Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PEROU

La catastrophe imminente...

Inprecor n° 292, 4 septembre 1989 · p. 22-24 · 3 382 mots

Pérou et Bolivie Économie mondiale Syndicalisme

l'année 1989] ; une dévaluation radicale de l'inti (1 dollar valait

6 milliards de dollars (le gouvernement péruvien n'a pas été en mesure de payer l'échéance de février du service de la dette).

Par ailleurs, la contestation sociale s'étend, notamment avec les actions des médecins et des paysans cet été, ainsi que la et membre du Parti d'unité mariatéguiste (PUM), qui était en

PEROU

La catastrophe imminente...

LE PEROU CONNAÎT l'une des plus profondes crises de son histoire. La situation économique est catastrophique avec un taux d'inflation qui atteint aujourd'hui 5 000% [pour

33 intis en septembre 1988 et 2 025 début mai 1989 !) ; une chute du Produit intérieur brut (PIB) de 25% dans le premier trimestre de l'année ; et une dette extérieure qui s'élève à

La faillite du gouvernement de l'Alliance populaire révolutionnaire américaine (APRA) du Président Alan Garcia précipite également la crise politique, à quelques mois de l'élection présidentielle d'avril 1990 et à la veille des élections municipales de novembre prochain.

La répression, qui a déjà fait plus de 14 000 morts en 9 ans, a connu une importante escalade dans le premier trimestre de cette année, où 1 595 personnes ont été assassinées.

grève générale dans les mines, le 17 août.

Inprecor a rencontré Hugo Blanco, dirigeant de la Confédération paysanne péruvienne (CCP)

tournée en Europe, au lendemain de sa libération (1).

INPRECOR : Le gouvernement d'Alan Garcla est-Il encore crédible ?

Hugo BLANCO : La crise économique atteint des proportions fantastiques

C'est la plus grave de l'histoire du Pérou.

Lorsqu'il a accédé au pouvoir Alan Garcia a limité le poids du Fonds monétaire international (FMI), contrairement gouvernement précédent qui était complètement sous son contrôle. Le gouvernement a poussé à la nationalisation des afin d'obliger les capitalistes à investir dans le pays lui- même, mais la droite, l'extrême droite et l'aile droite de l'APRA ne l'ont pas permis. Au vu de cet échec, à partir de septembre 1988, il a dû se plier au diktat du

FMI et cela a conduit le Pérou à une crise économique terrible.

• Qu'en est-ll de la répression ?

— On a, à l'étranger, une image complètement faussée du régime. Il est présenté comme un gouvernement démocratique en butte aux attaques d'une guérilla terroriste. C'est de la pure propagande utilisée par l'impérialisme et le gouvernement péruvien. Tous les morts sont mis sur le compte du Sentier lumineux (2) ou sont considérés comme des actes de légitime défense de la part d'un régime démocratique. Il y a quelques jours, j'ai lu dans Le Monde que deux députés avaient été tués au Pérou, et qu'on pensait que c'est Sentier lumineux qui les avait tués. Pourtant, ce double meurtre a été commis par une aile du gouvernement : il s'agit du commando Rodrigo Franco, dirigée par Augustin Mantilla, actuel ministre de l'Intérieur. Celui-ci a une histoire absolument sordide. Il est entré au gouvernement comme vice-secrétaire à l'Intérieur. En fait, il était l'éminence grise de l'ancien ministre de l'Intérieur. C'est également lui qui avait ordonné le massacre des prisonniers politiques de la prison d'E Fronton (3). II était habillé en ranger et a tué lui-même au moins cinq prisonniers. Par la suite, il est devenu ministre de l'Exécutif. En cette qualité il contrôlait ce qu'on appelle les Commissions de développement, des organismes locaux servant de couverture aux livraisons d'armes pour les paramilitaires et à leur entraînement. Il a été désigné comme ministre de l'Intérieur lors du dernier remaniement ministériel du 16 avril.

• L'APRA connait-elle des divisions intérleures ?

- Non. Certes, plusieurs courants démocratiques sont présents dans l'APRA. Mais ils ne comptent pas. Ce qui importe ce sont les décisions prises par le régime lui-même. Le Premier ministre, Luis Alberto Sanchez, est un conservateur.

