Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CHINE

La difficulté de rompre

· Inprecor n° 291, 3 juillet 1989 · p. 34-35 · 1 696 mots

Chine Syndicalisme Économie mondiale

LA FEDERATION des syndicats (FTU), de Hong-Kong revendique 180 000 adhérents et est liée au Comité de travail de Hong-Kong Macao, branche officieuse du Parti communiste chinois (PCC) dans ces territoires. L'ensemble de ce mouvement s'est cependant opposé à la répression sanglante de Pékin et a participé à la grève générale de protestation, le 7 juin dernier. Laurent Carasso a rencontré, à Hong-Kong, le secrétaire général de la FTU, Leung Hon Noi.

INPRECOR : Votre syndicat est généralement quallflé de pro-Pékin. Qu'en est-ll ?

LEUNG HON NOI: Notre syndicat a été créé en 1948, un an avant la victoire du PCC. Pendant longtemps, nous avons soutenu activement le gouvernement chinois, même durant la Révolution culturelle. A cette époque, nous soutenions Mao Zedong et la "Bande des quatre". Lorsque Deng avoua que c'était la mauvaise voie, beaucoup de nos membres, le tiers environ, nous quittèrent. Cela a eu un grand impact sur notre Fé-

Après la révolution chinoise, beaucoup de travailleurs de Hong-Kong admiraient la Chine, y voyaient un avenir positif pour eux, et Mao avait un grand prestige. Mais nous avons aussi constaté que c'était toujours les mêmes qui étaient au pouvoir, durant très long temps, sans que le peuple puisse réellement influencer la politique. Alors, nous avons décidé de soutenir les bonnes choses, et de nous opposer aux mauvaises. Par exemple, durant les 10 dernières années, avec la politique d'ouverture, la corruption en Chine s'est développée. C'est très mauvais.

Ainsi, notre président M. Tan Hutan, qui est aussi élu à l'Assemblée populaire nationale (il y a 16 ressortissants de Hong-Kong à l'APN), a critiqué le gouvernement, la corruption qui sévissait parmi les dirigeants chinois, expliquant que cela menait le pays sur une très mauvaise voie. Il a dit cela en particulier à la dernière session de mars de l'APN. Nous tenons à garder une certaine distance avec le gouvernement, le condamner s'il le faut, être indépendants.

• Vous avez soutenu le mouvement démocratique dès le début, pensiez-vous aussi que c'étalt Important pour les conditions de vie des ouvrlers chinois ?

- Oui, car nous savons que les ouvriers ne disposent que d'un seul syndicat, la Fédération générale des syndicats de Chine, qui n'est ni indépendante ni démocratique. Des ouvriers ont essayé de mettre sur pied un syndicat indépendant, à Pékin, qui vient d'être déclaré illégal et dont les dirigeants ont été arrêtés.

Mais les ouvriers dans le mouvement étaient préoccupés de la situation économique au moins autant que de la démocratie, et ils se sont largement mobilisés en soutien au mouvement étudiant notamment dans les centres industriels.

• Dans plusleurs villes, des travallleurs ont essayé de mettre sur pied des syndicats autonomes, à Pékin, Shangai...

- Le problème est qu'ils étaient très petits. En Pologne, Solidarité organisait un très grand nombre d'ouvriers. Je si beaucoup d'ouvriers avaient les droits démocratiques qu'ils doivent encore conquérir, ils pourraient former un syndicat démocratique et écarter les dirigeants actuels. Par exemple, pourquoi avons-nous, à Hong-Kong, condamné le gouvernement ? Parce que beaucoup d'adhérents ont poussé la Fédération, exprimé leurs opinions. Ils ont lu les journaux, Ils ont vu ce qui se passait a Tiananmen. En Chine territoriale, les reportages qui ont été fait par le gouvernement ne font pas connaître la vérité aux ouvriers. Si c'était le cas, les ouvriers remettraient en cause leurs dirigeants. Je pense que Zhao Ziyang est plus attentif aux revendications des étudiants, et que beaucoup de membres du parti l'approuvent.

• Vous pensez que la vole est plutôt d'essayer de changer le parti et le syndicat, plutôt que d'essayer de créer de nouveaux Instruments ?

- C'est vrai, beaucoup de travailleurs voudraient créer de nouveaux syndicats. Mais ce n'est pas facile. Je pense que si les travailleurs veulent plus de démocratie, il faut qu'ils transforment le Fédération des syndicats.

• Quel bilan tirez-vous de la po-

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Iltique économique, du point de vue des travallleurs ?

- La réforme a été essentiellement bénéfique pour les ouvriers dans la Chine du Sud, dans le Guangdong (province de Canton), notamment à Shangaï. C'est là qu'il y a eu le plus d'ouverture aux investissements étrangers. Beaucoup de nouvelles entreprises ont été ouvertes dans ces provinces et les ouvriers ont pu gagner plus d'argent. Mais ailleurs, dans la Chine de l'Ouest, les gens sont toujours très pauvres et la réforme n'y est pas bénéfique pour les ouvriers.

