EL SALVADOR Assassinat de dirigeants syndicaux
LE 31 OCTOBRE dernier, l'armée salvadorienne a perpétré deux attentats à la voiture piégée, en plein centre de San Salvador. Celui contre le local de des mères de prisonniers politiques et de disparus (COMADRES) a causé cinq blessés. L'attentat qui visait le local de FENASTRAS, un des principaux syndicats nant à l'Union nationale des syndicats salvadoriens (UNTS), a causé la mort de onze personnes et en a blessé vingt-cinq
Dans ce dernier attentat est morte l'une des principales dirigeantes du mouvement populaire salvadorien, Elisabeth Velasquez, dite "Fébé".
C'était une révolutionnaire intransigeante, une militante infatigable qui était un exemple d'héroïsme, de joie de vivre et de modestie. Ancienne ouvrière du textile, âgée d'une trentaine d'années, "Fébé" était membre de la direction de FENASTRAS et de l'UNTS et, comme les autres dirigeants syndicaux, elle se savait menacée en permanence par les escadrons de la mort et l'armée. Elle avait, d'ailleurs, déjà été capturée par l'armée et accusée d'être une dirigeante du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN). Seule la mobilisation populaire l'avait arrachée aux griffes des militaires.
J'ai eu plusieurs fois l'occasion de la rencontrer, de discuter avec elle et de la voir prendre la parole en public. Je me rappelle particulièrement une discussion que nous avions eu en février dernier. Réveillé en sursaut un matin, à quatre heures, par l'explosion du local de la FENASTRAS auprès duquel je logeais, je me suis mis à sa recherche. J'ai fini par la retrouver, dans l'après-midi, alors qu'elle venait de diriger une manifestation de protestation contre l'attentat. Elle était enceinte et j'avoue avoir été surpris de la voir, impressionné par le fait que, dans "son état", elle ait mené une manifestation réprimée par des tanks (qui, heureusement, n'ouvrirent pas le feu). Quand nous avons parlé de son futur enfant, son visage tendu est devenu tout sourire et elle m'a dit : « Tu sais, cet enfant, c'est très important pour moi, je dois pouvoir vivre ce qui vivent les autres femmes, connaître cette partie du bonheur. En même temps, cela ne m'empêchera pas de lutter, au contraire, cela m'aidera. »
Fébé est tombée au combat avec ses camarades, d'autres reprendront le flambeau. Adios Fébé !
Eric Toussaint