Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

LA GLASNOST ET SES LIMITES

Soljenitsyne bientôt publié en URSS

Inprecor n° 294, 2 octobre 1989 · p. 26-27 · 522 mots

URSS et Russie

DEPUIS son expulsion, en 1974, le prix Nobel de la littérature et célèbre dissident de droite Aleksandre Soljenitsyne, demeurait interdit en URSS. Plusieurs citoyens soviétiques connaissaient déjà ses ouvrages, qui ont été publiés en samizdat, mais son œuvre restait soumise à la censure. En octobre 1988, la revue

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de critique littéraire Novyi mir projeta la publication de la lecture faite par l'écrivain lors de la cérémonie de livraison du prix Nobel, ainsi que la publication, en plusieurs parties, de son célèbre ouvrage l'Archipel du goulag . Une décision soudaine, prise au sommet du pouvoir soviétique, bloqua cette initiative éditoriale (voir Russkaya mys/ du 28 octobre 1988). Cette mesure répressive fut immédiatement condamnée par toute l'intelligentsia soviétique, des partisans de la perestroïka comme les libéraux A. Sakharov, A. Voznesensky et S. Zalygin, jusqu'aux nationalistes et conservateurs ce qui est tout à fait naturel) comme V. Rasputin et I. Glazunov.

Cependant, quelques mois plus tard, la "lecture du Nobel" parut dans Novyi mir (numéro 7, 1989), avec l'annonce de la prochaine publication de plusieurs ouvrages de l'écrivain exilé. En même temps, la maison d'édition "Sovetsky pisatel" a annoncé la publication des œuvres de Soljenitsyne (y compris la version intégrale de l'Archipel du goulag) en 1989-1990. Il s'agirait de 7 volumes avec un tirage global de 300 000 exemplaires voir V. Yakimenko, "Sem'tomov Solzhenitsyna", Komsomols'kaya pravda du 13 juillet 1989).

Il faut souligner que beaucoup d'intellectuels favorables à la publication de ces œuvres ne partagent ni les positions réactionnaires et antidémocratiques, ni le nationalisme grand-russe de Soljenitsyne. Il s'agit pour eux d'un refus de la censure et certainement pas d'une adhésion aux idées de cet écrivain russe.

Par exemple, l'historien Roy Medvev a souligné que, dans ses livres, le dissident russe fait preuve d'une opposition acharnée non seulement contre le stalinisme, mais aussi contre le léninisme et, plus en général, contre la révolution Moldavii du 14 février 1989). Le critique littéraire Benedikt Sarnov a été très explicite sur la signification de cet abandon de la censure à l'égard de cet

: "Tant que œuvres de Soljenitsyne ne seront pas publiées dans ce pays, son activité d'artiste, d'idéologue et d'écrivain demeurera au-delà de toute ment, crée les bases pour la naissance d'un culte de Soljenitsyne, qui est mauvais,

L'intellectuel et dissident marxiste Boris Kagarlitsky est intervenu dans ce débat, reconnaissant d'une part, la Soljenitsyne et d'arrêter toute censure à son égard, mais en soulignant aussi, d'autre part, les dangers représentés par ses idées et ses ouvrages qui pourraient alimenter le processus en cours du renouveau de la pensée conservatrice et slavophile. A ce propos, il a remarqué que l'orientation idéologique actuelle de Soljenitsyne présente beaucoup d'affinités avec le courant réactionnaire, nationaliste et antiséinspiré par le mouvement Pamyat. Kagarlitsky a ajouté aussi que si les autorités soviétiques veulent faire preuve de cohérence dans le domaine de la liberté de pensée et d'expression, elles devraient mettre fin à la censure qui frappe encore beaucoup de penseurs marxistes (non seulement russes) (Knizhnoe obozrenie du 2 1988, p. 5). Evidemment, les œuvres de Trotsky inquiètent la bureaucratie soviétique beaucoup plus que les écrits de Soljenitsyne...

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