Une interview de Daniel BENSAID, membre du Bureau politique de la LCR
(section française de la IVe Internationale)
Nous disions de mai 68 qu'il s'agissait d'une crise «pré-révolutionnaire»-
N'est-il pas simplificateur de brandir notre trilogie tragique du XXe siècle : les trois révolutions françaises trahies par le PCF : Front populaire, 1944-47, mai 68 ?
Dès 1968 nous avons discuté les caractérisations possibles des « événements» de mai : crise révolutionnaire ou pré-révolutionnaire. En utilisant les classiques - Lénine : «la faillite de la lle Internationale » ; «Histoire de la révolution russe » - et leurs critères : ceux d'en bas ne veulent plus être gouvernés comme avant et ceux d'en haut ne peuvent gouverner comme avant... etc. On a eu la prudence de définir mai 68 comme crise « pré-révolutionnaire » en insistant sur l'importance de l'existence du facteur subjectif, le parti révolutionnaire, pour que la crise , devenue révolutionpuisse déboucher. Nous étions conscients à l'époque de l'inexistence de ce parti, ou de son état à embryonnaire, et donc du fait qu'il était impensable que le pouvoir puisse être pris dans ces condi-
France tions; nous marquons par là même les limites de mai, et celle du soulèvement spontané des masses. Mais il était néanmoins parfaitement juste, face au verrou réformiste et aux théories universitaires dominantes, brodant toutes sur la passivité et l'embourgeoisement du prolétariat des pays capitalistes . avancés, de souligner avec force ce que soulignait 1968: la vivacité des capacités révolutionnaires de la classe ouvrière, ouvrière, l'intensité de la lutte de classe, l'actualité de la révolution.
Alors, ce que, sans doute, nous n'avons pas fait, c'est de tirer toutes les conclusions de notre analyse: l'ab sence du parti révolutionnaire, ce n'est pas un simple élément manquant à un assemblage, mais cela conditionne les formes mêmes de la radicalisation, les luttes et les revendications de la classe ouvrière. L'inexistence révolutionnaire n'est pas étrangère au fait que la grève générale la plus importante de l'histoire du mouvement ouvrier français n'ait vu se poser que des revendications, somme toute, assez modestes : aucune plate-forme revendicative globale n'annonce ce qui se passera ultérieurement à Lip sur les problèmes de la réorganisation du travail, sur les
Actualité de
la révolution
formes de lutte; nous avons ••ee Tonies de tabes fos nous-mêmes monté en épingle les formes d'auto-organisation les plus avancées (comités de grève élus, ce qui était exceptionnel - voir le livre de Jacques Pesquet : « Des soviets à Saclay », Maspéro, 1968), certaines étant on a parlé de la remise en marche de la production à la CSF de Brest (fabrication de talkie-walkies et d'appareils électroniques), cela relève de la légende. Or le caractère exceptionnel et numériquement restreint de ces exemples - qui avaient au moins le mérite de montrer la voie - est significatif de la limite du niveau de conscience et d'organisation. Nous aurions disposé à l'époque ne serait-ce que de l'organisation révolutionnaire actuelle avec quelques centaines de militants ouvriers implantés portant le débat dans les entreprises, dans les syndicats, on aurait eu des caractéristiques de la grève générale qualitativement différentes. De ce point de vue, on peut dire de 1968 que ça a été le révélateur et le point de départ d'immenses luttes ouvrières en Europe, et en même temps, quelque-chose de fort limité en soi et même comparativement aux crises précédentes de 1936 et 1945.
Alors, justement, rétrospectivement, ne peut-on pas dire que l'importance politique de 1968, c'est davantage la dimension sociale de l'héritage de 1968 (crise des valeurs et des institutions bourgeoises, crise globale de façon dont, concrètement, le problème du pouvoir a été posé quelques jours durant?
