Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RDA

La montée révolutionnaire

Inprecor n° 296, 30 octobre 1989 · p. 3 · 842 mots

Allemagne Europe de l'Est Stalinisme

P ARTOUT, les revendi-

cations sont les mêmes. Les manifestants réclament les libertés démocratiques et la souveraineté pleine et entière dans le cadre de l'ordre socio-économique qui existe dans ce pays. En d'autres termes, ils se prononcent pour une RDA socialiste, démocratique et autogestionnaire.

Nous appuyons sans réserve, ni réticence aucune, cette orientation que les masses soulevées ont elles-mêmes choisie: elles réclament la fin du monopole de pouvoir politique de la bureaucratie du Parti socialiste unifié (SED) ; la fin de toute répression policière que sous-tend la dictature. Elles réclament la liberté de manifestation, d'association, de presse, ainsi que le droit de grève. Elles revendiquent le pluralisme culturel et politique, le multipartisme, l'accès équitable de toutes les associations et partis aux médias. Elles ont d'ailleurs commencé à créer elles-mêmes de telles associations et partis, sans attendre l'autorisation de la bureaucratie.

Les masses en lutte exigent des élections libres, au suffrage universel, du Parlement, des conseils régionaux et des municipalités; la suppression de toutes les entraves à la libre circulation des personnes à l'étranger ; la fin des privilèges matériels de la bureaucratie, la fin de la corruption et du népotisme. Elles se battent pour ces objectifs justes, avec une dignité, un sens politique, une unité qui forcent le respect de tous, comme le firent les manifestants de la place Tiananmen, à Pékin.

Face à cette explosion de volonté populaire, la bureaucratie aux abois, ébranlée, en outre, par une vague de contestation au sein même du SED, a commencé à reculer. Honecker a été sacrifié. Les manifestations ont cessé d'être réprimées. Les médias sont un peu plus ouverts.

Mais tout le monde se rend compte qu'avec ou sans Krenz, ce n'est là, pour le moment, qu'une transition qui commence. Elle ne peut pas durer longtemps. La dictature bureaucratique et un mouvement de masse d'une telle ampleur et d'un tel élan sont incompatibles.

Aujourd'hui, apparaît une fraction réformiste de la bureaucratie qui tente de canaliser le mouvement de masse qui se développe. Pour le moment, elle n'a guère d'impact réel. Une autre fraction pour-

DEPUIS PLUSIEURS SEMAINES, des centaines de milliers de citoyens et de citoyennes de la République démocratique allemande (RDA)

sont descendus dans la rue. A Berlin-Est,

Magdeburg, Stralsund, Zwickau, c'est la grande majorité des habitants de la ville, donc de la classe ouvrière, qui a participé à cette impressionnante levée en masse.

Cette mobilisation est non-violente. Elle prend néanmoins l'allure d'une véritable révolution politique qui commence.

pression violente, comme en Chine ? Vu les rapports de force sociaux en RDA, et c'est, en tout cas, beaucoup plus difficile que ce ne fut à Pékin.

mouvement de masse qui détermine à présent la marche des événements.

jourd'hui, la faiblesse principale du mouvement est-allemand réside dans l'absence d'auto-organisation des masses et d'une avant-garde organisée œuvrant clairement pour le socialisme démocratique et autogestionnaire. C'est sur le dépassement de cette carence qu'il faut se

RDA

Leipzig, Dresde, Plauen, Schwerin, Halle, rait-elle arrêter le mouvement par la réla situation géographique de ce pays,

C'est donc la dynamique propre du pour toutes.

Celle-ci reste pleine de promesses. Auconcentrer dans l'immédiat. Les marxistes révolutionnaires doivent forger leur propre organisation qui œuvrera de manière unitaire et loyale au sein de tels regroupements. Le soulèvement pacifique en RDA est une réponse à la crise, à l'impasse politique toau manque désespérant de perspectives (surtout pour les jeunes), infligés par une bureaucratie inepte, gérontocratique et immobiliste. L'absence de liberté exaspère tout le monde. Une classe ouvrière, une jeunesse, une intelligentsia parmi les plus qualifiées et les plus cultivées du monde, avec la plus vieille et la plus solide tradition socialiste, se trouvent mises en tutelle permanente dans tous les domaines de la vie. A la fois despotique et mesquine, cette tutelle est devenue insupportable pour tous et

"Nous sommes ce pays"

Pour une partie de la population, la révolte a pris d'abord la forme de l'évasion vers la RFA. L'attraction d'un niveau de confort supérieur y est incontestablement pour quelque chose. Mais la motivation principale de ces réfugiés a été plutôt la recherche d'une plus grande liberté. La grande majorité des jeunes, des travailleurs, des intellectuels n'a cependant pas choisi cette voie. Leur révolte se situe dans le cadre de la RDA. Leurs slogans, avec comme fond sonore le chant de l'Internationale, repris par des centaines de milliers de manifestants, dix fois plus nombreux que les réfugiés, affirment: " Nous ne partirons pas. Nous restons ici. Ceci est notre pays. Nous l'avons construit avec notre travail. Nous sommes ce pays ». Ils veulent conquérir la démocratie et la liberté en RDA même, et non ailleurs. L'ensemble des révolutionnaires, des organisations ouvrières, des travailleurs d'Allemagne, d'Europe et du monde, doivent exprimer leur entière solidarité avec les manifestants de RDA. Contre toute menace de répression et d'ingérence, tant du Kremlin que de la RFA et de la CEE, il faut défendre le droit des masses de RDA à décider librement et souverainement de leur propre sort ! Dans leur quasi-unanimité, toutes les organisations ouvrières, ainsi que les Verts de RFA, ont

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