REPUBLIQUE DOMINICAINE Une grève générale sans lendemain
ORGANISÉE POUR contre la politique économique du gouvernement, une grève générale a paralysé la République dominicaine les 19 et 20 juin derniers. Ce fut un camouflet pour Joachin Balaguer, le président conservateur qui dirige le pays depuis 1986, et dont le gouvernement avait déclaré la grève "illégale"
Cette grève n'avait rien de spontané, contrairement aux émeutes d'avril 1984. L'appel à la grève fut lancé par une coalition de 307 syndicats et organisations populaires. L'archevêque Domingue tenta vainement de jouer un rôle de médiateur entre le président Balaguer et le comité national de grève. Pendant les jours la précédant, et durant la grève elle-même, le gouvernement fit centaines de Rien que dans la capitale, 20 000 soldats patrouillèrent jour et nuit, notamment dans la "ceinture de misère" où s'entassent 70 % des habitants.
Pendant deux jours, la ville fut déserte. Cependant au moins quatre personnes furent tuées, et une trentaine l'armée qui éclatèrent à la périphérie de Saint-Domingue et dans plusieurs villes du pays. Durant les mois précédents, le mécontentement de la population avait été aiguisé en raison de la détérioration constante des services publics, notamment dans le domaine de la distribution d'eau et d'électricité. La plupart des quartiers de Saint-Domingue sont rarement alimentés en électricité plus de huit heures par jour. Et la situation est encore pire dans le reste du pays. Le secteur du tourisme et les entreprises d'assemblage des franches (qui emploient environ 85 000 personnes) se plaignent des pertes dues aux coupures d'électricité. D'après un dirigeant patronal, elles ont occasionné un manque à gagner équivalent à 4 % du Produit intérieur brut (PIB).
Les principales revendications de la grève générale portaient sur une diminution du prix de dix-huit produits de base, au moyen de subventions à la production agricole ; l'augmentation du salaire minimum (qui est de 450 pesos, soit environ 63 dollars) ; un réajustement des salaires ; une réforme de l'impôt ; l'amélioration des services publics ; et la mise en œuvre des accords tripartites signés, en 1988, par le gouvernement, les syndicats et les organisations patronales... mais jamais appliqués.
Après le succès de la grève, le président Balaguer se trouvait plus isolé que jamais. Auparavant, les évêques, sont loin d'être des adeptes de la théologie de la libération, avaient déclaré que la grève était "moralement légitime", et le conseil national des chefs d'entreprise avait publié une lettre ouverte dans la presse, affirmant que la situation créée par "l'intolérable processus inflationniste et la détérioration importante des services publics" ne pouvaient plus durer.
"La grève a été un vrai plébiscite contre la politique économique du gouvernement" a déclaré Virtudes Alvarez, dirigeante du Conseil d'unité populaire (CUP), et porte-parole du comité natio-
Mais, au lieu de tirer parti de la réussite de la grève générale pour structurer le mouvement populaire et avancer un nouveau plan de mobilisation, la plupart des centrales syndicales (qui toutes ensemble n'organisent que 10 % des salariés) sont, comme en 1988, tombées dans le piège du "dialogue bipartite" avec le gouvernement. Elles ont, de ce fait, brisé le processus unitaire engagé depuis le début de l'année avec les organisations populaires (comités de quartiers, associations paysannes, commuchrétiennes) organisé, seules, une première grève sont apparues comme la véritable direction de la grève de juin dernier.
Deux centrales syndicales refusèrent cependant de s'engager dans cette voie : la fraction de la Confédération générale des travailleurs (la CGT a éclaté en deux fractions au mois d'avril dernier) dirigée par Francisco Antonio ancien militant du Bloc Socialiste, et la Centrale unitaire des travailleurs (CUT) dirigée par des membres du Parti communiste des travailleurs (PCT), organisation pro-albanaise et des membres du Parti communiste unifié (PCU).
Lors de la négociation, le patronat a alors que les centrales syndicales en de-
mandaient 850. En juin, la coordination des organisations syndicales et populaires, quant à elle, en réclamait 1 000.
L'augmentation des salaires offerte par le patronat est loin de compenser la perte de pouvoir d'achat. L'inflation qui a dépassé 60 % l'année dernière sera encore plus élevée cette année, avec même un risque d'hyper-inflation que pourrait provoquer une dévaluation du peso. Plusieurs organisations se prononcèrent en faveur d'un appel à une grève générale de 72 heures, au début du mois de septembre. Mais il ne reçut pas l'assentiment de la coordination des organisations populaires.
A l'arrière-plan des prises de position de nombreux dirigeants syndicaux se trouve la question des élections générales du 16 mai 1990. C'est ainsi que la Centrale des travailleurs majoritaire (CTM), dirigée par le Parti de la libération dominicaine (PLD), a refusé d'appeler à la grève générale des 19 et 20 juin. Son dirigeant Juan Bosch, qui se dit marxiste, se présentera aux prochaines élections. en attendant, il s'efforce de donner des gages à la bourgeoisie dominicaine, à la puissante Eglise catholique et à l'impérialisme américain. •