Quand on dit dimension sociale, on a tendance, aujourd'hui, à voir les mouvements sociaux qui se sont développés depuis : mouvement des femmes, mouvements écologiques, caractéristiques des luttes ouvrières... 1968, comme point de départ, c'est patent dans certains cas : l'insolence ouvrière, la mise en cause de la hiérarchie, la volonté de prise en charge de la production... qui se sont exprimées dans les discussions. Mais prenons le cas des femmes : leur participation a été masspécifique et souvent décisive dans tous les grands mouvements populaires et prolétariens de l'histoire de France, à commencer par la révolution de 1789, en passant par les journées de 1848 et sans oublier la Com, mune de Paris, eh bien, regardons la littérature sur mai
depuis dix ans : très peu de traces d'une apparition spécifique des femmes. La nonémergence en 1968 d'un mouvement de femmes est un indice supplémentaire des limites de ce mouvement là et du hiatus existant entre la combativité qui a surpris le mouvement lui-même et le fait qu'il n'y ait pas eu le temps de mûrissement suffisant pour que toutes les potentialités puissent s'exprimer. Autre exemple, on ne peut pas dire que les préoccupations écologiques étaient très présentes en 1968; on comprend plutôt l'explosion écologique par la réaction au remplacement brusque de l'idéologie de la société de consommation, caractéristique des années de prospérité post-guerre mondiale (et encore sensible en 1968), par la récession de 1974-75, les débats sur la croissance zéro, les inquiétudes des capitalistes eux-mêmes devant la crise croissante de leur société. Quant au mouvement des soldats, devenu depuis 1973 une donnée permanente de la situation politique avec la multiplication des comités, les revendications propres des soldats et la remise en cause de l'embrigadement militaire, nous ne pouvons en citer, en 1968, que quelques cas exemplaires, tel le fameux régiment de Mutzig dont les soldat avaient publié en tract leur refus de servir contre les grévistes. Là encore, nous voyons à la fois les prémisses des développements futurs mais également les limites très précises de ces phénomènes sur le moment.
Quant au plan politique, il nous apparaît évident que nous ne poserions pas le problème du pouvoir aujourd'hui comme nous l'avons fait alors. Nous pensons avoir mûri les leçons, la démarche, la réflexion sur des éléments de stratégie révolutionnaires largement enfouis ou dont la continuité a été coupée depuis les premières années de l'Internationale communiste, et évidemment pendant toute la période de réaction stalinienne. Par exemple nous avancions « centralisation des comités de grève». Bien ! Ce n'était pas faux, bien sûr: la propagande pour la centralisation des organes de direction de la grève et pour un comité central de grève, cela fait
1968
3 mai
Article de Marchais dans l'Humanité démasquer.» gresse l'union des forces ouvrières et démocratiques, les groupuscules gauchistes s'agitent dans tous les mileux... A l'Université de Nanterre, par exemple, trouve : les « maoïstes», les « Jeunesses naires», qui groupent une partie des trotskystes, le «Comité de liaison des étudiants révolutionnaires », lui aussi à majorité trotshyste, tres groupes plus ou moins folkloriques... Malgré leurs contradictions, ces groupuscules - quelques centaines d'étudiants - se sont unifiés dans ce qu'ils appellent « Le Mouvement du 22 mars
Nanterre», dirigé par l'anarchiste allemand Cohn-Bendit... Ces faux être énergiquement démasqués, car, objectivement, ils servent les intérêts du pouvoir gaulliste et les grands monopoles capitapartie de la tradition classi- lui donner quelque crédibique. Ceci dit, pour dépasser lité, à le rendre concret. Aula propagande, encore eût-il rions-nous dû, en 1968, fallu qu'il existe déjà des avancer le mot d'ordre de expériences assez massives gouvernement PC-PS alors et significatives de comités que ces partis négociaient de grève, impliquant des avec Mendès-France le connon-syndiqués et apparais- tenu d'un «gouvernement sant comme plus légitimes populaire» ? Il est sûr que
Get plus représentatives que les directions syndicales elles-mêmes. Or, on ne peut pas dire qu'en 1968, la direction de la grève ait été réellement disputée aux directions syndicales par processus d'auto-organisation. Les quelques exemples connus de débordement ne suffisent nullement à rendre agitatoire le mot d'ordre de comité central de grève, à «De faux révolutionnaires à «Comme toujours lorsque proon communistes révolutionles anarchistes, divers aurévolutionnaires doivent les mots d'ordre politiques centraux sont restés extrê mement limités et cela encore pendant plusieurs années. En revanche, 1968 marque le renouveau de notre réflexion sur un problème-clé : celui de la grève générale et de l'auto-organisation.
