à plus forte raison d'ascension sociale grâce au titre obtenu. Puisque l'équation baccalauréatprivilèges, diplôme-privilèges n'est presque plus possible, puisque les illusions s'écroulent, le mécontentement des masses de jeunes scolarisés sera de moins en moins médié par l'école en tant qu'institution et les jeunes auront de plus en plus tendance à chercher les causes de leur condition en dehors de l'école, directement dans la société. UN ANTICAPITALISME PLUS DIRECT
L'instruction n'apparaît comme le seul instrument de fuite du travail salarié qui permet, même si c'est momentanément, d'échapper à la marginalisation. Ainsi, ce qui se développe, plus qu'une critique à l'idéologie dans l'idéologie, c'est une critique plus directe aux mécanismes de la société capitaliste qui produisent chômage, sous-emploi, marginalisation et misère. La radicalisation des jeunes n'est stimulée seulement par l'idéologie qui justifie la réalité de classe exprimée aussi par l'école, bien que dans une mesure décroissante, mais aussi par les conditions de vie déterminées par le système. Certes, la nature des étudiants ne change pas, au contraire, le caractère plus directement anticapitaliste de la conflictualité étudiante augmente le sentiment d'impuissance d'un secteur qui par lui-même ne peut pas gagner sur un terrain qui n'est pas le sien.
Le problème de l'emploi surtout renvoie inévitablement à la mobilisation de la classe ouvrière, qui est la seule qui puisse modifier le rapport de forces en sa faveur et en faveur de tous les autres secteurs expulsés du processus de production.
En 1968, la lutte contre l'idéologie du « mérite» et contre la sélection à l'école était beaucoup plus facile parce que sur ce terrain concernant typiquement la masse des étudiants, le mouvement était en mesure d'arracher des victoires directement par sa propre lutte. En 1977, émergea une composante du mouvement des étudiants qui exprime davantage la marginalisation des jeunes et le malaise d'étudiants d'origine prolétarienne, où se trouvent déjà dans une condition semi-prolétarienne. C'est cette composante et son avant-garde qui donnent l'empreinte politique aux mobilisations de 1977 en entraînant derrière elle les autres secteurs, à savoir la composante étudiante plus traditionnelle de nature principalement petite-bourgeoise.
Cela n'implique pas que cette composante corresponde déjà à la majorité des étudiants; au contraire, dans la phase montante du mouvement, la composante traditionnelle a constitué presque partout la base de masse la plus large. Mais c'est un fait que les étudiants les plus démunis, ou qui représentaient le plus directement la marginalisation des jeunes, sont politiquement hégémoniques dans le mouvement. Cela explique par ailleurs, du moins en partie, la différence des niveaux de lutte entre facultés de sciences humaines et facultés scientifiques, la seule exception étant d'architecture qui, comme il est connu, sont caractérisées par une composition prolétarienne élevée. Le fait que les illusions dans l'école soient en déclin et que les aspirations des jeunes soient de moins en moins médiées par l'école et se heurtent directement au contradictions du capitalisme, balaye toutes les problématiques historiques du mouvement des étudiants. L'idéologie antisélection était l'idéologie des couches sociales qui partaient à l'assaut de l'instruction comme de la seule possibilité d'ascension sociale. Il y avait une armée et une bataille et il était naturel que son avant-garde se soit donnée un drapeau. Aujourd'hui, tout cela est en crise parce que la lutte contre la sélection est sentie comme une exigence moins urgente et moins vitale par les masses des étudiants. DEFENDRE LA QUALIFICATION ET L'ECOLE DE MASSE Cela est le résultat, évidemment de la dévaluation des titres, et de l'impossibilité de se faire des illusions même modestes sur son propre avenir après l'école. A l'heure actuelle même, malgré les initiatives constantes du ministre de l'instruction publique et la collaboration zélée de la bureaucratie, de nombreuses conquêtes des luttes des premières années subsistent et surtout suscitent dans les écoles un climat qui sera difficile à changer radicalement. Mais cette facilité plus grande à parcourir tous les échelons de l'instruction est considérée de moins en moins comme une conquête. L'instruction est considérée de plus en plus comme un droit démocratique, comme un refus de la condition d'infériorité culturelle, un refus de la marginalisation, une possibilité lointaine d'échapper au travail salarié. C'est surtout l'impossibilité de remplacer une situation privilégiée improbable par un travail manuel, mais stable qui laisse très peu d'alternative à l'inscription aux écoles. Mais l'écart de plus en plus grand entre le contenu de l'instruction et les débouchés qui se rétrécissent de plus en plus, la décadence des instruments de connaissance et l'écroulement des structures scolaires à cause de l'impossibilité d'adapter l'école de masse aux exigences du marché capitaliste, nourrissent l'aliénation des étudiants par rapport à l'école. L'inutilité de la fréquentation scolaire produit l'absentéisme et l'extériorité. Ainsi les étudiants ont l'impression de tourner à vide autour de faux problèmes sans avoir la force d'affronter les problèmes réels. Il y a le risque non seulement que les étudiants commencent à croire aux charlatans qui affirment que la difficulté de trouver un travail est le résultat du bas niveau de qualification, mais aussi et davantage, que des secteurs commencent à regretter la sélection par le «mérite». Si on n'arrive pas à résoudre les problèmes réels qui empêchent l'intégration sociale des jeunes, le danger existe qu'on commence à identifier chômage intellectuel et école de masse, la dévaluation des titres et la destruction des barrages de sélection traditionnels. Aujourd'hui, un discours antisélection est dépourvu de sens s'il ne réussit pas à faire référence aux problèmes de l'emploi dans ses aspects cruciaux, s'il réussit pas à comprendre que la déqualification des études est le résultat de choix politiques de la bourgeoisie sur le terrain de l'instruction.
Toutefois, une approche diffé rente de la bataille contre la sélection est nécessaire. La défense du niveau de qualification est plus que jamais indispensable parce qu'elle est la condition de l'unité des forces pour lutter, une fois sur le marché du travail pour un emploi stable et sür. D'autre part, lorsque certaines conquêtes des années passées s'effritent, l'écart entre possibilités réelles et aspirations des masses devient plus grand. La conscience de ce fait donne une nouvelle dimension à la bataille contre la sélection.
La fuite du travail salarié et de la marginalisation, le besoin de s'approprier les instruments de connaissance font partie des nouveaux besoins qui ne pourront être satisfaits sans défendre l'école de masse. Le stimulant fondamental du mouvement de 1977 résidait dans la conscience de ces besoins qui sont par ailleurs le produit de certains traits typiques du capitalisme du troisième âge, cela implique que de fortes montées du mouvement des jeunes et des étudiants continuent à être à l'ordre du jour. Seule une défaite historique de la classe ouvrière et de tout le mouvement de lutte, telle que celle de 1973 au Chili pourrait briser pour longtemps un tel processus.
ERRATUM
Dans l'article de Michel Rovere («Inprecor» No 28 du 12 mai 1978) intitulé «Les vents nouveaux du PCE», page
6, note 8, il faut lire : «Karl Renner, tête de file de l'aile la plus socialdémocrate du PS autrichien entre les deux guerres» et non du PC...