Ce qu'on cache au monde c'est l'existence, au Pérou, du mouvement de masse indépendant le mieux organisé d'Amérique latine, à l'exception de Cuba et du Nicaragua. Je ne parle pas du Mexique, où le mouvement de masse est plus important, mais dirigé par le gouvernement.

L'assemblée populaire

Les paysans sont organisés, de même que les habitants des bidonvilles le peuple des régions négligées de la périphérie qui combattent le centralisme, les employés de la fonction publique, les étudiants, et même la police. Toutes ces organisations sont regroupées dans l'Assemblée populaire. Il est vrai que l'Assemblée nationale populaire n'a pas encore la force que nous voudrions tous qu'elle ait. Mais son existence même démontre que des développements importants se produisent. Même la police ne se contente pas seulement d'exiger des hausses de salaires, mais revendique également l'élection des officiers, et le droit de désobéir aux ordres s'ils contreviennent aux Droits de l'homme. En raison du haut niveau de conscience dans la police en général, des unités spé ciales sont formées pour assurer la répression. Elles sont entraînées par les Israéliens, car ces derniers ont l'habitude des terrains désertiques, et au Pérou il y a des grandes régions désertiques. Elles sont aussi entraînées par des Sud-africains, car il y a aussi de la jungle au Pérou. Et elles sont également entraînées par les Yankees. Ces unités répressives spéciales s'entraînent en tuant des chiens : ils coupent la tête des chiens, puis se couvrent le visage de leur sang et mettent leurs intestins autour de leur cou. C'est ce genre de troupe qui a été utilisé à Ayacucho et plus récemment à Pucallpa où elles ont perpétré des massacres. Après avoir ouvert le feu, quand les gens sont tombés, ils les ont achevés à la baïonnette, et se

1) Le 9 février dernier, à Pucalipa, la police a attaqué une réunion des paysans organisée par la Confédération paysanne péruvienne (CCP), faisant 10 morts et 26 blessés graves. 400 personnes ont été arrêtées, dont Hugo Blanco lui-même qui n'a été libéré le 21 février, que grâce à une campagne de solidarité internationale et au Pérou même (Voir Inprecor numéro 284 du 20 mars 1989).

2) Sentier lumineux, apparu en 1980 dans la province andine d'Ayacucho, ce mouvement de guérilla d'origine maoïste s'est rapidement développé et étendu au reste du Pérou. Sur les origines et l'évolution de ce mouvement voir Inprecor numéro 144 du 28 février 1983 et numéro 229 du 3 novembre 1986.

3) Les 18 et 19 juin 1986, pendant que se déroulait à Lima le congrès de l'internationale socialiste (dont est membre l'APRA), la révolte des prisonniers de la prison d'E Fronton, pour la plupart des militants du Sentier Lumineux a été noyée dans le sang, faisant plusieurs centaines de victimes (Voir Inprecor numéro 228 du 20 octobre 1986).

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La droite a pu organiser quelques | un ancien parti vélasquiste (5), c'est-àsont barbouillés le visage du sang de leurs victimes, devant les masses. Ces unités font partie de la police nationale, mais ce sont des uniqui spéciales, sont d'ailleurs beaucoup mieux payées.

Une autre chose que l'on cache à l'opinion publique, c'est que la force politique la plus importante du pays est la Gauche unie (Izquierda

Unida, IU). Quand l'APRA a gagné les élections, la Gauche unie est arrivée en second. Mais maintenant que l'APRA a été totalement discréditée à cause de sa politique économique, IU est devenue la principale force du pays. La popularité de Vargas Llosa (4) est aussi très exagérée. On le dépeint comme un libéral alors qu'en réalité, c'est un représentant de la droite la plus primaire.

Son cas semble étrange. Il a la réputation d'être un écrivain progressiste et l'un de ceux qui, auparavant, dénonçalent le système. Comment expliquer son évolution ?

- Il a dégénéré petit à petit. Au début, il a pris une position qui aurait pu être correcte, en critiquant la répression contre l'écrivain Padilla, à Cuba. Après cela, il a commencé à s'éloigner de la révolution cubaine et a finalement adopté des positions ultra-droitières. Et quand le gouvernement de Belaunde Terry a fait massacrer huit journalistes le 23 janvier

1983, pour se couvrir, il a nommé une commission présidée par Vargas Llosa.