Et la grève générale, comme donnée première d'une réflexion stratégique, ouvre en France la possibilité d'une alternative à la politique électoraliste, parlementaire des directions traditionnelles. Désormais la réflexion sur 1968 devra paraît comme son revers: l'échec électoral de 1978. L'expérience restait inachevée; ce qui fait qu'il est difficile de parler de 1968, c'est qu'il ne s'agit pas d'une expérience close, se suffisant à elle-même : on est encore en plein 1968 dans la mesure où les leçons de 1968 ne sont pas celles de mai-juin, mais celles de dix années allant de la grève générale à la mise sur pied du programme commun et de ¡Union de la gauche et jusqu'à la trahison électorale de mars 1978 parachevant la trahison de 1968; il appartient à l'avant-garde d'en tirer les bases d'une alternative politique et stratégique.
Non seulement la bourgeoisie a gardé le pouvoir, mais, en dépit de la persistance de la crise sociale globale et de la crise économique, il semble que la classe dominante ait été capable de porter aux travailleurs français, depuis au moins le premier gouvernement Barre (août 1976), des coups plus sérieux que dans les années précédentes. Alors n'avons nous pas eu tendance à être trop optimistes, à croire que d'elles-mêmes les ouvrières parviendraient à trancroître à nouveau en crise révolutionnaire (nous disions de Mai
qu'il s'agissait d'une «répétition générale») ? n'est-il pas légitime de se demander si le récent échec électoral ne marque pas, en somme, la fin d'une période, celle ouverte par mai 68, justement ?
La chose est délicate et je vais être prudent ! Mais le point de départ qui reste absolument vrai, sur lequel nous n'avons guère commis d'erreur, c'est que 68 marque le début d'une montée impétueuse des luttes et du mouvement ouvrier en France et à l'échelle européenne. Prenons l'ensemble : mai 68 en France, les luttes de l'automne 69 en Italie, l'explosion 74-75 au Portugal, les six premiers mois de 1976 en Espagne, pendant lesquels fut battu le record mondial des journées de grève, de nouveau le mouvement ouvrier italien en 1976, on ne peut nier le développement explosif du mouvement ouvrier d'Europe occidentale. Si on nie cela, si on reste sceptique devant la succession des hauts et des bas qui jalonnent la lutte de classes, on méconnaît les tendances profondes et fondamentales de la situation politique. Impossible de comprendre l'après-franquisme sans prendre en considération cette montée des luttes ouvrières; les opérations internes au régime en dé-
One peuvent rendre compte du processus; mais les grèves de février 76 à Madrid et l'explosion au Pays basque après le massacre de Vittoria ont précipité la chute du gouverement Arias et la mise en place de l'institutionnalisation démocratique autour du gouverne-
En France, on n'atteint pas ces cimes, pour des raisons d'abord économiques (or nous avons commis des erreurs d'analyse sur l'évolution de l'économie française et sur les conséquences politiques de cette évolu- Dès lors faut-il conclure tion au temps des contrats que nous avons commis de progrès de Chaban- d'importantes erreurs de Delmas et de la dévaluation pronostic ? L'appréciation du franc en 1969); mais mê- sur le développement des me sans parler des plus gran- luttes était correcte; elle s'est des grèves ouvrières (1947- trouvée confirmée même en moyen des grèves reste supé- apportées pour la France. décennie antérieure. Même avons eu une vision assez unisi le nombre des journées de latérale des processus sogrève est, en France, trois ciaux, des luttes montantes, fois moins élevé qu'en An- c'est notre sous-estimation gleterre, 4 fois moins qu'en du poids, de la capacité d'inItalie. Par ailleurs, il faut tervention, de division et de noter que l'augmentation démobilisation des appareils des conflits, de leur durée... réformistes qui restaient mane s'est pas traduite par un joritaires dans la classe ourenforcement proportionnel vrière de l'ensemble