d'une situation chaotique, suite à un sabotage économique
Etats-Unis de recourir à une agression armée sur une grande
NICARAGUA
La révolution en difficulté
DIX ANS APRES le triomphe de la révolution, le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) s'est lancé dans une course de vitesse pour gagner les élections de février
1990. Le pouvoir a été pris par les masses, par une insurrection armée, le 19 juillet 1979. Mais un échec des sandinistes aux élections (ou le développement massif de la part du secteur capitaliste) pourrait créer une situation propice à la contre-révolution, et permettre aux échelle.
Arnold BERTHU
LA SITUATION économique est à proprement parler désastreuse. La production industrielle a
La production agricole a très fortement chuté. Le
(PIB) a baissé de 10%.
Le chômage est passé en 1987, à près de 30% aujourd'hui. Le pouvoir d'achat des travailleurs a baissé de 85%, au cours de l'année 1988 (1).
Le Nicaragua passe par une situation de véritable récession économique et le niveau de vie des masses, principalement des secteurs qui constituent la base du processus révolutionnaire, en est terriblement affecté. En dehors des difficultés pour se procurer les aliments de base et les produits de première nécessité, il faut ajouter que les conditions de vie en général se sont dégradées en raison des restrictions apportées aux dépenses sociales, tant au niveau de l'Education, qu'au niveau de la Santé
Cette dégradation s'exprime concrètement par une remontée du taux d'analphabétisme et de mortalité infantile qui, sans atteindre le niveau de l'époque de
Somoza, n'en sont pas moins inquiétantes. La délinquance a également augmenté.
Cependant, pour avoir une vision d'ensemble du vécu de la population nicaraguayenne, il faut prendre en compte d'autres facteurs. Un élément clef qui constitue un baume sur la plaie économique, est que la guerre est pratiquement finie. La Contra n'est plus en mesure de perpétrer des assassinats à une grande échelle et de créer une situation d'insécurité dans les régions du territoire où elle opérait précédemment (et qui n'ont jamais affecté directement la côte Pacifique, c'est-à-dire, la partie la plus peuplée du Nicaragua). Les mas-ses sont conscientes du fait que la mise hors d'état de nuire de la Contra est le fruit de la politique sandiniste à laquelle les secteurs populaires de la révolution ont apporté leur contribution humaine et matérielle. Un autre élément à prendre en considération est le climat de liberté d'expression, de critique et d'organisation, qui continue à prévaloir.
La situation dans laquelle se débat la population nicaraguayenne est essentiellement le fruit de l'agression et du blocus économique ; du caractère particulièrement arriéré du développement du Nicaragua d'avant 1979 ; de la dépendance totale de l'économie nicaraguayenne par rapport au marché impérialiste mondial : du poids de la dette (6,7 milliards de dollars, en 1988 : si le Nicaragua avait alors payé l'entièreté des intérêts de celle-ci, cela aurait représenté 103% de la valeur des exportations). Il s'agit de facteurs sur lesquels les révolutionnaires ne peuvent pas peser directement.
Une économie au bord du gouffre
Le caractère très aigu de la crise économique ne date certes pas de 1988 : mais les mesures politiques et économiques concrètes prises par les sandinistes pour répondre aux effets négatifs de ces facteurs ont engendré une forte récession. Ces facteurs ont entraîné le Nicaragua au bord du gouffre en 1986-87, avec notamment un taux d'inflation qui échappait à tout contrôle et dépassait les 1 000%, alors que 50% du budget de l'Etat devait être alloué à la Défense.
