Inprecor 1974–2004

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ARGENTINE

L'heure de la colère !

· Inprecor n° 290, 12 juin 1989 · p. 23-24 · 1 102 mots

Argentine et Chili Économie mondiale

A PEINE DEUX SEMAINES après l'élection présidentielle du 14 populaire contre la misère. Le soulèvement s'est soldé par

ARGENTINE

L'heure de la colère !

mai dernier, qui a vu la victoire du candidat péroniste (1),

Carlos Menem, et la défaite du Président Raul Alfonsin,

Rosario, la deuxième ville du pays, a connu une révolte des dizaines de morts et s'est rapidement étendu à la banlieue de Buenos Aires.

Ces émeutes ont servi de prétexte au régime pour lancer une opération de répression contre l'extrême gauche, représentée essentiellement par deux organisations trotskystes : le Mouvement vers le socialisme (MAS)

et le Parti ouvrier (PO), dont plusieurs dirigeants et militants ont été arrêtés.

Cecilia GARMENDIA

ES IMAGES de la colère du peuple argentin, réduit au pillage pour se nourrir. ont remis ce pays sur le devant de la scène pendant quelques temps.

Durant près de 10 jours, de violentes émeutes ont secoué les principales villes industrielles argentines. Les habitants des bidonvilles ont saccagé les supermarchés et les magasins. Après l'épisode malheureux de l'attaque de la caserne de La Tablada (2), en janvier dernier, ces émeutes de la faim mettent à nu la misère et le désespoir qui s'abattent sur les masses argentines.

Si la victoire du candidat péroniste

Carlos Saul Menem (baron de la droite du péronisme) est le fait de l'échec de la gestion des radicaux au gouvernement argentin, elle n'ouvre aucune perspective pour les travailleurs de ce pays. Le programme du péronisme se limite à des promesses démagogiques, comme la

"révolution productive" et le "grand salaire" ("salariazo"). Par ailleurs, avant le scrutin du 14 mai, Menem avait signé, avec Alfonsin, une reconnaissance de dette vis-à-vis de la Banque Mondiale.

Les usuriers internationaux veulent des garanties, et le péronisme tient à garder de bons rapports avec eux ! On ne peut guère attendre de réformes de la part du nouveau gouvernement ; son seul espoir est de mieux museler le mouvement syndical, organisé dans la CGT (Confédération générale du travail) que dirige la bureaucratie péroniste. Les soulèvements de colère, comme celui de ces derniers jours, mettent à nu les limites de telles courroies de transmission.

En effet, dans la situation économique actuelle, le péronisme peut difficilement espérer jouer le rôle des années 50 et canaliser ou manipuler le mouvement populaire. Il paye en plus le prix de ses compromissions lors de la dictature militaire. La situation de crise et d'endettement de l'Argentine ne permet plus aux péronistes de réaliser des réformes comme celles que Péron avait pu effectuer dans les années d'après-guerre.

Hyper-inflation et dévaluation

Dans le domaine économique, Alfonsin a perpétué le modèle ultra-libéral qu'avaient inauguré les militaires 1976, tout en cédant le pouvoir économique réel à des groupes transnationaux Ceux-ci ont spéculé sur le marché international, plutôt que de développer la production, ce qui a produit une terrible fuite des capitaux ; la banqueroute pour de nombreuses entreprises nationales qui n'avaient pas accès à des crédits extérieurs ; une hyper-inflation (entre 30 et 40% mensuel) ; et une dévaluation de la monnaie, l'austral, de plus de 12 000 %

Selon l'Institut national de statistiques et recensements, le chômage et le sous-emploi touchent 2, 5 millions de personnes, tandis que 7, 5 millions de travailleurs vivent sous le seuil de pauvreté. Dans les trois derniers mois, le dollar a monté de 600 %, les produits de première nécessité font défaut et les commerçants changent les prix jusqu'à deux fois par jour pour se protéger de

1) Péronisme (ou, sous sa dénomination officielle, "justicialisme"): mouvement populiste bourgeois fondé par Juan Domingo Péron (1895-1974), qui exerça le pouvoir en Argentine entre 1946 et 1955. Le deuxième gouvernement péroniste, installé en 1973, fut renversé par un coup d'Etat en 1976.

2) Le 23 janvier dernier, un groupe de quelques dizaines de civils a donné l'assaut à la caserne de la Tablada, située dans la région de Buenos Aires. Cette action fut réprimée par l'armée dans un bain de sang.

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l'inflation. Souvent les gens achetent un produit dans une grande surface à un certain prix et se rendent compte, en allant payer, qu'il a déjà augmenté !

Pour pouvoir conserver leur pouvoir d'achat, nombre de travailleurs investissent leurs salaires en dollars et les changent au fur et à mesure par paquets de 5 ou 10 dollars pour pouvoir manger, ou bien ils font des investissements avec leurs "australes" pour 24 heures ou pour la semaine, touchant ainsi des intérêts qui vont jusqu'à 150% par mois.

La gauche a fait une percée importante lors de ces élections dans le cadre de la coalition électorale Izquierda unida (IU, Gauche unie), qui rassemble principalement le Parti communiste et le MAS (Mouvement vers le socialisme, fondé par Nahuel Moreno autour du Parti socialiste des travailleurs, PST). Pour la première fois elle obtient des élus (tous membres du MAS : un député au Parlement pour la province de Buenos Aires, Luis Zamora, ainsi qu'une député provinciale et un conseiller).

Réconciliation avec l'armée

La répression mise en branle par le gouvernement Alfonsin, qui a décrété l'état de siège, a soldé la réconciliation entre celui-ci et les différentes fractions de l'armée. La prise de la caserne de La Tablada avait déjà donné prétexte à la création d'un Conseil national de sécurité (dont le programme revendique on ne peut plus clairement la "lutte contre la subversion", dans la lignée de la "sale guerre" des généraux). L'armée a resserré les rangs et les querelles avec le gouvernement se sont estompées. Cette grande parade de l'unité nationale" face aux "bourgeons de la subversion" a malheureusement pu compter sur le silence de la gauche (à l'exception du Parti ouvrier et des organisations de défense des Droits de l'homme). Autant d'éléments qui, la famine aidant, expliquent le développement de ces émeutes, sans perspective politique en toile de fond.

La crise économique et politique qui secoue l'Argentine n'a guère de solution dans la phase actuelle. Les grands de ce monde ne veulent plus faire de cadeaux. Malgré le zèle du gouvernement dans l'application des plans d'austérité, des mouvements comme celui qui vient de survenir continuent de classer l'Argentine dans la rubrique des "pays à risques" (les investisseurs étrangers ainsi que les capitalistes nationaux, qui ne cessent d'expatrier des devises, le savent bien). Par ailleurs, ni radicaux ni péronistes ne sont en mesure d'apaiser le mécontentement. L'ascension de Menem peut donner quelques mois de répi aux classes possédantes de ce pays, car de nombreux travailleurs gardent encore un espoir ténu. Mais la poursuite de l'austérité ne fera que relancer la colère des travailleurs. •

7 Juin 1989

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FAMILTARES PERCNISTAS • DETENIDOS DESAPAKELIDOS- LOS ZAMORA

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