Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RDA

L'Appel de Böhlen

· Inprecor n° 296, 30 octobre 1989 · p. 8 · 705 mots

Allemagne Europe de l'Est

VOICI des extraits de la plate-forme élaborée le 19 septembre dernier, lors d'une rencontre réunissant près de 500 opposants est-allemands, à Böhlen. DOCUMENT

L'EXEMPLE de la Hongrie montre que dans ces conditions [de crise du "socialisme réellement existant"), le recours a-critique à l'arsenal des mécanismes du marché dans le but de réaliser une réforme économique, produit lui-même des crises et une différentiation sociale.

Si, en République démocratique allemande (RDA), on permet aux réformes (qui n'ont que trop tardé, vu l'accumulation de problèmes économiques, sociaux et politiques) de faire un "saut dans l'inconnu", on risque de se retrouver face au danger d'une restauration du capitalisme ou de l'instauration d'une dictature militaire néo-stalinienne.

Cependant, c'est en RDA et en Tchécoslovaquie qu'existent les tions économiques et politiques les plus favorables à une transformation radicale victorieuse vers le socialisme, si le fort potentiel manifeste pour une telle perspective peut être retrouvé.

Nous croyons que la RDA, en particulier, a l'opportunité historique de rénover la conception du socialisme. En cas d'échec, cela aura comme conséquence de suspendre - et probablement pas seulement dans notre pays — la perspective d'une vie collective socialement garantissant ment de chaque membre de la société.

Les conditions extérieures pour un renouveau radical sont très complexes. Au sein du capitalisme international moderne, la désillusion des travailleurs face à l'inefficacité du modèle social-démocrate de l'Etat-providence favorise un tournant néo-conservateur.

Les syndicats ont le dos au mur. Le déclin de l'influence des partis communistes occidentaux et leur social-démocratisation gallopante atteignent des proportions que l'on doit qualifier de "très sévères". L'internationalisme des partis communistes de masse a, en fait, cessé d'exister, et ils peuvent désormais se cacher derrière l'internationalisme socialdémocrate qui continue à fonctionner, mais n'en est pas moins pitoyable.

La fascination causée par l'abandon par le Parti communiste d'Union soviétique (PCUS) de sa stagnation, de son stalinisme et de son arrogance de grande puissance se transforme de plus en plus en inquiétude : les forces centrifuges qui montent actuellement pourraient détruire bien plus que ces blocages qui empêchaient un réel développement socialiste. Le bouleversement économique dans les pays réformistes ne rencontre aucun succès. Vu les enjeux, le manque de renouveau radical d'une théorie basée sur le marxisme est catastrophique.

Mais l'opportunité est toujours présente. Un tournant vers le socialisme ne serait plus confronté, aujourd'hui, à une intervention militaire des "pays frères bien intentionnés". L'intervention politique de l'Occident, à travers la "coopération économique", dans le contexte d'une situation économique assez lugubre, est bien plus grande.

La question décisive reste la base sociale, la maturité politique et la force de ceux qui, à l'intérieur du pays, soutiennent sérieusement et programatiquement le socialisme.

Pour nous, dans les conditions actuelles de la RDA, cela signifie qu'il faut regagner cette base. Et ici, les préconditions en sont indubitablement plus favorables que dans les autres pays du "socialisme réellement existant", malgré le fait que la répression politique se poursuive, et touche en premier lieu les forces de gauche.

Ni stalinisme, ni capitalisme

La gauche dans notre pays ne peut se permettre d'être sectaire. Elle doit être le moteur d'une "coalition de raison", basée sur les multiples forces sociales et politiques de RDA favorables au socialisme, mais avant tout, des forces sociales et politiques qui offrent une perspective.

Aucun de ceux qui veulent contribuer à ce processus de renouveau, donc y compris des membres du Parti communiste, ne doivent en être exclus. Par ailleurs, les expériences récentes ont montré ce qu'il en coûtait d'entretenir des liens sans principes, en l'absence d'une philosophie sociale. Nous rejettons fermement tout "remplacement" de l'oppression politique bureaucratique par une exploitation capitaliste.

La gauche doit s'unir sur les bases suivantes:

— La prédominance de la propriété collective des moyens de production comme base de la socialisation socialiste.

- Le développement de l'autogestion des producteurs dans la réalisation d'une véritable socialisation de toute activité.

- L'application cohérente des principes de sécurité sociale et de justice pour les membres de la société.

- La démocratie politique, un Etat de droit, la réalisation cohérente de tous les Droits de l'homme et du développement libre de la personnalité de chaque membre de la société.

— La restructuration de la société industrielle afin de la rendre conforme aux besoins de protection de l'environnement.

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