Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RDA

L'évolution de l'opposition est-allemande

· Inprecor n° 296, 30 octobre 1989 · p. 6-7 · 1 353 mots

Allemagne Europe de l'Est Paix et armements

LE GOUVERNEMENT KRENZ a annoncé, le 27 octobre dernier, l'amnistie de tous ceux qui ont tenté ou réussi à quitter la RDA, manifestants, de la répression et des brutalités policières du début du mois. Aujourd'hui, les autorités de RDA cherchent à

L'évolution de l'opposition est-allemande ainsi que de ceux qui ont manifesté ces dernières semaines dans différentes villes du pays. Le chef de la police de

Berlin-Est est même allé jusqu'à s'excuser, devant 30 000 dialoguer avec cette opposition "illégale et anti-socialiste"

qu'ils ont si longtemps combattue avec achernement.

Hans-Jürgen SCHULZ

NOMBREUX sont ceux qui n'arrivent pas à se réconcilier avec le système politique du pays.

Des millions de gens se sont réfugiés dans l'alcoolisme. La RDA établi des records dans ce domaine. Chaque habitant consomme en moyenne 145 litres de bière et 15,4 litres de spiritueux par an, contre 6,3 litres en Allemagne de l'Ouest. Des milliers de gens se sont marginalisés et ont construit une culture parallèle. Parfois ont lieu de violentes explosions spontanées dans la jeunesse.

Après un concert de rock à Leipzig, en

1968, on a assisté à une émeute du rock". En 1977, l'annulation d'un concert de rock à Berlin a conduit à des affrontements massifs, durant lesquels quatre policiers auraient été tués.

L'appareil répressif

L'Etat est-allemand dispose pourtant d'un appareil répressif puissant : l'Armée nationale du peuple avec ses 170 000 membres, dont la moitié sont des soldats professionnels ; plus de 80 000 douaniers et réservistes ; la police régulière, et les 17 000 membres de la Stasi (police secrète). En plus, il y a les 400 000 membres des puissantes milices des travailleurs, contrôlées par le Parti. Ils ont pu s'entraîner efficacement durant les six derniers mois en dispersant des manifestations et en arrêtant les leaders des groupes d'opposition.

En l'absence d'espoirs de changement, beaucoup ont décidé de quitter le pays illégalement. Le désir de partir s'est transformé en phénomène de masse dans les dernières années, et cela menace maintenant de déstabiliser le système. Durant l'été 1988, des cercles ecclésiastiques estimaient qu'un dixième de la population, environ un million et demi de personnes, a présenté des demandes de départ devant les autorités. C'est un chiffre notable, surtout quand on garde en mémoire la pression importante exercée sur les candidats au départ pour qu'ils renoncent à leur projet. De ce fait, les bases de construction d'une opposition ont constamment été ajournées.

Les frontières étaient pourtant hermétiquement closes. La seule préparation du crime de "fuite de la République" conduisait à une lourde peine de prison. Après avoir accompli une partie de leur l'Ouest, en même temps que d'authentiques prisonniers politiques, et d'autres qui ne l'étaient pas.

Le système politique admettait, cependant, une certaine marge de manœuvre. Ne faire qu'exprimer son opinion n'était pas un crime, tant que cela ne conduisait pas à des activités organisées. Jusque là, l'Etat dirigeait une population démoralisée et pouvait contenter d'une répression sélective contre les vrais opposants. Toute opposition était immédiatement assimilée à la contre-révolution.

Les autorités ont, d'ailleurs, déclaré que toute l'opposition est organisée et financée depuis d'autres pays. Il est " tout à fait évident (...) que les services secrets impérialistes et d'autres (...) sont en train de faire des efforts (...) pour organiser une prétendue opposition interne en RDA » écrivait Neues Deutschland, le quotidien du SED, le 2 février 1988. Quiconque manifeste ou écrit des slogans sur les murs risque jusqu'a trois ans de prison. Les geôles sont pleines, avec environ 5 000 prisonniers politiques.

Avant la fin des années 70, il n'existait pas d'opposition organisée. On trouvait seulement des personnalités isolées comme Wolf Biermann ou Robert Havermann, entourées par des sympathisants informels. Cependant, sous l'influence des mouvements de l'Ouest, de nombreux groupes écologistes ou pacifistes ont commencé à apparaître, la plupart du temps sous l'aile protectrice de l'Eglise (voir Inprecor numéro 279 du 9 janvier 1989). C'était une épée à double tranchant. L'Eglise offrait des possibilités pour l'action légale, mais s'assurait aussi que les groupes s'occupent de thèmes spécifiques et non politiques.