des des organisations ouvrières pays concernés. Nous avons grands bourgeois, et dirigés par vrer à des agissements visant à empêcher le fonctionnement normal de la Faculté (dégradation de mens, etc.).» par rapport salariés et la CGT a connu réformistes. Regardons les un recul si les autres syndi- deux ans écoulés pour cats se sont maintenus. mieux comprendre les persNous retrouvons là le cou- pectives. En France, PS et ple paradoxal hérité de 68 : PC organisent l'échec éleccombativité/faible niveau de toral en divisant la conscience guère de progrès des orga- pose aussitôt après : pournisations ouvrières sinon au quoi cette division a-t-elle plan électoral, ce qui, sans pu s'imposer sans rencontrer être négligeable, reste beau- de résistance unitaire à la coup trop limité.
de Chaban- d'importantes
48, 1953, 1963); le niveau tenant compte des nuances rieur à ce qu'il était dans la Le point sur lequel nous et de leur audience; les ef- mal jaugé la dialectique enfectifs syndicaux ont stagné tre la radicalisation sociale
Une déclaration de la municipalité de Nanterre
«Certains groupuscules (anarchistes, trotskystes, maoistes, etc)
composés, en général de fils de l'anarchiste allemand Cohn-Bendit prennent prétexte des carences gouvernementales pour se lilocaux, interruption des cours, proposition de boycott des exaau nombre de et la politique des directions n'engendrant ouvrière. Mais la question se base du mouvement ouvrier, des débordements, des initiatives de ruptures nettes et plus massives d'avec les appareils, ce qui aurait pu être le cas si la maturité subjective de la classe ouvrière avait été plus forte ? Trois facteurs permettent de répondre : - d'abord les effets de la récession de 74-75, des politiques d'austérité pratiquées pratiquées dans les différents pays avec la stabilisation d'un nombre de chômeurs considérable : sans qu'il y ait où que ce soit de défaite ouvrière, on peut parler d'une usure de certains secteurs, une fragmentation des fronts de lutte aboutissant à un affaiblissement indéniable des réactions nécessaires aux attaques capitalistes; - en second lieu, la politique des réformistes, leur tactique de luttes, leur électoralisme, désarment et désorientent jusqu'aux éléments d'avant-garde; - enfin la dialectique cumulative de défaites partielles et limitées en Europe du sud dont parle E.Mandel à la fin de son article et dont il semble sensé de dire qu'aucune d'entre elles ne constitue en elle-même un revers décisif (on ne peut même pas comparer la défaite du 25 novembre 75 au Portugal aux journées de juillet 1917 en Russie) mais que leur conjonction en France, en Espagne, en Italie et au Portugal, inaugure vraisemblablement une nouvelle situation politique dans laquelle, sans renversement qualitatif des rapports de forces, les problèmes se posent différemment, de façon plus difficile pour les luttes quotidiennes des travailleurs et surtout pour articuler leur combat contre l'austérité avec les débouchés politiques centraux. Mais cependant, cette nouvelle situation, ces nouvelles difficultés s'accompagnent d'une réflexion et de discussions politiques relativement intenses et la néces-
sité de réels débouchés polisans cesse davantage pour même temps s'efforcent de cerner les responsabilités des échecs et les moyens de les surmonter. Les rapports entre mouvements de masse sont plus que jamais à l'ordre du jour. Et le passage, au cours de la décennie, du mouvement de masse sans débouché au débouché électoral sans mouvement de vriers. Nouvelle situation politique : oui; changement de période, c'est pour le moins prématuré.
au fait que les échecs répétés des partis ouvriers majoriaient comme conséquence de la ligne adoptée par ces te contestation ne semble plus confinée à quelques intellectuels jadis peu dangereux pour les directions et en espérant que cette contestation ne soit pas unilatéralement droitière, accentuant le cours «eurocommuniste » des partis staliniens?
