DES DIVERGENCES tactiques étaient apparues entre le FMLN et la Convergence democratique, CD (voir Inprecor numero 270 du 18 juillet 1988) lors de l'élection présidentielle du 19 mars. Dans une récente interview, Guillermo Ungo, président du Front démocratique révolutionnaire (FDR) et ex-candidat de la CD, revient sur cette élection et s'explique sur ces divergences. Nous publions de larges extraits de cette interview parue dans Alai, la revue de l'Agence latino-américaine d'information.
ALAI : Comment Interprétezvous le résultat électoral et en particuller celul de la Convergence dé mocratique?
• UNGO : Le résultat n'est pas très surprenant. Tout le monde reconnaissait que l'ARENA était la première force politique et avait un avantage appréciable sur la Démocratie chrétienne. La surprise vint du fait qu'elle remporta la victoire au premier tour. (...). En ce qui concerne la Convergence, (...) nous avions des objectifs multiples, modestes mais importants, le résultat électoral et le jour du vote n'étaient pas
Nos objectifs étaient : en premier lieu, nous affirmer comme une alternative populaire et de paix au niveau national, et nous croyons y être parvenus ; en second lieu, jouer une rôle éducatif et nous pensons également y être parvenus, même s'il y a encore des faiblesses. Nous pensons avoir réussi, en termes politiques, à nous établir comme une force importante au niveau nationale. Nous fûmes une référence politique obligée. Notre présence fit que l'agenda politique se différencia de celui des précédentes élections.
Nous nous proposions aussi de créer les conditions d'une solution politique, et là encore nous pensons avoir réussi. Même sans la proposition du FMLN, nous
avions réussi à faire en sorte que les thèmes de la paix et de la solution politique soient assumés par diverses formations. La proposition du FMLN a eu comme conséquence la tenue d'élections avec dialogue, discussion, négociation. Des élections qui commencent à se poser en termes de solution politique, et non pas comme un schéma de contre-insurrection. Nous pensons y avoir contribué, parce que la même proposition du FMLN n'aurait pas eu de signification sans la Convergence ; parce que c'est une proposition électorale conjoncturelle qui implique la Convergence. Ce qui suppose que la Convergence ait déjà une présence et un potentiel national.
Nous nous proposions aussi de nous organiser et de mieux mobiliser le pays. Là, notre succès est plus modeste, avec d'importantes insuffisances, du fait du contexte de répression et de peur. Nous avons réussi à vaincre la peur mais insuffisamment. Peut-être est-ce dans notre potentiel organisationnel au niveau national que nous avons connu l'échec le plus important. Néanmoins nous sommes parvenus à obtenir une capacité de mobilisation, toujours insuffisante mais appréciable, dans des endroits où le peuple n'était pas mobilisé au préalable, et avec une possibilité d'initiative propre au niveau
Nous sommes parvenus à mieux développer nos postulats communs avec le FMLN. Bien ou mal, l'identification entre nous et le FMLN continue à se faire. Mais nous avons affirmé notre propre identité, grâce à un processus de différenciation dans certains secteurs, ce qui a entrainé la création de notre propre base électorale. Tout ceci est insuffisant, mais n'avait pas été possible durant de nombreuses
Enfin, nous n'avons pas eu le nombre démocratique, répressif, et de peur, notre influence ne se mesure pas en voix, ni même peut-être en mobilisation (..) Nous avons remporté des milliers de voix, et des milliers d'autres nous furent volées. Mais même ainsi, le pourcentage reste bas. D'après nos calculs nous avons obtenu 6 à 7% et non pas 3,8%.
• Considérez-vous que la Convergence a été affectée par les actions milltaires du FMLN, durant la consultation électorale ?
- Il est évident que nous avons été affectés par la grève des transports, le boycott, l'intensification de l'activité militaire qui avaient pour but de provoquer un taux important d'abstentions et le FMLN y est parvenu : il a réussi à démontrer qu'il est une force nationale, une force politique, une force militaire et politique, mais surtout militaire. Nous pensons qu'il y a eu une erreur tactique de leur part et nous ne sommes pas d'accord avec eux sur leur appréciation, selon laquelle il s'agissait d'élections ayant un haut degré de participation, mais qu'il fallait les boycotter.
