Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE ALLEMANDE

Coordination nationale des mouvements d'opposition

Inprecor n° 292, 4 septembre 1989 · p. 25-26 · 537 mots

Allemagne Stalinisme URSS et Russie

LES MOUVEMENTS de l'opposition démocratique en RDA ont décidé de se structurer dans une coordination nationale. Les représentants de 500 groupes oppositionnels de base se sont réunis à pour lancer l'initiative. Leur porte-parole, le physicien de l'Académie des sciences de Berlin-est Hans-Jürgen Fischbeck, a annoncé publiquement les décisions de cette réunion lors d'un rassemblement à l'Eglise confessionnelle de Treptow, dans la banlieue de la capitale est-allemande. Selon H.J. Fischbeck, "une ouverture démocratique à l'intérieur de la société serait le seul moyen pour commencer à démanteler le mur de Berlin" (Die Tageszeitung du 15 août 1989). Autrement dit, l'imperméabilité totale vis-à-vis de la glasnost, dont a fait preuve jusqu'ici le régime de la RDA, est un des éléments fondamentaux qui poussent ses citoyens à s'enfuir vers l'Allemagne fédérale.

A l'origine de cette initiative de coordination nationale de l'opposition se troutienne, mais le mouvement a affirmé son indépendance à l'égard de l'Eglise évangélique. Cette dernière, qui a pu élargir considérablement son influence depuis une dizaine d'années, lorsqu'elle parvint à établir une sorte de modus vivendi avec le régime du Parti socialiste unifié

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dant longtemps un cadre de référence important pour toute initiative de l'opposition démocratique (les groupes d'action en défense des Droits de l'homme, les mouvements pacifiste et écologiste). Cependant, le caractère de plus en plus modéré des positions de l'Eglise officielle et sa volonté de parvenir à tout prix à un accord avec le régime, ont amené une grande partie du mouvement démocratique à agir de manière indépendante par rapport à l'Eglise (voir Inprecor numéro 279 du 9 janvier 1989).

Ce mouvement est traversé par plusieurs courants et il est divisé sur le modèle de société à construire en alternative au système bureaucratique du SED Le clivage majeur concerne le problème de la réunification de l'Allemagne, revendiquée par certaines groupes et refusée par d'autres. Cependant, tous s'opposent à la politique officielle de l'Abgrenzung (Délimitation) à l'égard de la République fédérale allemande (RFA), et demandent une ouverture politique et culturelle. En général, les dissidents est-allemands - aussi bien les chrétiens que les socialistes indépendents ou athées - s'opposent à une restauration du capitalisme et s'affirment partisans d'un "retour au vrai socialisme".

Certains courants identifient le socialisme authentique avec l'URSS de Gorbatchev, qu'ils perçoivent comme une alternative viable au stalinisme inoxydable de la bureaucratie est-allemande. Par exemple, le Pasteur Friedrich Schorlemmer, en intervenant au synode de Halle en juin 1988, a affirmé que la politique de Gorbatchev signifie "la fin du socialisme dogmatique et bureaucratique" et le début d'une "nouvelle utopie", à savoir un "socialisme authentique et créateur" (Frankfurter Rundschau, 14 juillet 1988). Vera Wollenberger, une militante chrétienne des groupes de défense des Droits de l'homme, qui a été expulsée de RDA pour deux ans à cause de son engagement oppositionnel, a déclaré récemment lors d'un congrès des Eglises ouest-allemandes : "On pense souvent que le socialisme est en train de s'écrouler dans le monde et que le capitalisme a gagné ce conflit imaginaire entre les deux systèmes. A mon avis c'est une idée fausse. Ce que nous vivons, aujourd'hui, ce n'est pas l'effondrement du socialisme mais l'agonie du stalinisme, qui pourrait être remplacé par un nouveau, véritable socialisme" (Evangelische Presse dienst, 9 juin 1989).

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