Le fait que les ouvriers embrayent ou non sur le débat lancé dans le PCF par exemple dépend très large.
ment des luttes à venir et du type de leçons qui seront tirées ou non sur la base des années précédentes. Il est impensable qu'une opposition ouvrière de gauche puisse se développer dans un contexte un tant soit peu calme socialement. Le marxisme a quand même une dans des bastions de l'induslogique et c'est bien la moin- trie, se soldent par des défaidre des choses qu'elle s'ex- tes importantes et successiprime - et que nous la com- ves, bien évidemment, prenions! Ou bien on diag- cours de la démoralisation nostique un reflux croissant que les partis réformistes ne gendreront essentiellement des courants opportunistes de droite accélérant - pour ce qui est des PC - leur processus de « social-démocratisation ». Ou bien on pense qu'il n'y a pas de retournement dans la période et par conséquent, soyons cohérents, les contestations, déjà perceptibles, iront dans deux directions : une systéd'une partie de la bureaucratie syndicale, mais également une ou plusieurs vagues de critiques, de ruptures à gauche, susceptibles de donner naissance à des courants plus ou moins importants, des partis ouvriers réformistes et dans les syndicats. Voilà un pronostic qu'on peut faire... à condition de rythmes... Les attaques connuent et continueront; il n'y a pas eu de défaite majeure interdisant au prolétariat de se battre; et même, le PCF s'est - verbalement -démarqué du PS en refusant de gérer ou cautionner l'austérité mais en se gardant bien d'impulser des batailles réelles accordant les actes aux proclamations. passivité organisée tiendra-t-elle le coup devant les attaques répétées du patronat et de l'austérité ? Le pronostic sur la situation et la période est largement fonction de la réponse donnée à cette question là. Si les licenciements se multiplient avec les fermetures d'usines sans coup d'arrêt, si dix ou vingt luttes dans des secteurs importants de la Fonction publique, deviendra considérable avec au Portugal, en Italie, en contraire, si autour de quel- qu'on ne peut ignorer. Ceci s'approfondira et s'élargi- tion d'après 68, sans attaches ra la remise en cause criti- historiques avec le mouveque de la stratégie des direc- ment ouvrier international. tions réformistes politiques D'où un désarmement éviet syndicales, au moins au dent devant le problème censein d'une avant-garde ou- tral : l'unification de la clasvrière, laquelle, tout le mon- se ouvrière, et donc le rapde est désormais d'accord port de ces nouvelles orgasur ce point, se radicalise nisations avec celles, majoriprincipalement dans les par- taires, syndicales ou polititis réformistes et les syndi- ques. C'est encore plus vrai gauche; n'est-elle pas dans talement lorsque le poids, une situation paradoxale : au moins électoral des réfornombre des thèmes qu'elle mistes les rappelle à l'ordre était seule en 68 et depuis et aux réalités et même lorsà mettre en avant sont pas que des différenciations insés dans les faits ou sont re- ternes se font jour au sein pris à son compte par le de mouvement ouvrier organi- qu'on a pu voir le PC espasé (revendications sur le ca- gnol capable de réintégrer, dre de vie); elle a même ac- réabsorber certains groupes quis une place à part entière comme Bandera Roja. Sans sur la scène politique, même une ligne d'opposition proau plan électoral, mais à peu grammatique et stratégique près partout, on la dit en d'ensemble combinée avec lie, voire en France. En par- pour l'unité ouvrière et le ticulier, ici, en France, nous front unique avec ces partis, avons rencontré depuis 2 ou la plupart des groupes d'ex3 ans des difficultés croissan- trême-gauche n'ont cessé de tes à organiser des campa- balancer entre le rejet gaugnes communes avec les au- chiste, la surestimation du tres organisations révolu-rapport de forces - comme tionnaires. Alors deux pro- au Portugal lors de la prépablèmes : d'abord, dans ces ration du 25 novembre 75 -conditions d'après toi, les perspectives niste aux partis réformistes de l'extrême-gauche en Eu- ou une tactique