Il y a là, à notre avis, une contradiction : ils poursuivaient des objectifs corrects, mais aussi des objectifs qui n'étaient pas les nôtres, comme ce fut le victoire de l'ARENA. On peut dire que c'est seulement un demi million de voix, mais c'est beaucoup pour un premier tour (...). Nous croyons qu'en cela, le FMLN agit négativement et nous fit perdre des voix ; ce qui n'est pas le plus
ClA
CONTRAS
* MEXICO GUATEM 1 SALVADO: important. Mais c'est plus important en ce qui concerne la recomposition du pouvoir au premier tour.
• Dans quelle mesure cela a-t-l/ affecté les relations entre le FMLN et le FDR ?
— En premier lieu, nous avons accepté de participer aux élections à partir d'une appréciation distincte de celle du FMLN. Là, il y a des différences. En selieu, (...) même n'accordons pas beaucoup d'importance aux votes, ils ont néanmoins plus d'importance à nos yeux qu'à ceux du FMLN. Là, il y a une autre différence. Il s'agissait aussi d'une situation conjoncturelle, et les conjonctures comptent moins pour le FMLN que pour nous. C'est aussi une différence. Que le cessez-le-feu soit proclamé, c'était plus important pour nous que pour le FMLN. Ce sont des différences, mais elles ne sont que conjoncturelles et temporaires. Et au fond, il faudrait voir autre chose : jusqu'où vont nos convergences et nos divergences. Je crois que nous ne pouvons pas encore les définir clairement. Nous sommes en train d'apprécier la perspective et le jeu des divers facteurs politiques et militaires.
• Quels sont les perspectives de la Convergence ? Est-Il possible par exemple, d'Imaginer de nouvelles alllances ?
— Je crois qu'il y a des possibilités pour générer tout un consensus national. Pour sûr, je ne suis pas optimiste quant à certains types d'alliances. Mais il ne faut pas les exclure sous une forme tactique et temporaire. Par exemple, la DC (Démocratie chrétienne) va préférer continuer à être l'alliée de son principal patron, les Etats-Unis. Je ne lui accorde pas beaucoup de possibilités de s'autonomiser et de devenir indépendante, il y aura donc peu de possibilité d'établir des alliances fortes. Mais on peut le prendre en considération dans une certaine mesure. En tant que Convergence, nous avons atteint d'importants objectifs qui nous permettent de nous affirmer comme une force de l'avenir, une troisième force. Pourquoi ? Premièrement, parce que nous avons démontré une capacité de mobilisation, y compris supérieure à celle de la DC. Ce n'est pas que nous ayons plus de gens, mais nous mobilisons plus sans avoir recours à l'alcool, à la musique, aux festivals, ni
JUST SAY à l'argent, aux bus, ou aux ca-
NO SÉ NO mions. La DC a démontré SOUTH AMERICA qu'elle était en faillite politique, idéologique et morale. Elle a perdu l'appareil d'Etat, c'était la seule chose qu'elle avait et dont elle a abusé. Il ne lui reste que 6 députés, ce qui n'est pas grand chose. En ce sens c'est une formation du passé.
Nous ne considérons pas l'ARENA comme un parti d'avenir. Elle est dans son meilleur présent, mais elle n'a pas de viabilité en tant que projet national. Les autres partis n'existent pratiquement pas. Alors, c'est nous qui sommes la force de l'avenir. Nous sommes un iceberg Nous avons cru qu'une partie plus grande de l'iceberg sortirait, et ce n'est pas arrivé. Mais il faut observer ce qu'il y a sous l'eau. Il suffit simplement de créer les conditions pour le faire émerger.
(...) En ce sens, il est nécessaire que la Convergence tende à se convertir en une alternative populaire, ou en un pôle de l'alternative populaire vers lequelle convergeraient de nombreux secteurs. •
Alal Avril 1989