Il faut savoir que la crise économique est terrible en Chine, l'inflation est très haute, des usines sont au bord de la faillite. Ces problèmes vont être encore aggravés après la répression, des entreprises vont fermer, des travailleurs seront licenciés. Je ne sais pas com-

Déclaration de l'Union autonome des ouvriers de Canton

DANS LE MOUVEMENT démocratique et patriotique à l'échelle nationale, l'Union autonome des ouvriers de Canton est devenue un parfait organisme patriotique - nous déclarons, aujourd'hui son établissement. L'Union autonome des ouvriers de Canton est un organisme propre aux ouvriers de Canton, il accepte le contrôle du peuple de Canton, il doit être responsable devant le peuple de Canton. Notre objectif est de grouper toutes les forces possibles pour la liberté, pour la démocratie et la richesse du peuple chinois en difficulté et pour pousser la procédure de démocratisation complète de la Chine. Maintenant, Pékin a ouvert le feu. Le sang du peuple coule.

C'est le moment culminant de la vie ou de la mort du peuple chinois.

Il ne faut pas éluder le fait qu'une responsabilité historique repose en ce moment sur les épaules des ouvriers chinois : contre la violence, il n'y a pas d'autre alternative que de soutenir les étudiants et de développer la démocratie et la science. La Chine est dans le noir et la confusion, sens dessus dessous. La bureaucratie sévit. La politique et l'économie sont corrompues. Que le pays prospère ou meurt, il s'agit là du sort de chaque ouvrier. Les ouvriers de Canton sont à bout de patience. Notre Union autonome des ouvriers de Canton déclare, avec urgence, à toutes les classes sociales qu'il faut soutenir et participer à ce mouvement démocratique et patriotique à l'échelle nationale. M

Union autonome des ouvriers de Canton 4 Juin 1989 Tradult du chinols d'October Revlew ment le gouvernement va régler ce problème. La crise économique est encore plus grave que la crise politique.

Dans des cas semblables en Europe, il y a des grèves, des actions ouvrières, des manifestations, mais les dirigeants chinois veulent empêcher cela, et c'est ce qu'ils ont fait à Tiananmen. Dans son discours du 8 juin, Deng a dit qu'il voulait amplifier la politique des réformes. Il connaît la profondeur de la crise économique, il veut sauver leur pouvoir. Certains disent que Zhao veut le rétablissement du marché, du capitalisme...

• Qu'en pensez-vous ?

- Je pense que le rétablissement du marché peut-être une bonne chose pour l'économie, que cela peut remotiver les travailleurs.

# Mais ne pensez-vous pas que cela aura les mêmes conséquences que dans les pays capitalistes, avec le chomâge, les pertes de salalres ?

- En Chine, durant la Révolution culturelle, Mao a voulu promouvoir une société réellement socialiste et cela a été un échec. Le niveau industriel du pays est très bas, beaucoup sont encore des ruraux. Comment développer le pays ? La Chine ne peut pas éviter une phase qui serait en partie capitaliste. Nous pouvons faire mieux que les pays capitalistes, éviter des crises comme celles de l'Ouest, par l'expérience même de ces politiques en faire une meilleure pour éviter ces problèmes

Il Quelles étalent pour vous, les principales aspirations des ouvrlers, durant ce mouvement ?

- L'essentiel était la même chose que pour tout le mouvement populaire : pouvoir critiquer, exprimer ses idées, avoir le contrôle du pouvoir, diriger le pays. La Chine a une très longue histoire, de très vieilles traditions. Ainsi, dans la famille, qui domine, qui dirige ? les parents, le grand-père. Le fils doit obéir au père et au grand-père. Cet exemple peut s'appliquer au système politique. Ce sont des vieillards de 80 ans et plus qui dominent la Chine. Les plus jeunes peuvent avoir des responsabilités, on peut leur demander leur avis, mais qui a la décision finale ? C'est Deng... Ce n'est pas bon pour notre pays, mais ce n'est pas facile de chan

• Et vous pensez qu'il est possible de réformer co système en changeant le fonctionnement du Parti ?

- Certains pensent qu'il faut un système pluripartiste, mais en Chine, je ne

Avis d'alerte de l'Union autonome des ouvriers de Pékin

L'UNION autonome des ouvriers de Pékin est une organisation transitoire que les ouvriers de la capitale ont spontanément produlte de facon tout à falt temporalre, ses buts sont : combattre pour la démocratie, s'opposer à la dictature, soutenir en actes et en paroles et protéger les étudiants grévistes de la falm et les autres étudiants, et falre que chaque couche soclale, dans tout le pays, entreprenne dans son ensemble le processus de démocratisation de l'Etat, l'Union autonome appelle : 1) toutes les organisations de travallleurs dans chaque entreprise de la ville de Pékin à faire la grève générale le 20 mal à 12 heures

(y compris l'électricité, l'eau, le gaz, les postes, les Informations) Jusqu'à ce que toutes les troupes

Talent quitte Pékin;

2) a stopper résolument l'entrée des troupes armées dans la ville, à défendre ce mouvement démocratique qul a déjà remporte des succès, à préserver l'ordre public sur la place Tiananmen, e utiliser tous les véhicules de chaque danwel funité de production, de travall, de quartier, etc.) aux Issues des principales artères et aux bouches de métro, à assurer le fonctionnement reguller des chaines de télévision et de radlodiffusion centrales ;

3) à se coordonner dans toute la ville pour que chacun fasse connaitre les Images réelles des événements aux troupes en garnison à Pékin. Le 20 aml 1989 Tradult du chinois d'October Revlew vois pas comment le faire sans réformer le Parti.

Comment voyez-vous l'avenir ?

- J'espère que Zhao Ziyang pourra revenir à l'avant-scène. Mais surtout, qu'il y ait un parti démocratique, tenant compte de l'avis des divers courants, et non pas une direction qui exclut ses opposants.

Hong-Kong, 22 Juin 1989 propos recuelllis par Laurent Carasso

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