Malgré cela, vers le début des années 80, ces réseaux étaient capables de tenir des rencontres de travail dans tout le pays, réunissant des centaines de militants et jusqu'à 5000 sympathisants. Malgré des arrestations innombrables et des expulsions vers l'Ouest, le mouvement a continué. Son orientation dominante était socialiste et internationaliste ; il se déclarait en solidarité avec les mouvements pacifistes de l'Ouest et a publié, avec des oppositionnels hongrois, tchécoslovaques et polonais, des déclarations conjointes contre les missiles nucléaires et la répression dans leurs propres pays (voir Inprecor numéro 267 du 6 juin 1988).

Culture politique alternative

Quand ce mouvement a décliné, en même temps que son équivalent occidental, l'opposition n'a pu se consolider politiquement et organisationnellement que grâce à de nombreux sacrifices personnels de révolutionnaires pacifistes Quelques 2 000 personnes sont restées actives dans de petits groupes - chiffre non négligeable en de telles circons-

Elles ont commencé à agir, avec une culture politique alternative se transmettant par le biais de cassettes, de livres et de journaux publiés clandestinement à de très faibles tirages (au plus, cent exemplaires) qui, malgré cela, chaient des milliers de gens, puisque que chaque copie passait à travers de nombreuses mains.

Dans certaines paroisses, on pouvait se procurer des magazines hectographiés, tel le mensuel berlinois Grenzfall qui tirait à 900 exemplaires. Vu la diminution des actions spectaculaires, beaucoup d'étrangers crurent que l'opposition avait disparu. Les faits ont prouvé le

Ainsi, en mars 1987, les représentants de quelques 200 groupes locaux ont revendiqué la fin de l'utilisation de

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l'énergie nucléaire en RDA. Des actions de solidarité avec la manifestation de 80 000 personnes en septembre 1988, à Berlin-Ouest, contre la rencontre du Fonds monétaire international (FMI), ont été étouffées dans l'œuf par un déploiement policier massif et l'arrestation préventive des suspects.

Comme des oiseaux en cage

Peu après, une caricature fut publiée dans Grenzfall, où un homme demande à un perroquet en cage : « Répète après moi : je suis libre, je suis heureux. » Cela reflétait exactement le sentiment de milions de gens qui restaient silencieux, mais auxquels on demandait sans cesse de montrer leur appui au régime.

Les masses étaient disposées à se conduire comme le perroquet tant que la situation semblait immuable. Beaucoup ont espéré que la RDA suivrait l'exemple de l'Union soviétique, où des réformes ont été introduites. Mais les années ont passé et rien ne s'est produit ; la patience a commencé à diminuer. Depuis le printemps dernier, une atmosphère de plus en plus agressive se développe et la défiance est en augmentation. Ce nouvel état d'esprit a aidé l'opposition, apparemment fragmentée, à se réorganiser. Cela a porté sur le devant de la scène des différences politiques restées auparavant à l'arrière-plan à cause des nombreuses pression extérieures.

Le 10 septembre, environ cent personnes de toute la République se sont rencontrées pour former le "Nouveau forum". Elles ont exigé une économie socialiste et mis en avant des revendications pour les libertés démocratiques, le désarmement et des questions écologiques (voir ci-contre). Bien que les autorités aient tout d'abord refusé d'accorder une reconnaissance officielle à cette "organisation opposée à l'Etat", il n'y a pas eu d'arrestations. Vers le début octobre, leur pétition avait déjà recueilli 15 000 signatures. Ce fait en lui-même est le signe d'un changement des mentalités.

Le même jour, le groupe "Percée démocratique" était fondé comme "association politique", annonçant son désir de présenter des candidats aux élections de 1991, et avançant des demandes socialistes comme les syndicats libres, l'autogestion des travailleurs, la démocratie socialiste et la séparation de l'Etat et du Parti. La plate-forme de l'"Appel de Böhlen", élaborée le 19 septembre est encore plus claire (voir page 8).

Ces trois groupes ont eu, depuis le 4 octobre, des rencontres avec le Parti social-démocrate reconstitué, le "Réseau vert", et "l'initiative pour la paix et les Droits de l'homme". Ensemble, ils ont revendiqué la libération des prisonniers politiques et une réorganisation démocratique, et ont appelé la population à travailler dans leurs groupes. Il est probable qu'une forme de coordination ait été adoptée.

18 octobre 1989

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de Nouveau forum

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