E TRIBUNAL israélien en charge du procès intenté par les autorités sionistes contre l'Alternative Information Centre (AIC) et son directeur, notre camarade Michel Warshawsky, a rendu son jugement le 7 novembre dernier : 30 mois de détention, dont 20 mois de prison ferme, pour notre camarade, et l'équivalent de 5 000 dollars d'amende infligée à l'AIC.
Dans l'enceinte du tribunal bondée de militants du mouvement démocratique israélien, la sentence fit l'effet d'une bombe : elle était tellement disproportionnée par rapport aux chefs d'accusation retenus contre Michel que, de toute évidence, elle n'avait plus aucun rapport avec la jurisprudence israélienne.
L'Alternative Information Centre, devenu une source indispensable d'informations sur la répression israélienne et sur l'action de l'opposition anti-sioniste, notamment par sa publication from within, avait subi, en février 1987, une descente de police orchestrée par le Shin Beth [les services secrets israéliens]. L'AIC et notre camarade Warshawsky, étaient accusés de rendre des services aux militants clandestins d'une organisation "terroriste", le Front Populaire pour la Libération de la Palestine dirigé par Georges Habache). Michel avait été arrêté et maintenu en détention un mois, jusqu'à sa mise en liberté provisoire sous caution, le 17 mars. Depuis cette date, durant 20 mois, Michel a vécu en liberté très surveillée, dans l'attente de son jugement.
De l'ensemble abracadabrant d'accusations formulées par le Shin Beth, il ne resta à la fin de l'instruction qu'une seule : celle d'avoir imprimé une brochure expliquant comment se comporter face à un interrogatoire et comment résister à la torture ! Cette brochure aurait été apportée, selon les tortionnaires du Shin Beth, par des militants du FPLP. Michel a, bien sûr, refusé de divulguer les noms de ceux qui lui avaient fourni la brochure, tout en niant savoir quoi que ce soit sur leur appartenance supposée.
Les faits, dont Michel a pu être reconnu "coupable" par le tribunal, étaient donc bien minces ; hors de proportion, en tous cas, avec la lourde peine qui l'a frappé. C'était, en fait, un jugement à motivation politique et non juridique, un message s'adressant à travers Michel, à la salle, et à travers la salle, à l'enmouvements démocratiques et pacifistes de l'Etat d'Israël. En clair : tout citoyen juif de l'Etat d'Israël, solidaire de la lutte des Palestiniens, devra s'attendre dorénavant à un traitement réservé jusque-là aux citoyens de seconde catégorie, les citoyens arabes.
ISRAEL
Michel Warshawsky
condamné à 30 mois de prison !
Les autorités sionistes, pour qui le fait qu'un Juif se solidarise avec les Palestiniens est une abomination "contre nature", parviennent ainsi à l'aboutissement de leur logique : ces Juifs "traitres" seront traités comme des Arabes ; ils perdront les avantages ordinairement réservés aux citoyens juifs. Ainsi, la "démocratie" israélienne tant vantée, qu'on seul les citoyens juifs peuvent en jouir pleinement, se rétrécit encore plus. Pour en profiter, il faudra désormais être, de
Ce rétrécissement inexorable de la "démocratie" israélienne, en cours depuis plusieurs années, s'est considérablement accéléré depuis le début de l'intifada. Celle-ci a, en effet, porté à son comble l'exaspération d'un pouvoir qui, en 1987, croyait avoir définitivement mis les Palestiniens "hors d'état de nuire" L'intifada, qui plus est, a recours à des formes de lutte qui lui ont acquis, non seulement une forte sympathie internationale, mais aussi la sympathie de milliers de Juifs israéliens - des formes de lutte qui rendent possible une solidarité au sein même de l'Etat d'Israël, bien plus large que celle du petit noyau marginal traditionnel des anti-sionistes militants, dotés du grand courage moral indispensable pour affronter le climat de fanatisme régnant dans la société sioniste.
Liberté pour Michel !
Joint au téléphone aussitôt après le jugement, Michel nous a confirmé qu'il devait être incarcéré à partir du 14 novembre. Ses avocats - dont sa compagne, Léa Tsemel, mondialement connue pour son grand courage dans la défense des Palestiniens - ont introduit une procédure d'appel suspensif, avec très peu d'espoir d'obtenir gain de cause. Michel, lui, a un moral d'acier " C'est notre contribution à l'intifada ! » nous a-t-il déclaré fièrement.
Nous sommes persuadés, quant à nous, que Michel y contribue encore plus en liberté — et que le type de contribution qu'il y apporte est des plus précieux, car des plus rares. C'est pourquoi, il faut se mobiliser immédiatement, avec la plus grande énergie, pour protester contre l'incarcération de Michel.
Ceux qui l'ont condamné avouent implicitement leur attachement à la torture ! Il faut leur démontrer que la détention de Michel leur sera encore plus préjudiciable que sa liberté d'action.
Salah Jaber 9 novembre 1987