On a su plus tard que c'était un cas de répression. Mais à cette époque, quand les gens étaient très attentifs sur cette question, Llosa a fait croire que c'étaient les paysans qui les avaient tués. Il a dit que si ces pauvres paysans, qui vivent dans des conditions inhumaines, rejetés par le reste de la société péruvienne, avaient fait cela, alors nous étions tous un peu coupables du meurtre de ces huit journalistes. De cette façon, il a dilué la question de la responsabilité de ces assassinats, et a répandu le mensonge.

• La propagande de la drolte a-telle un impact sur les masses paupérisées et dispose-t-elle d'un soutien dans les couches pauvres ?

— Oui. Il faut se rappeler qu'elle contrôle les moyens de communication.

Quelques personnes sont convaincues que l'APRA mène le pays au désastre en appliquant le programme d'IU, et que par conséquent, il faut se tourner vers le FMI pour résoudre la crise du pays.

UNIV

•TIDES Hugo BLANCO (DR) mobilisations quand l'APRA a voulu essayer de nationaliser les banques. Mais elles ne furent pas très importantes. En tout cas, elles n'étaient pas comparables avec celles organisées par la gauche en tant que telle, ou celles des organisations de masse luttant pour leurs revendications. Il est difficile de savoir qui, de l'extrême droite ou de la gauche, va gagner la prochaine élection présidentielle qui est prévue en avril 1990. Mais nous savons qui sera le perdant: l'APRA. L'extrême droite a sa chance, puisqu'elle peut disposer de larges moyens et recourir à la fraude. Dans ce cas, le Pérou connaîtra un avenir tragique. Cette politique de famine sera poursuivie de plus belle, la répression sera aussi plus vigoureuse, et tout cela sera présenté comme la défense d'un régime légalement constitué.

• Quelle est la situation à gauche ?

- La Gauche unie est la principale force politique du pays. Elle a tenu son congrès il y a quelques mois (voir Inprecor numéro 284 du 20 mars 1989). Lors de ce congrès, un programme a été approuvé et une direction élue. La procédure de sélection des candidats a également été approuvée. Mais le candidat de l'aile droite d'IU, Barrantes (l'ancien maire de Lima) et ses partisans ne tiennent pas compte de certains des accords passés lors du congrès.

Fondamentalement, c'est le Parti socialiste révolutionnaire (PSR) qui est l'axe du mouvement de Barrantes. C'est dire un parti bourgeois. Il tient à se dénommer lui- même Parti socialiste révolutionnaire, mais cela ne veut rien dire. Il représente l'aile droite, autour de laquelle d'autres gens se réunissent, et essayent de discréditer la direction et les accords passés au congrès

Des élections internes ont eu lieu il y a un certain temps, et d'autres se dérou-

..

D'après ce que j'ai entendu, ils vont retirer leurs candidats, et même retirer Barrantes, parce qu'ils savent qu'à la base d'IU, ils ne bénéficient d'aucune popularité. Un rassemblement d'U congrès, et quand l'actuel président du mouvement,

Jorge del Prado, qui est également le principal dirigeant du Parti communiste

(PC), a évoqué le nom de

Barrantes, des sifflets ont retenti sur toute la place.

Après cela, Barrantes a organisé une réunion dans une arène, avec beaucoup moins de participants qu'U

Des secteurs centristes comme le PC risquent cependant de capituler devant les prétentions de Barrantes et peuvent laisser tomber le programme adopté au congrès, bien qu'il ne soit pas très radical. Ces secteurs peuvent même capituler sur la question du candidat.

• La gauche a-t-elle déjà un candidat sur lequel elle pourrait se mettre

- Non. Depuis que nous avons compris qu'lU est une coalition de diverses forces, nous considérons Henry Peace, qui était maire adjoint sous Barrantes, comme étant le candidat le plus indiqué, tout simplement parce qu'il accepte les accords du congrès. L'aile gauche d'IU, composée par le Parti d'unité mariatéguiste (PUM), le Parti d'union de la gauche révolutionnaire (Unir) et le Front ouvrier, paysan, etudiant et populaire

(Focep), est dénommée dans la presse les "avant-gardistes militaristes".

cela est totalement inadéquat, nous acceptons les conclusions du congrès d'IU et nous n'avons rien de militariste.

• Qu'en est-ll de Sentier lumineux ?

