sud-africain à trois chambres (blanche, métis et indienne) ont population "africaine" qui n'a toujours pas le droit de vote. Les grande mesure, les élections à "leurs" chambres respectives.
Par ailleurs, les élections ont été perturbées par la campagne
AFRIQUE DU SUD
La Campagne de défiance
LES ELECTIONS du 6 septembre dernier au Parlement donné lieu, une fois de plus, à une forte mobilisation de la communautés métisse et indienne ont boycotté, dans une pour le démantèlement de l'apartheid et pour le suffrage universel, qui ont été le théâtre d'affrontements sanglants entre la police et les manifestants.
Mark HARPERT
OUT CELA tombait fort mal à point pour F.W. De Klerk, le successeur de Botha à la tête du
Parti national (PN), qui s'apprêtait à approfondir son programme de réformes, dans la foulée de la victoire étriquée de son parti aux élections (1). L'accélération de la révolte des masses lui complique la tâche ardue de trouver un espace politique suffisant pour ses réet les résultats électoraux démontrent qu'il devra continuer à faire des tantôt avec l'aile libérale, tantôt avec l'aile conservatrice.
La grande manifestation, exceptionnellement autorisée, du 13 septembre, au Cap, a ainsi été l'occasion d'une démonstration de force en faveur du changement. Et De Klerk a déclaré en substance, le jour-même, qu'il souhaitait que ces événements apportent la preuve qu'un esprit nouveau peut se lever dans
Cependant, pour comprendre la réelle signification de cette activité des masses, il faut la placer dans le contexte de l'accélération des discussions à propos du projet de négociations entre le gouvernement et des secteurs du mouvement de libération, ainsi que la possibilité d'arriver à une solution négociée.
Le Congrès national africain (ANC) est sous la pression accrue des ses partisans, de l'Union soviétique, des Etats voisins et d'une grande partie des gouvernements des métropoles capitalistes, pour qu'il cesse la lutte armée et trouve
L'ANC, pour sa part, estime qu'il est possible de mettre le gouvernement sous pression, dans le cadre d'une négociée. C'est pour cela qu'il a bien accueilli et encouragé les campagnes de défiance et anti-LRA (3).
L'ANC considérait, en effet, que ces campagnes étaient d'une importance décisive pour forcer le gouvernement à s'asseoir à la table des négociations. Ainsi, dans la mesure où cette résistance était perçue comme étant initiée par l'ANC, cela ne pouvait qu'augmenter son poids dans une négociation anticipée. Mais en même temps, la mobilisation actuelle s'est déroulée dans une période d'unité sans précédent du mou-
La nouvelle alliance
Sous le poids des mesures de l'Etat d'urgence, des restrictions et interdictions sur les organisations et les militants, le mouvement de masse avait connu un réel recul. Beaucoup d'organisations de base se sont effondrées ou sont devenues l'ombre d'elles-mêmes. Dès que de nouvelles organisations prenaient la relève, elles étaient à leur tour interdites. En réaction à cette situation alliance informelle s'était établie sous le sigle du Mouvement démocratique des masses (MDM).
La colonne vertébrale de cette alliance était le Front démocratique uni (UDF) et le Congrès des syndicats sud-africains (COSATU), les directions de ces deux organisations étant, toutes deux, habilitées à faire des déclarations au nom du MDM. La campagne électorale, et les manœuvres de De Klerk, voulant montrer à l'opinion publique internationale qu'il avait entreprit des réavaient ouvert un léger espace démocratique. S'engouffrant dans cette brèche, le MDM a réussi à prendre sa place dans la vie politique en devenant le fer de lance de la Campagne de défiance.
auto-proclamée du MDM n'a pas clarifié la question de savoir si des organisations ayant des positions idéologiques contraires à celle du mouvement chartiste avaient leur place dans le MDM. Alors que certains dirigeants du MDM prétendent que celui-ci pourrait inclure toutes les organisations du mouvement de masse, d'autres ont limité cette adhésion aux seules organisations s'inspirant de la Charte de liberté (le programme de l'ANC).
Cela soulève d'importantes questions de pratique démocratique, de mandat et de représentativité. Récemment, cette question a pris de l'importance au sujet de la décision sur le boycott des élections. Alors que tout le monde s'accordait pour boycotter les élections aux parlements métis et indiens, une taine confusion a régné sur les élections au parlement des Blancs. Sidney Mafumadi, le Secrétaire général adjoint de la COSATU a déclaré que le MDM n'avait rien à voir avec ces élections racistes qui devraient, par conséquent, être boycottées. Cela a jeté la consternation parmi les partisans blancs de l'UDF, qui estimaient qu'il était nécessaire de voter pour le Parti démocrate.
