NOUS PUBLIONS ci-dessous des extraits d'un entretien avec
(FSLN). Borge s'explique sur les récentes mesures d'austérité
NICARAGUA
Concertation et méfiance historique
Tomas Borge, ministre de l'Intérieur et membre de la Direction nationale sandiniste, publié dans Barricada, quotidien du Front sandiniste pour la libération nationale et de restriction des programmes sociaux, adoptées par le gouvernement sandiniste.
Tomas BORGE
DANS LEUR ESSENCE, les nouvelles politiques économiques et sociales, ne sont pas contradictoires avec les revendications stratégiques.
Certes, on n'exclue pas d'ajourner certaines revendications pour préserver la continuité processus ; mais il ne s'agit en aucun cas de renoncer aux postulats essentiels de la Révolution.
Le programme historique du Front est le programme de la Révolution. C'est un programme politique qui définit les grandes tâches historiques pour la transition de ce pays — qui a été dépendant et arriéré en termes économiques l'indépendance, avec des possibilités de développement. Nous avons comme objectif le développement économique et culturel des masses populaires. Nous ne pouvons pour autant renoncer à aucun point du programme politique, parce que cela signifierait renoncer à nos principes.
Programmes sociaux ajournés
Avec les nouvelles mesures, les programmes sociaux, les projets de développement économiques, par exemple, sont ajournés. La réforme agraire n'est pas modifiée dans son essence, bien que que l'on puisse effectuer quelques réajustements.
Les mesures concernant les programmes sociaux ont été prises en fonction de la stabilisation économique, ce qui est une condition pour reprendre de nouveau l'avance que nous avons prévue. Nous devons considérer qu'en réalité, les causes de cet ajournement ne sont pas les mesures d'ajustement, mais la détérioration économique provoquée par les effets cumulés de 8 années d'agression. L'impossibilité d'accroître les dépenses dans les domaines de la santé et de l'éducation est objective. A la différence de ce qui arrive dans d'autres types de régimes sociaux, où l'absence de programmes sociaux est liée à la nature de ces systèmes, dans notre cas, cela se passe contre notre volonté. (...)
Reculs tactiques
Les travailleurs mettent sur la table plus de sacrifices au vu de leurs objectifs historiques : c'est le secteur qui a le plus supporté les difficultés économiques sur le trajet de la Révolution, et je crois que cela n'est pas un phénomène historique nouveau. Parce qu'ils sont le secteur le plus lié à la production, celui qui connait le mieux de mémoire les capitalistes, celui qui connait le mieux les potentialités et les limites réelles de nos ennemis, ce sont eux qui devraient être le mieux préparés pour la concertation et pour comprendre que son apport est ingouvernement qui les représente afin d'imposer des normes de comportement
Les travailleurs doivent agir avec une réelle indépendance, examiner leurs propres intérêts, savoir distinguer entre les intérêts immédiats et les intérêts historiques, et savoir qu'au vu des intérêts à moyen terme, il faut quelquefois sacrifier certaines choses, jusqu'à des reculs tactiques en vue d'avancées stratégiques. De fait, c'est l'attitude que l'on doit avoir avant la concertation et les travailleurs ne peuvent pas faire excep-
Quant à l'utilisation des mécanismes de marché, depuis longtemps, la théorie du socialisme scientifique a dépassé l'idée d'associer les relations marchandes au seul capitalisme, comme si elles étaient totalement contraires au socialisme. Nous pourrions remonter à la NEP de Lenine et à d'autres moments historiques, pour démontrer que les relations monétaires marchandes sont des relations objectives. Il s'agit de les employer d'une façon consciente et d'éviter qu'elles opèrent d'une manière aveugle. Les mécanismes de marché sont employés par le capitalisme comme reproduction de son propre système et des groupes dominants, tandis que le socialisme les emploie à ses propres fins.
Notre société, qui n'est pas capitaliste, qui aspire à être une société socialiste, doit prendre en compte ces lois générales de l'économie. Le tout est de savoir comment on utilise ces instruments. Les catégories économiques sont employées en fonction d'intérêts de classe déterminés
Le danger de voir se produire une distorsion de valeurs existe, mais la Direction nationale a su détecter à temps ce risque. Je crois que s'il y a un moment où nous devons être plus exigeants avec nos forces, c'est maintenant. C'est-àdire exiger un attachement aux principes, à l'austérité, à l'honnêteté. S'il y a un moment où nous devons nous affronter à la bureaucratie, à l'égoïsme, et à d'autres déformations humaines, c'est bien celui-là. Et seule la Révolution, et dans le cas présent le Front sandiniste, peut y parvenir. La question est d'actualité parce que la Direction nationale a la ferme intention d'exercer une stricte vigilance sur la conduite personnelle et la pureté idéologique de notre organisation. (...)
Nécessité du pluralisme
Depuis le début, nous avons exprimé notre intention de développer l'économie mixte et le pluralisme politique. La guerre qui est sur le point de se terminer a rendu très difficile leur mise en œuvre, mais n'a pas remis en cause leur validité. Maintenant, la déroute militaire de la contre-révolution permet d'insister de nouveau sur ces concepts programmatiques, dans des conditions encore difficiles mais nouvelles. La concertation économique est une nécessité objective de l'après-guerre. Mais il est aussi néces saire de renforcer le pluralisme pour les mêmes raisons, car il ne serait pas conséquent d'aspirer à ce que ne se réalise qu'un seul des deux points. (...)
Nous considérons que l'élément fondamental de la démocratie est le peuple, mais surtout les travailleurs. La pratique nous a montré cette inter-relation étroite qui existe entre la démocratie et le peuple travailleur. Cela explique l'existence d'organisations de masses qui sont l'expression de la démocratie à un haut niveau. C'est curieux que ces formes de démocratie, comme les comités de défense sandiniste (CDS), les organisations de travailleurs, de jeunes, etc., soient mises en cause comme des organisations para-étatiques. Mais si quelqu'un s'interroge un moment sur cela, il conclura que ces organisations sont le produit d'authentiques pratiques démocratiques qui sont apparues dans la lutte contre la dictature et dans la lutte contre
un système arriéré, dépendant. C'est très important pour la Direction nationale, parce que les efforts de démocratisation sont destinés à recomposer la société civile et ses organisations. Durant toutes ces années, en plus des élections de 1984, le peuple a exercé la dé-
mocratie, la défense de la patrie et de sa souveraineté. La démocratisation devra ouvrir de nouveaux espaces à l'initiative de la Révolution et des organisations populaires.
Barricada
7 et 8 mars 1989 me ue