— Même si ce groupe n'a pas l'importance qu'on lui donne en Europe, il en a

4) Candidat de l'alliance de droite Fredemo à rélection présidentielle prochaine. Cet été, celui-ci a, dans un premier temps, déclaré retirer sa candidature puis a de nouveau annoncé qu'il briguait l'investiture présidentielle.

5) D'après le nom du général Velasco Alvarado, qui a dirigé le régime militaire "réformiste" dominant au Pérou entre

1968 et 1975.

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néanmoins une. Il opère à peu près dans tout le pays. Mais il n'a pas d'influence dans le mouvement de masse organisé. Il est hostile au mouvement de masse et n'a rien à voir avec IU. Il est marginal. Mais chaque fois que Sentier lumineux tue deux policiers, la nouvelle se répand dans le monde entier. Quand 60 000 paysans partent en grève, et que personne n'est tué (voir Inprecor numéro 278 du 13 décembre 1988), nul n'en entend parler. Sentier lumineux est un mouvement très sectaire. Nous ne l'appelons pas maoïste, mais "pol-potistes" (6). Les militants tuent non seulement des droitiers, mais aussi des gens de la gauche. Ils assassinent des dirigeants politiques de la gauche, ou des leaders de masse de gauche, et aussi bon nombre de gens innocents, en les accusant d'être des informateurs.

Quant au gouvernement, il approuve l'assassinat de gens de gauche par Sendero, car cela lui permet de lui faire porter le chapeau pour tous les meurtres de personnalités de gauche. Par exemple, meurtre de Saul Canteran, le dirigeant des mineurs qui a été tué, en prison, par le Commando Rodrigo Franco, il y a environ deux mois. On le rend également responsable de la mort d'un député de gauche qui a été tué il y a quelques semaines. Pourtant, lui aussi a été assassiné par le Commando Rodrigo Franco. Et jusqu'à présent, Sentier lumineux n'a rien dit. De plus, quand j'étais en prison, le cadavre d'un voleur fit son apparition sur la Place de Armas à Pucallpa. A côté du corps était écrit :"ainsi mourra traître aux paysans, Hugo Blanco". Et c'était signé Sentier lumineux. Ceci fut largement diffusé par la télévision. Mais nous savons que ce n'est pas Sentier lumineux qui l'avait fait, parce qu'ils ne signent pas Sentier lumineux, mais "Parti communiste du Pérou. Et de plus, ils n'ont pas de voleurs à disposition comme en a la police. En outre, le journaliste qui a rapporté ce fait est l'un de ceux qui travaillent avec la police.

• Sentier lumineux endosse-t-ll publiquement la responsablllté des actions qu'Il mène ?

— Non. Il s'en garde bien. Il ne revendique ni n'infirme les actions qui lui sont attribuées. Même s'il lui arrive parfois de se vanter de telle ou telle action, il ne démentit jamais les assassinats qui lui sont imputés, ce qui arrange bien le régime. II a aussi une façon de procéder profondément anti-démocratique. Lors que ses militants vont dans une communauté paysanne, ils convoquent les chefs du village et menacent de tuer quiconque n'obéirait pas à leurs ordres, au mépris des personnes choisies par ces communautés.

• Disposent-Ils d'un soutien populaire, ne seralt-ce que dans certaines régions montagneuses ?

- Non, pas dans les montagnes. A Puno, ils sont devenus insignifiants, précisément parce qu'ils ont réagi contre nous, en tuant un dirigeant paysan de la région. Et ils perdent de plus en plus de terrain à cause de cela.

• Quelle est leur base sociaie, et comment expliquer leur développement ?

- Il s'agit essentiellement d'étudiants, d'enseignants, etc. Ils ont également des paysans dans leurs rangs, mais c'est une minorité. Leur développement s'explique surtout par la famine et l'incapacité de la gauche à organiser les masses. Le Sentier lumineux se développe partout où les organisations de masse sont faibles. Et de même, partout où les organisations de masse se sont développées, il a été réduit à néant. Car la méthode de Sentier lumineux est la dans un village, tuent les riches, tuent les policiers, louent une maison et s'en vont. Puis vient la répression, pour dénicher les leaders des communautés paysannes. Ceux-ci sont tués, doivent disparaître ou sont arrêtés. L'armée trouve les familles qui soutiennent Sentier lumineux, et les tue. Puis s'en vont. Alors réapparait le Sentier lumineux : ses militants débusquent les mouchards qui ont dénoncé les gens tués par l'armée, puis ils exécutent ceux qui ont logé, nourri ou aidé les militaires, et s'en vont. Et ainsi de suite. Sous ces conditions, il n'y a bien sûr pas de place pour un dirigeant du CCP, par exemple, comme troisieme force. Les gens doivent choisir entre l'armée et Sentier lumineux.