Les sandinistes ont réagi à cette situation de manière efficace sur le plan militaire, en portant un coup décisif à la Contra en mars 1988. Mais sur le plan économique et social, on ne peut en dire autant, les mesures économiques prises au cours de la même année ayant lourdement affecté les masses, sans améliorer véritablement la situation économique
Une des premières mesures, adop tée au mois de février, visait à diminuer de façon radicale la masse monétaire en circulation. Pour réaliser cela, chaque Nicaraguayen a dû changer son argent contre une nouvelle monnaie (1 000 ancien cordobas valant dorénavant 1 nouveau cordoba). Au-delà d'une certaine somme, l'argent ne pouvait être immédiatement changé et restait sur un compte bancaire bloqué, de manière à permettre une enquête sur l'origine des revenus
Cette mesure, très bien accueillie par la population, a frappé une partie des milieux vivant de la spéculation, et notamment la Contra qui n'a pas pu (ou osé) changer ses fonds. On estime que cela a permis de réduire la masse monétaire de 20%. Ce changement du cours de la monnaie correspondait à une très forte dévaluation du cordoba et à une unification des taux de change. Jusque là, deux taux de change étaient en vigueur : un à l'exportation et un à l'impor-
Ce dernier permettait aux entreprises privées et étatiques d'importer des marchandises à un coût inférieur au prix rée du marché ce qui augmentait le déficit commercial. Cela avait notamment gonflé d'une façon démesurée les achats de fertilisants et de tracteurs qui, vu la "relative modicité" de leur prix d'achat, n'étaient pas utilisés et entretenus avec
D'autres mesures ont été prises conjointement afin de diminuer la masse monétaire par la réduction des dépenses de l'Etat, y compris avec des licenciements purs et simples (ce qu'on appelle, au Nicaragua, la "compactacion" qu'on pourrait traduire pudiquement par le terme de "dégraissage"). Enfin, on augmenta les prix du combustible, de l'eau, de l'élec-
En bref, ces différentes mesures ressemblaient forts aux politiques fondo-monétaristes appliquées dans d'autres pays latino-américains. Mais,
1) Le PIB nicaraguayen a progressé entre 1979 et 1983, puis a commencé à baisser à partir de 1984, lorsque l'agression américaine a fait un bond qualitatif. Voic l'évolution annuelle du PIB : 1980 : +4,6% ; 1981 : +5,4% ; 1982 : +0,8% ; 1983 : +4,4% ; 1984 : -1,4% ; 1985: -2,6% ; 1986 : 0.5% : 1987 : ? : 1988 : -10%
Mais la crise ne touche pas que le Nicaragua, loin de là. Selon la commission économique des Nations Unies pour l'Amérique latine et les Caraibes (rapport de 1989). l'indice de production par tête d'habitant a baissé, au cours des années 80, de 28% en Guyane, 26% en Bolivie, 20% au Guatémala, 16% à Haiti, 17% au Nicaragua, 14% au Salvador et au Honduras.
comme le soulignent eux-mêmes les économistes sandinistes critiques à l'égard de ces mesures, la politique appliquée en février différait d'une politique fondo-monétariste sur un point fondamental : les salaires, en particulier le salaire moyen, étaient revalorisés d'environ 500%, de manière à permettre de couvrir les dépenses nécessaires pour se procurer 45 produits de base (le "panier de la ménagère").
Plusieurs éléments ont rendu ces mesures inefficaces : la dévaluation augmentait très fortement le prix d'achat des produits d'importation nécessaires à la production (ce qui amenait les entreprises à augmenter d'autant leurs prix de vente sur le marché intérieur : fertilisants, machines, métaux, etc.).
Les entreprises, y compris étatiques, ont même anticipé largement sur les augmentations des coûts prévues (coût plus élevé du transport et des produits importés entrant dans la fabrication). On était dans un contexte de libération quasi complète des prix et, vu la pénurie des produits de base qui se maintenait, les ménages ont dû acheter ceux-ci au prix fort. Tout cela a relancé l'inflation qui a atteint 944%, entre février et fin mai 1989.
En juin 1988, de nouvelles mesures de type plus nettement fondo-moné-tariste ont été prises : nouvelle dévaluation du cordoba avec gel des salaires, ceux-ci étant, de manière simpliste, rendus responsables de la spirale inflationniste (2).