Quelques jours plus tard, Murphy Morobe (l'un des principaux dirigeants de l'UDF) a fait une déclaration, dans laquelle il précisait que la décision définitive et officielle du MDM était de ne boycotter que les élections à la "Chambre des représentants" métis et à la "Chambre des délégués" indiens, mais pas celles au parlement blanc. La question qui se pose alors, est de savoir qui a donné à Morobe le mandat et le pouvoir d'affirmer qu'il s'agissait de la "position définitive et officielle" du MDM ? A-t-on consulté le COSATU? L'UDF l'a-t-il été ? Et les autres organisations ? Plus des positions différentes verront le jour au sein du MDM, plus ces problèmes de démocratie, de représentativité, et de la composition exacte du MDM deviendront cruciaux.
Dépasser le sectarisme
Cependant, il est évident que le sectarisme, qui a atteint son paroxysme lors du lle Congrès du COSATU, en 1987, est en perte de vitesse. Il semble que la campagne commune du COSATU et du NACTU (Congrès national des syndicats) contre la loi des relations de travail ait joué un rôle considérable dans la détente des relations entre les différentes organisations. En particulier, l'unité forgée autour du Sommet ouvrier (4) a déjà eu des retombées positives.
Au congrès du COSATU, le NUMSA, syndicat des métallurgistes (d'orienta-
1) Le Parti national, au pouvoir, sort affaibli et obtient 93 sièges sur 178, soit 40 de moins par rapport au dernier scrutin. Sur sa droite, le Parti conservateur obtient 39 sièges (17 de plus) et sur sa gauche, le Parti démocratique obtient 33 sièges (13 de plus). Cette courte victoire du PN (en réalité seulement 6% de tous les sud-africains adultes ont voté pour lui) témoigne de l'érosion de sa crédibilité, contesté tout à la fois par une partie des Blancs qui se refusent à toute réforme du système et par ceux qui ne voient pas d'autre issue à la crise, que la négociation avec l'ANC.
2) Voir "Les débats dans l'ANC", dans Inprecor numéro
3) La LRA : nouvelle réglementation du travail, plus res-
4) Le Sommet ouvrier s'est tenu en mars 1989 (voir In-
tion nettement marquée à gauche) a proposé et réussi à faire passer une résolution appelant à la reconstruction du mouvement de masse sur une base disciplinée et représentative, traversant toutes les divisions idéologiques mouvement de libération. Parallèlement, une motion a remis à l'ordre du jour, la tenue de la conférence anti-apartheid qui avait été interdite, en Congrès pour un avenir démocratique, dont le comité d'organisation serait composé de représentants de l'UDF, du COSATU, du NACTU, de l'Organisation des peuples d'Azanie (AZAPO) et de la Ligue d'action du Cap (CAL) (5).
Récemment, dans un rassemblement qui avait pour but d'annoncer la levée de la mise en quarantaine des organisations proscrites, les l'UDF ont invité les organisations de la mouvance de la Conscience noire à rejoindre leurs rangs. Mais tout est loin d'être si rose. Lors d'un rassemblement commun, le 16 juin dernier, à Johannesburg, les sarcasmes des partisans de 'UDF à l'encontre de Muntu Myeza de l'AZAPO, lorsque celui-ci a pris la parole, ont fait resurgir l'hostilité.
Bien que la Campagne de défiance ait démarré sur un ton relativement pacifique et calme, avec pour point de mire la ségrégation dans les hôpitaux, les bus et sur les plages, à partir du moment où la campagne a commencé à prendre de l'élan et s'est confrontée à la répression policière, le travail et les cours ont commencé à être perturbés. Surtout au Cap, écoles ont été boycottés et les examens ont dû être repoussés.
La police à l'œuvre
A l'approche des élections du 6 septembre, la résistance est devenue plus militante, avec des manifestations, des barricades et des jets de pierre. Le mot d'ordre d'un "stay-away" (paralysie générale de toute la vie sociale) de deux jours, les 5 et 6 septembre, a été suivi à 80% dans les provinces du Natal et du Cap oriental, 70% au Witwatersrand, et à 41% au Cap. Ce dernier taux est exceptionnellement élevé pour le Cap, et indique l'approfondissement de la résistance. Le soir des élections, 23 personnes furent assassinées au Cap et alentour, par la police.
Durant ces derniers jours, on a assisté à une recrudescence des assassinats commis par la police qui a fait preuve d'une brutalité inégalée et a massacré les manifestants. Les dernières estimations portent à 35 le nombre de personnes assassinées au Cap, la plupart abattus systématiquement à bout portant. La brutalité de la répression policière confirme l'hypothèse que le mouvement de masse doit s'attendre à des attaques plus dures, des arrestations massives, des exils forcés, etc. Le régime s'efforce de créer un climat calme qui lui permettrait de relâcher Nelson Mandela et de poursuivre le processus de cooptation de sections de la majorité pour son programme de réforme.