de pression rope et en France ? Ensuite, sur ces partis, s'inscrivant en nous retournant sur no- pour l'essentiel dans la logitre propre passé, qu'elles que de ces derniers. Exemple sont les principales erreurs type : le PDUP italien qui politiques que nous avons apparaît bien comme un commises au cours des an- groupe critique du PCI mais nées récentes ? Aurions-nous en rien comme une alteramieux? La lenteur plus im- tégique; ou encore, en Esportante que prévue du pro- pagne, un groupe maoiste cessus révolutionnaire est- important comme le PT apelle due uniquement à des parait sur les mêmes posifacteurs objectifs? révolutionnaires en Espagne, ge par les élections législatiest une donnée est lié au fait que la plupart immanquablement, des produits de la radicalisapour les courants maoistes qui commencent par enterrer les partis réformistes,
Arrivons-en à l'extrême- les PC, pour se réveiller bruces partis. C'est ainsi systématique qu'elles sont, et une adaptation opportusensiblement tive organisationnelle et strations que le PCE, voire à sa droite en ce qui concerne les alliances avec la bourgeoi-
La crise des organisations sie... En France, sil'on en ju-
ves et les campagnes menées par les diverses organisations à la gauche du PCF, le bilan est loin d'être brillant. En quoi ont-elles mené bataille contre la politique de division de la classe ouvrière du PS et du PC ? Et en quoi ont-elles préparé l'après-élections ? Et là, il faut dire que même les organisations supposées plonger leurs racines dans l'histoire du mouvement révolutionnaire avoir des références et des traditions, comme Lutte ouvrière et l'OCI, issues du mouvement trotskyste et continuant à s'y référer, n'ont été en rien garanties ni prévenues contre des dérapages importants; soit adaptation aux appareils réformistes en ce qui concerne l'OCI (campagne exclusivement centrée sur le désistement sans intervenir dans le débat programmatique, ce qui ne prépare en rien l'échéance électorale et ses lendemains et ce qui apporte un secours nullement critique à la direction social-démocrate face à la direction du PC), soit abstention, comme Lutte ouvrière, sur la nécessité de battre la droite, sur l'unification de la classe ouvrière, sur le désistement, sur la nécessité d'un gouvernement du PC et du PS...,etc.
Finalement, notre problème, quel est-il? C'est que notre situation est assez inédite. Nous voulons construire des partis ouvriers révolutionnaires à partir d'une rapport à la classe ouvriere; extériorité quasi totale ce qui n'était pas le cas des PC par rapport aux PS. De ce fait, tout notre acquis véau fil des décennies d'isolement unique ouvrier (FUO), sur les revendications transitoires, mis en avant à titre propagandiste, et plus ou moins militants des partis réformistes pour qu'ils le reprennent a leur compte, nous avons dû le mettre en pratique en tant que ligne autonome, d'une organisation majeure même si numé- mis des erreurs importantes riquement limitée. On bute au cours de la décennie donc sur des problèmes écoulée, c'est indiscutable :
tactiques et politiques con- jusqu'à 1972, le problème crets, insolubles par le simple qui nous opposait principaretour aux textes. Voilà qui lement aux réformistes, c'éexplique que chaque groupe tait la tactique des luttes, le se réclamant du trotskysme «oser lutter», «comment ait sa propre interprétation lutter»... Présenter dans les des textes en question et syndicats les augmentations des réactions si différentes égales de salaires contre les par ra donné
LA JUSTE POSITION qué, le Bureau confédéral de la
CGT, « estime que partout où les revendications été satisfaites, l'intérêt des salapour la reprise du travail dans l'unité». La grande organisation syndicale donne, disons cela, une responsabilités au service de la pleinement, quant à nous, sa juste position.
rait à de Gaulle le prétexte qu'il attend. Il faut le souligner d'auingéniés à saboter le grand mouvement en cours sous le prétexte que les revendications n'auraient plus d'intérêt, essaient à présent là où la conclusion victorieuse a couronné la lutte...