Critiques contre les mesures économiques
Le blocage des salaires n'a pas arrêté l'inflation qui a atteint un total de 25 000%, à la fin 1988, mais a créé une situation dramatique dans les ménages populaires : la consommation a baissé en terme absolu, la pénurie des biens de base a presque disparu d'une façon artificielle, car les commerçants n'arrivaient plus à écouler toute leur marchandise, devenue beaucoup trop chère. Témoin de la baisse vertigineuse des salaires : ceux-ci ne représentaient plus, fin 1988, que 5% des coûts de production dans l'industrie et 9% des dépenses courantes de l'Etat ! Ces chiffres sont révélés aujourd'hui par les économistes sandinistes (voir le Bulletin socio-écono-
Le caractère monétariste des mesures de 1988-89 a donné lieu à des critiques très sévères de la part de militants qui soutiennent le pouvoir sandiniste. L'une des critiques publiques la plus explicite est celle exprimée par A. J. Acevedo Volg, membre de l'Association des économistes du Nicaragua. Dans un article paru en mars 1989, dans le Bulletin socio-économique (pro-sandiniste), il écrivait à ce propos : "Les partisans d'une politique économique orthodoxe (fondamentalement monétariste) à l'intérieur du gouvernement révolutionnaire, (...) considéraient qu'une des causes fondamentales de l'inflation tenait au fait que, malgré la détérioration accélérée et dramatique de leur pouvoir d'achat, les salaires monétaires (nominaux) étaient encore excessivement élevés, en relation avec l'offre des biens de consommation disponibles, et représentaient, dès lors, un excès de demande qui devait être contenu. Néanmoins, tout en recommandant de "contenir" les salaires, ils proposaient de laisser libres les prix, qui constituent la source des revenus des agents économiques non salariés. [ces gains supplémentaires permettent alors à ces secteurs d'accroître leur] demande sur les mêmes biens de consommation, disponibles en quantité limitée. Mais cela, on ne le dit pas, parce qu'on ne considère pas cette demandelà comme favorisant l'inflation. Si l'on suivait les recommandations de ces cela entraînerait de fait une redistribution radicale du revenu, en faveur des secteurs qui perçoivent le leur par le biais des prix (et nous verrons qu'il ne s'agit pas nécessairement des producteurs) au détriment des salariés."
La "concertation"
Continuant sa charge contre les économistes qu'il appelle "orthodoxes" Acevedo Volg ajoute : "Pour eux, seule est source d'inflation la lutte des travailleurs pour freiner la détérioration de leur salaire réel, ou la lutte désespérée des petits et moyens producteurs "non compétitifs" pour survivre, qui font pression pour avoir accès au crédit et pour obtenir de meilleurs prix. Mais, même s'ils ne le démontrent pas, ils ne considèrent jamais comme inflationniste le fait que les entrepreneurs qui opèrent dans différents secteurs de l'économie - finances, transports, commerce, grandes entreprises industrielles, etc. - ont l'entière liberté de s'octroyer (...) des marges bénéficiaires supérieures à la
La violence des arguments d'Acevedo donne une idée de la gravité du type d'arguments qui a pu être avancé par une série d'économistes qui ont influencé le gouvernement à partir de juin 1988.
On peut dire qu'entre février 1988, et ce début de l'été 1989, cinq paquets de mesures économiques ont été mis en œuvre par le pouvoir. Les dernières en date (janvier 1989), liées aux effets de la terrible récession, ont réussi, semble-t-il, à limiter le rythme de l'inflation. Mais les remèdes utilisés pour la combattre
2) La dévaluation de juin a été accompagnée des mesures suivantes : les taux de remboursement des emprunts contractés par les différents types d'entreprises sont indexés mensuellement en fonction de l'inflation. La mesure vise à limiter le crédit pour éviter que le système financier ne continue d'être une source d'émission inflationniste de pouvoir d'achat. Le problème est que cette mesure a limité de façon drastique les possibilités d'emprunt des petits et moyens paysans individuels, des artisans, des coopératives agricoles ou artisanales. Un nombre important de cooperatives ont eu les pires difficultés pour acheter des pièces de rechange, des tertilisants ou des matières premières en quantité suffisante. L'effet récessif a été immédiat.