Ce que nous devons prendre, c'est que dans la mesure où la gauche s'est beaucoup trop préoccupée des élections, elle a abandonné le peuple. Elle n'a pas dirigé les luttes paysannes ou les luttes estudiantines. En l'absence de toute action de protestacomme la seule réaction réelle de protestation. Finalement, nous pouvons expliquer l'existence de Sentier lumineux par le fait que les gens veulent avoir de quoi manger quotidiennement. Or, si vous êtes membre de Sentier lumineux, vous êtes sûrs d'avoir votre pain quotiSinon, vous pouvez mourir de faim. Et les gens préfèrent mourir sous les balles

Sentier lumineux arrive à donner de la nourriture à ses partisans grâce entre autre aux vols de bétail qu'ils commettent. Mais uniquement à ses membres. Pour le Sentier lumineux, tous les autres groupes sont des laquais du régime. Cette accusation s'adresse aussi l'autre force de guérilla, le Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA), avec lequel ils ont eu des affrontements armés. Pourtant, le MRTA est plus cohérent. Il respecte le reste de la gauche. Le CCP a des membres qui appartiennent à un groupe politique lié au MRTA:

l'Union démocratique populaire. Ils travaillent dans les organisations de masse et sont impliqués dans la direction de la lutte des mineurs. Ces militants sont issus du mouvement de Velasquez, certains viennent de l'APRA. On peut les caractériser comme étant des nationalistes de gauche. Ils opèrent parfois dans les mêmes zones que le Sentier lumineux, ce qui produit des affrontements. Mais ils sont surtout implantés dans la jungle, à San Martin, par exemple.

• Quels sont les divisions au sein de l'APRA ?

Get beaucoup des membres de l'APRA étaient contre les massacres de Pucallpa. Lorsque j'ai été arrêté à Pucallpa, le ministre de l'Intérieur est venu sur place et s'est affronté à la direction locale de son parti qui avait critiqué l'attitude de la police.

En 1983, la répression était sive ; aujourd'hui, depuis la constitutior du Commando Rodrigo Franco, elle est sélective. Sa première action a été le meurtre de l'avocat de Morote (6), puis ils ont assassiné Saul Cateron et kidnappé Oscar Delgado. La plupart des dirigeants des enseignants ont été menacés de mort. Un important leader paysan de la côte, puis un député de gauche ont été tués. Une camarade dirigeante du mouvement femme a aussi été assassinée et j'ai également été menacé. Plus récemment, la camarade Cecilia Olea, qui est une dirigeante féministe qui travaille notamment avec des ouvrières de l'usine de montage de Nisan ou des ouvrières du textile, a également reçu des menaces de mort. Une liste des personnes, incluant des députés, menacées par ce commando, aurait été pu-

• Quel est l'état actuel du mouvement paysan ?

— Je pense qu'aujourd'hui, la CCP est plus fort que jamais. C'est la plus ancienne confédération syndicale paysanne du pays. Elle existe depuis 42 ans. Ces derniers temps, elle a dirigée d'importantes grèves paysannes, début, dans trois départements dans la jungle, puis à Cuzco, Puno, etc. prête à organiser une grève nationale. La principale force politique au sein de la CCP est le PUM, mais ce n'est pas la seule. Des camarades de l'UDP, du PC, de Patria Roja, etc. en font également

Propos recuellils par Gerry Foley, le 25 mal 1989.

6) Du nom de Pol Pot, dirigeant des Kmers rouges, au pouvoir au Cambodge de 1975 à janvier 1979, responsables d'un désastre social et humain qui se chiffre en centaines de

7) Manuel Febres, avocat d'Oscar Morote (numéro 2 du Sentier lumineux qui fut capturé en 1988), était un professeur très connu qui avait également été l'avocat de la partie civile dans le procès de l'assassinat de 8 journalistes à Uchurac-

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