Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

LA GLASNOST ET SES LIMITES

Les protocoles secrets du pacte "Hitler-Staline"

Inprecor n° 292, 4 septembre 1989 · p. 27 · 452 mots

URSS et Russie Stalinisme

IL Y A CINQUANTE ANS, le 23 août 1939, V. Molotov et J. von Ribbentrop, ministres des Affaires étrangères russe et allemand, signaient le tristement célèbre pacte de non-agression entre l'AIlemagne nazie et l'Union soviétique, qui devait ouvrir la voie à la deuxième guerre mondiale. L'existence d'un protocole secret du pacte, qui sanctionnait le partage de la Pologne entre les deux grandes puissances et l'occupation soviétique des Etats de la Baltique (notamment la Finlande, l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie), est maintenant admise par la presse soviétique.

En sculignant le caractère anticonstitutionnel de ces accords secrets qui, à la différence du pacte de non-agression, ne furent pas ratifiés par le

Soviet suprême, l'historien N. Eidelman revient sur Nouvelles de Moscou (numéro 33 du 21 août 1989). Il voit dans ces accords secrets, qui ne faisaient que poursuivre et achever la logique de la collaboration entre le troisième Reich et l'URSS, l'aboutissement de la "politique staliniste terroriste et totalitaire des années 30".

Toute la documentation concernant le pacte Ribbentrop-Molotov est bien connue en Occident depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale et la presse soviétique ne révèle donc rien de nouveau à cet égard. Mais l'admission de l'existence des protocoles secrets du pacte et leur vigoureuse critique représentent sans doute un nouveau pas en avant franchi par la glasnost.

La reconnaissance du caractère anticonstitutionnel des accords peut avoir d'énormes répercussions dans les pays baltes, où elle ne peut être interprétée que comme une légitimation implicite des revendications nationales des Estoniens, des Lituaniens et des Lettoniens

La révision de la position soviétique officielle sur le pacte de 1939 avait déjà exemple, l'historien Vassili Koulitch analysait dans Spoutnik (numéro 10, octobre 1988) les effets désastreux de l'accord sur le mouvement communiste international. "Staline - écrivait-il donna aux partis communistes dans le monde de cesser immédiatement leur propagande anti-fasciste et d'approuver l'accord avec Hitler. Staline ne se bornait déjà plus à cette époque à diviser sociaux-démocrates et communistes, commença à discréditer et à désarmer les communistes eux-mêmes en Occident ! Encore un ou deux ans et les partis communistes occidentaux auraient été démantelés".

On attend maintenant que la presse soviétique reconnaisse une autre conséquence de l'accord entre Hitler et Staline. Les citoyens de l'URSS doivent savoir que, au lendemain de la signature du pacte, le NKVD, la police secrète soviétique, livra aux autorités nazies plusieurs centaines de communistes allemands réfugiés en Union après 1933 (parmi lesquels beaucoup avaient déjà été frappés par la terreur stalinienne et internés dans des camps de concentration). La glasnost ne doit pas s'arrêter face à ce crime répugnant qui sanctionnait l'"esprit de concorde amicale mutuelle", à la base de l'accord entre les deux dictateurs.

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