Deuxième grande mesure d'accompagnement : les prix ont été libérés, sauf ceux de 4 produits (riz, sucre, huile, savon) qui ne sont augmentés périodiquement qu'avec l'accord du gouvernement. Seuls les médicaments et le ont engendré une récession qui perdure, ainsi qu'une baisse radicale du niveau de
Les mesures prises à partir de janvier 1989 amplifient la politique de réduction d'emploi des fonctionnaires et des travailleurs des sociétés étatisées (35 000 emplois en moins), sans revaloriser le salaire réel, pourtant revendiquée par les organisations syndicales, y compris sandinistes.
Ce nouveau paquet de mesures a été combiné à une série d'ouvertures des sandinistes à l'égard des capitalistes nicaraguayens et du secteur privé en général. Cette démarche se base probablement sur un raisonnement politique de fond, lié à la nouvelle conjoncture. Les sandinistes veulent éviter qu'un front d'opposition intérieur, comprenant l'ensemble du secteur privé capitaliste, ne prenne le relais de la Contra et appuie de manière active les partis d'opposition. Pour obtenir la neutralisation d'une partie du secteur capitaliste et la réouverture de l'aide des pays impérialistes d'Europe, ils ont fait de nouvelles con-
En février 1989, Daniel Ortega et Jaime Wheelock, au nom des 9 commandants, ont annoncé la fin des expropriations de terres (qui profitaient aux petits paysans) et ont affirmé leur disposition à rétrocéder les terres confisquées à des propriétaires privés efficients.
La famille Pelas
Par exemple, un compromis est intervenu avec la famille Pelas, dont la raffinerie San Antonio avait été expropriée en juin 1988, à laquelle on a garanti le droit au revenu tiré d'une partie des exportations de cette entreprise. De plus, les autorités nicaraguayennes ont garanti qu'elles n'exproprieraient pas la célèbre entreprise de production de rhum, "Flor de Cana", qui appartient à la même
Cette décision a valeur de symbole car l'année passée, la nationalisation des possessions de la famille Pelas était conçue comme un avertissement à tous les capitalistes nicaraguayens qui organisaient la fuite des capitaux. Lors de son discours du 9e anniversaire de la révolution, Daniel Ortega avait souligné l'importance de cette mesure, insistant en même temps sur le fait que les sandinistes construisaient le socialisme de-
Par la nouvelle démarche de concestransport collectif urbain restent partiellement subventionnés (le prix du transport interurbain a été multiplié par 9).
Troisième mesure d'accompagnement: les salaires n'ont été que partiellement indexés. Dans le secteur industriel, les entreprises sont autorisées à accorder des augmentations par le biais des primes à la productivité. Mais il est clair que dans l'ensemble les salaires réels des travailleurs ont baissé de manière impressionnante. En ce qui concerne les salariés d'Etat, la situation est plus grave, l'augmentation salariale a été limitée à 30% (alors que les prix étaient multipliés par 5 ou 6). Néanmoins, pour leur permettre l'accès aux trois produits alimentaires de base, les fonctionnaires reçoivent mensuellement, depuis juillet 1988, 5 kg de riz, 5 kg de haricots et 2,5 kg de sucre. Cela équivaut, de fait, au doublement de leur salaire pour 43% d'entre eux (c'est-à-dire les bas salaires). Pour les autres, ce paiement en nature est de toute façon appréciable.
sion/concertation, il est possible que les sandinistes réussissent à empêcher la jonction entre tout le secteur capitaliste et l'opposition politique, mais il est très improbable qu'ils obtiennent que les capitalistes modifient leur attitude économique et réinvestissent leurs bénéfices dans l'économie du pays (voir l'article d'Ortega page 11).