Avons-nous commis des tage, erreurs majeures et aurions- suffisait à faire clivage par nous pu changer le cours des rapport aux directions penchoses ? Nous avons com- dant la signature des conpport à une situation revendications en pourcen-
Dans son dernier communiessentielles riés est de se prononcer en masse nouvelle preuve de son sens des classe ouvrière. Nous approuvons
» Toute autre attitude fournitant plus que des groupes pseudo-révolutionnaires, après s'être d'empêcher la reprise du travail
» La défaite de ceux qu'ils servent sera en même temps leur propre défaite.» (Etienne Fa-
You l'échelle mobile, trats. Lors de la signature du Programme commun, nous avons assez vite compris qu'il y avait un changement de situation politique, bien que le 3e congrès de l'ex-Ligue communiste (décembre 1972) n'ait pas évité erreurs et tâtonnements; mais il faut reconnaître que l'assimilation du changement et de ses conséquences sur notre orientation, a demandé plusieurs années et ne son aboutissement qu'à présent. Nous n'avons pas devancé fondamentalement la situation, l'avons comprise au fur et à mesure avec des adaptations successives. Alors, oui, nous aurions eu une ligne plus claire d'emblée et tout sur le front unique, nous aurions pu peser autrement sur la situation et d'abord sur l'évolution des organisations d'extrême-gauche et leurs débats d'orientation, tout en conquérant par ailleurs | des positions plus importantes. Changer radicalement cours des choses, ça, je ne pense pas que c'était possible, il y a des rapports de forces par-dessus lesquels il est impossible de sauter.
Mais il faut bien comprendre qu'en 1968 même, le problème du front unique s'est posé de façon bien abstraite : la limite des phénomènes d'auto-organisation a fait que les militants du PO n'ont guère été impliqués dans des structures où ils auraient eu à répondre de leurs faits et gestes et à sortir du terrain parlementaire et électoraliste; il y avait une coupure à peu près totale entre le terrain des luttes où nous intervenions dans la limite de nos forces et le terrain parlementaire que nous laissions évidemment aux réformistes, lesquels en saient, bien sûr, le seul débouché politique central en-
Nous n'avons rattrapé notre retard sur le front unique que lorsque le
Programme commun et le renouveau du PS l'ont rendu à nouveau actuel. Nous aurions dû, nous aurions pu éviter ce retard et les erreurs concommittantes; mais au-delà de la continuité programmatique de la IVe Internationale, il y eut, de fait, une certaine discontinuité de générations militantes qui rend compte en partie des erreurs commises en 68 et
Sans rentrer ici dans le détail détail de nos erreurs manifestes, il faut insister sur leur tronc commun: liée à l'inexistence d'une problématique de front unique jusqu'en 1972, la faiblesse insigne de nos revendications transitoires dans la mesure où nous pensions largement, depuis 68 en termes de débordement généralisé. Ce qui nous faisait tenir en suspicion tous les mots d'ordre de contrôle ouvrier et nous contenter d'une analyse très rudimentaire des mouvements et des contradictions de la conscience de classe, et notamment des rapports entretenus par les travailleurs avec les organisations réformistes. De là découle toute une désarticulation des batailles pour le contrôle, pour les mots d'ordre transitoires et sur la formule de gouvernement qui devrait couronner notre démarche.
