Inprecor 1974–2004

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BRESIL

Election présidentielle sur fond de crise

· Inprecor n° 297, 13 novembre 1989 · p. 14 · 698 mots

Brésil Syndicalisme

PLUS DE 80 MILLIONS de Brésiliens vont aller aux urnes le 15 novembre pour élire un président, après vingt-et-un ans de dictature militaire et cinq ans d'un gouvernement civil élu au suffrage indirect. R. JUAREZ

C'EST une situation particulièrement difficile pour la classe dirigeante. Dans les dernières années, l'économie pays est restée stagnante, et elle est sujette, aujourd'hui, à une explosion d'hyper-inflation. En réponse à la détérioration de la situation sociale, on a assisté à des cycles de grèves générales explosives. L'apogée de ce processus de radicalisation syndicale a été la grève générale des 14 et 15 mars 1989, contre la baisse des salaires. Selon les estimations de la Centrale unique des travailleurs (CUT), cette grève a été suivie par 35 millions de travailleurs (voir Inprecornuméro 287 du 1er mai 1989).

Avec la grave crise du principal parti bourgeois, le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, parti de centre-droit au gouvernement), la classe dirigeante aborde le premier tour des élections en étant très profondément divisée. D'un autre côté, la classe ouvrière est représentée par un front politique dominé par le Parti des travailleurs (PT) et composé également du Parti communiste du Brésil (PC do B, parti pro-albanais créé à l'issue d'une scission du Parti communiste, en 1960) et du Parti socialiste du Brésil (PSB, parti ayant une politique plus ou moins social-démocrate). Luis Ignacio da Silva, "Lula", porte parole du PT, est le candidat de ce front (voir Inprecor numéro 286 du 17 avril 1989). Le Parti communiste brésilien (PCB) a choisi de présenter son propre candidat au premier tour.

Influence croissante du PT

Encore plus important : les élections vont se dérouler à un moment où l'influence du PT augmente très nette. Formé il y a dix ans, ce parti a gagné trente-six mairies et presque un millier de postes de conseillers municipaux lors des élections municipales de novembre 1988 (voir Inprecor numéro 280 du 23 janvier 1989).

Aujourd'hui, le PT possède une écrasante majorité dans la CUT, la principale confédération syndicale, depuis que la (CGT), dirigée par des bureaucrates, a éclaté en divers courants et perd de sa force. Le PT possède la majorité dans le Syndicat national des étudiants, et son augmente rapidement dans les campagnes (tout particulièrement à travers le très militant Mouvement des

La Vle Rencontre nationale du PT, qui s'est déroulée du 16 au 18 juin dernier, a reflété cette croissance, réunissant six cents délégués (chacun représentant un millier de membres). On estime que 60 000 de ses 600 000 memcapitalisme brésilien traverse une crise protonde, grave et prolongée qui s'est manifestée durant la dernière décennie par une stagnation économique. Pendant toute la période de l'après-guerre, le Brésil a maintenu un taux de croissance du Produit intérieur brut (PIB) de 7 % par an et de 9 % pour la production industrielle, ce qui le plaçait en neuvième position dans le système économique capitaliste international. Durant la dernière décennie, au contraire, le PIB a augmenté d'environ 2,5 % par an et le revenu par habitant ne s'est pratiquement pas accru.

La crise de l'économie brésilienne est renforcé par l'échec du modèle de développement économique imposé par la dictature militaire, échec auquel la "Nouvelle République" (1) n'a pu faire face. Tout le modèle de financement de l'économie s'est pratiquement effondré. Durant toutes ces années, le pays a transféré à l'extérieur environ 4,5 % du PIB afin de payer les intérêts de la dette et le très grave endettement de l'Etat a empêché la reprise des investissements publics et a immobilisé des instruments essentiels de la politique économique

La crise économique aggrave la crise sociale, héritage d'une croissance capitaliste exclusive et concentrée qui a fait des ravages. En 1960, un tiers de la population consommait moins de 2 240 calories par jour, seuil alimentaire minimal avant la malnutrition, selon l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). En 1988, deux Brésiliens sur trois ne mangeaient pas à leur faim. Dans le

1) La "Nouvelle République" est le nom du régime qui a succédé à la dictature militaire. On peut la dater de l'élection à la présidence de Tancredo Neves, le 15 janvier 1985 (voir Inprecornuméro 191 du 4 mars 1985).

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