Il faut bien mesurer l'aspect tactique de la démarche des sandinistes. Face à un patronat qui maintient une attitude de sabotage économique, les sandinistes peuvent prendre de fortes mesures de rétorsion et reprendre la voie des expropriations. C'est ainsi, qu'à la mi-juin, les autorités ont confisqué 3 plantations de café appartenant à des dirigeants de la chambre patronale (COSEP) de la région de Matagalpa accusés de sabotage et de collusion avec l'ambassade américaine.
Mécontentement des masses
Les difficultés économiques ont cependant donné lieu à des manifestations de mécontentement de la part de secteurs populaires. Depuis février 1988 plusieurs grèves se sont succédées : dans la construction et les secteurs de réparation automobile (au printemps 1988), dans quelques entreprises industrielles (en automne 1988), et plus récemment, parmi les enseignants. Les porté sur la revalorisation des salaires et la défense de l'emploi. Des mouvements de protestation ont également touché la campagne. C'est ainsi qu'en mars, 50 travailleurs d'une ferme d'Etat, située près de Matagalpa, protestèrent contre la décision du ministère du Développement et de la réforme agraire, de rétrocéder leur entreprise à un propriétaire privé. Ce fut aussi le cas d'un groupe de coopérateurs, membres de l'Union nationale des agriculteurs et éleveurs (UNAG), dont la ferme venait d'être rendue à un capitaliste.
Ces différents mouvements d'ampleur limitée, mais constituent la pointe apparente d'un iceberg. Ils ne font pas l'objet de mesures de répression, mais sont dénoncés vigoureusement comme faisant le l'impérialisme et de l'opposition de droite. Certaines grè-ves ont été conduites par des syndicats liés aux 2 partis communistes qui, par ailleurs, ont constitué depuis un an, un front avec les partis de droite (3). Cette attitude contre-révolutionnaire brouille les cartes et alimente les accusations portées contre les grévistes. Malgré le rôle néfaste joué par les deux PC et par certains syndicats de droite, il ne faut cependant pas accepter l'amalgame qui est faite par certaines autorités sandinistes entre des actions ouvrières et paysannes (souvent justifiées), et la droite. D'ailleurs, le mécontentement s'est également exprimé à plusieurs reprises au sein d'organisations sandinistes. Mais le fait qu'aucune des manifestations de rue organisée par l'opposition de droite (avec l'appui des PC) n'ait connu un succès de masse (la plus grande a réuni 8 000 personnes), indique bien que si les travailleurs protestent contre certaines des mesures prises par le gouvernement, ils ne sont pas prêts pour autant à apporter leur appui à la contre-révolution "pacifique".
Dans une situation aussi complexe, le trait dominant, au niveau du sentiment d'un secteur majoritaire des masses, est la confiance dont il fait preuve à l'égard de la direction révolutionnaire, le FSLN. Une confiance qui n'est certes pas aveugle ou a-critique, qui peut être altérée par un mécontentement à l'égard de telle ou telle mesure (tant économique que politique, comme la libération des ex-gardes somozistes), mais une confiance qui repose sur l'énorme capital de crédit qu'a gagné le FSLN, une confiance qui est entretenue par sa capacité de convaincre les masses d'accepter des sacrifices pour défendre la révolution (voir l'article de T. Borge, page 8).