Le MDM, quant à lui, s'est engagé à intensifier sa Campagne de défiance. Une partie de la gauche avait d'abord adopté une attitude distante par rapport à cette campagne, la considérant comme une campagne "petite-bourgeoise" qui se limite à défier le "petit apartheid" Il est clair que c'est bien le but poursuivi par les forces regroupées autour de l'évêque Desmond Tutu et du révérant Alan Boesak (tous deux membres de "UDF), qui ont voulu orienter la Campagne de défiance dans le sens d'un mouvement pour les droits civiques, prêchant la non-violence et la résistance
Mais dans le contexte politique de l'Afrique du Sud, il était évident qu'une telle campagne qui se base sur une mobilisation large, ne pouvait se cantonner aux limites des droits civiques. Etant donné la situation défensive dans laquelle se trouve le mouvement de libération, l'insistance sur l'aspect non-violent et de résistance passive semble correcte. En fait, au début, c'est bien cet aspect du mouvement qui a forcé les autorités à agir avec retenue. Par exemple, les patients noirs ont été autorisés à être soignés dans les sections hospitalières réservées aux Blancs. Les manifestations étaient bloquées avant leur destination finale, mais des représentants du mouvement ont été autorisés à présenter des pétitions ou des revendications aux autorités concernées. Tout cela a permis à la campagne d'acquérir une
Il est vrai, cependant, que le mouvement n'avait qu'un faible contenu de classe. D'un certain côté, la Campagne de défiance a eu tendance à détourner contre la loi sur les relations de travail. Quelques organisations comme la LAC, se sont investies dans la Campagne de défiance tout en la recentrant autour de la lutte contre la LRA, notamment en organisant des piquets et LRA. Des manifestations organisées par les étudiants se sont dirigées vers des usines en grèves, comme la National Panasonic, où les ouvriers sont affiliés au Syndicat des électriciens et assimilés. Ces tentatives de lier les luttes estudiantines aux luttes ouvrières étaient certes embryonnaires, mais elles ont eu le mérite de montrer comment une telle campagne pouvait acquérir un contenu de classe.
Le Syndicat national des mineurs (NUM, principal syndicat membre du COSATU), a porté la campagne dans les mines, avec des actions contre la ségrégation dans les cantines et autres pratiques du même genre.
La campagne anti-LRA
Peu d'autres syndicats se sont investis, en tant que tels, dans la campagne. La grande majorité a concentré ses efforts à mettre en pratiques les résolutions du récent Sommet ouvrier, autour gramme limité incluait le "stay-away?ro48 heures autour des élections, un boycott des commerces blancs d'un mois, et le refus des heures supplémentaires.
Le report, en dernière minute, de ce boycott qui aurait dû commencer le 13 septembre, a mis à jour les problèmes existants dans la mise en application de ce programme. L'envoi d'un télex aux syndicats, deux jours avant le début programmé de l'action, a semé la confusion, dans la mesure où il était difficile, en si peu de temps, de communiquer la décision à la masse des travailleurs et aux comités locaux. Cela a conduit certaines régions à commencer le boycott et à l'appliquer par la force et a également eu comme conséquence le dans certaines communautés, et a créé une désillusion dans certains quartiers.
Jusqu'à aujourd'hui, les objectifs de la Campagne de défiance n'ont pas été énoncés clairement, à l'exception des déclarations de certains porte-parole du MDM qui ont soutenu qu'elle allait se poursuivre jusqu'à ce que le gouvernement accepte de négocier pour le démantèlement de l'apartheid. Cependant, si on ne veut tout simplement disperser cette impressionnante mobilisation, on doit la relier à des revendications à court terme, qui ne pourrait que renforcer l'ensemble du mouvement.
Il est clair qu'un premier objectif doit être d'imposer le retrait de la LRA. Par la suite, il doit avoir le but de reconstruire le mouvement de masse, dans le sens de la résolution du COSATU. Dans la période de répression actuelle, cela serait déjà un gain considérable.
Toutefois, les semaines à venir vont nous montrer si le niveau de combativité qui a explosé dans la région du Cap occidental, va s'étendre aux autres régions du pays. A ce stade, il semble peu probable que l'on puisse s'attendre à ce que le pays soit secoué par une vague insurrectionnelle, comme après les élections de 1984. Car, pour le moment, les provinces du cap oriental, de Soweto et les autres townships du rand oriental et occidental sont relativement calmes.
5) Ces deux organisations se réclament du socialisme et sont issus du courent de la Conscience noire.