Sous cet angle, dans telle ou telle lutte, on peut trouver des traces de positions gauchistes ou basistes ayant marqué nos activités, encore que chacune d'entre elles devrait être remise chaque fois dans son contexte plus complexe qu'il n'y paraît; mais le cadre général est bien celui décrit à l'instant. Et depuis 1972, il y a mise en marche d'un processus de corrections avec leurs inachèvements, leurs contradictions, leurs erreurs partiellement maintenues...
Il reviendra au 3e congrès de la LCR de revenir sur l'ensemble de ces questions, car si nous attendons des travailleurs avancés qu'ils tirent leur bilan de la décennie écoulée, à nous de faire de
Ce congrès devra systématiser nos évolutions des dernières années, caractériser la période, revenir sur notre bataille de l'an passé pour l'unité de la classe ouvrière, tirer le bilan de l'Union de la gauche et faire le point sur l'extrême-gauche. Voilà quatre éléments permettant tourner la page après les dix ans que nous venons de vivre. Mais l'essentiel est que le congrès porte sur les tâches qui vont être les nôtres dans la période qui s'ouvre...
nalistes bourgeois britanniques :
«Mais le paradoxe qui té de la barricade. Il défendent la société française telle que nous la l'ultime bastion de la société de consommation que les étudiants
The Observer, 19 mai).
international : la IVe Inter- tionnaires de l'époque, vu nationale a analysé 1968 l'origine idéologique de la comme «l'année tournante radicalisation étudiante. Cede la situation mondiale» la nous a servi tout en entreavec l'offensive du Têt vietnamien pour ce qui est de la révolution coloniale, le
«Printemps de Prague» illustrant la montée de la révolution politique dans les
Etats ouvriers bureaucratiquement déformés et les crises prérévolutionnaires française et italienne, point de départ de la révolution socialiste dans les pays capitalistes avancés. Là encore, on est tenté de se demander si nous n'avons pas surestimé la convergence des trois secteurs de la révolution mondiale.
L'unité - frappante - de la révolution mondiale
ALORS COMMENT
S'ETONNER QUE...
Comme l'ont écrit deux jourse trouve sous ce chaos contrôlé est que les syndicats communistes et le gouvernement gaulliste qu'ils paraissent défier se trouvent en réalité du même côconnaissons... Le Parti communiste s'est ainsi révélé comme bolcheviks s'étaient engagés à détruire. C'est comme si Washington et Moscou s'étaient mis ensemble pour mettre à terre Hanoї.» (P. Seale et M. McConville,
1968 était immédiatement
Elargissons enfin au plan perceptible pour les révolutenant, sans doute, certaines illusions. L'enthousiasme révolutionnaire massif de ces années s'est largement noursimultanéité de la possibilité de s'identifier assez facilement avec une figure comme celle du Che par exemple ou avec la révolution vietnamienne. D'autant que cette dernière était une composante du mouvement communiste inincarnant des perspectives de victoire révolutionnaire à court terme. Aujourd'hui, nous assistons éclatement complet des références pour qui ne possède pas à 100% le programme global, la vision historique totalisante de la révolution mondiale, l'analyse synthétique du stalinisme : ceux qui se sont adonnés à défendre la révolution vietnamienne restent perplexes devant la guerre Vietnam/ Cambodge; ceux qui se reconnaissaient dans la révolution culturelle ont dû assister aux péripéties tumultueuses de la «bande des 4» et autres...
En Amérique latine, une série de défaites... Tout cela a provoqué un reflux de l'interationalisme spontané des années 60 et donc une difficulté croissante à mener des campagnes internationalistes conséquentes, même à l'égard de la révolution portugaise... Quant à l'Afrique et au Moyen-Orient, le fait que les directions ne soient pas d'origine et de tradition communistes, constitue un facteur de doute et de confusion et empêche les mouvements de ces pays d'avoir le même pouvoir cristallisateur des rapports de forces internationaux que les révolutions précédentes, point de vue de l'avant-garde qui se dégage.
Voilà qui justifie plus que jamais l'existence, le rôle de la IVe Internationale et les efforts que nous consacrerons encore davantage à son développement...