L'échec militaire de la Contra a amené l'administration Bush, en accord avec les démocrates, à compter sur le développement du front d'opposition intérieur, tout en maintenant la Contra comme moyen de pression. Le message est clair : l'étranglement économique et la menace militaire continueront tant qu'il n'y aura pas de changement substantiel au Nicaragua (c'est-à-dire un renversement des sandinistes et la restauration d'un Etat capitaliste). Les Nicaraguayens ont un besoin vital d'aide économique internationale, puisqu'ils ne peuvent pas reconstruire le pays en "au-
L'Union soviétique distille son aide au compte-goutte. Certes pour les sandinistes, toute aide venant des Soviétiques et des autres pays de l'Est est utile, mais son niveau est totalement insuffisant. L'URSS a peu d'intérêts stratégiques dans la région et, cyniquement, utilise le Nicaragua comme moyen de négociation/pression sur les États-Unis pour la solution d'autres conflits "régionaux". Elle ne permettra sûrement pas le renversement des sandinistes mais, au-delà, ces derniers devront se débrouiller quasiment seuls. Le commandant Victor Tirado veut y voir un signe positif (voir page 10), mais son explication optimiste cache mal le danger que laisse planer la fin de l'aide militaire soviétique et la faiblesse de l'aide économique.
Un deuxième facteur international joue un rôle négatif par rapport au Nicaragua. Même si les Etats capitalistes européens freinent en partie l'agression américaine (surtout la France, l'Espagne, l'Allemagne, les Pays-Bas, et la Suède ; mais sûrement pas la GrandeBretagne de Thatcher !), ils n'en exercent pas moins un chantage monstrueux sur le Nicaragua (4). Ce chantage consiste à conditionner la possibilité de réouverture des lignes de crédit ou d'aide, à des concessions importantes des sandinistes au secteur capitaliste, concessions entraînant une extension du système d'exploitation capitaliste et donc, des reculs sociaux. Les sociauxdémo-crates (à l'exclusion peut-être des sociaux-démocrates suédois) et les démocrates-chrétiens européens, qui ont chacun des intérêts importants à défendre en Amérique latine, mènent ce chantage sous le couvert d'une campagne pernicieuse en faveur d'une pré-
Les élections de 1990
Mais, en fait, la démocratisation qu'ils préconisent, c'est la liberté des capitalistes nicaraguayens et des multinationales d'exploiter les masses nicaplus grande échelle (extension du chômage, privatisation, limitation des dépenses ciales, etc.). Ils cherchent à faire perdre au Nicaragua son pouvoir d'attraction sur les peuples latino-américains.
L'impérialisme américain et européen intervient dans le processus électoral, de février 1990, avec des moyens financiers bien supérieurs à ceux des sandinistes. Les Etats-Unis et la démocratie chrétienne (DC) internationale (avec au premier rang la DC allemande) auraient déjà fourni 3 millions de dollars à l'opposition nicaraguayenne pour sa campagne électorale ! il est donc vital, une fois de plus, que la solidarité internationale soit aux côtés des sandinistes et des masses nicaraguayennes lors de ces
30 Juin 1989
3) La photo d'Altamirano, Secrétaire général du Parti communiste du Nicaragua (PCdN, stalinien pro-Moscou). donnant l'accolade à Bermudez, chef de la Contra et ancien colonel somoziste, a été publiée dans toute la presse, tant sandiniste que d'opposition. Il est piquant de rappeler que suite à la visite d'Ernest Mandel au Nicaragua, fin 1984, le journal du PCdN, Avanze, avait titré en substance en première page : "La preuve que le FSLN est un parti petit bourgeois : il reçoit Ernest Mandel dirigeant de la /Ve Internationale réformiste contre-révolutionnaire.
4) Suite à la visite de Daniel Ortega dans 11 capitales européennes, les quelques gouvernements qui se sont enfin décidés, sous les auspices de la Suède, à donner quelque chose, se sont mis d'accord sur une aumône de 50 millions de dollars | Un peu avant, le Congrès américain accordait 66 millions d'aide à la Contra. 50 millions de dollars de l'Europe pour 3,5 millions de Nicaraguayens contre 66 millions des Etats-Unis pour 10 000 contras /