populaire du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA). Trois suppression de leur armée. Autour de ce référendum, la Suisse connaît un débat sans précédent sur son armée, la question de la neutralité, sa politique extérieure, son histoire, etc. A Berne, la dernière manifestation du GSsA a rassemblé plus de 25 000 suppression de l'armée, n'envisageaient sans doute pas qu'une
SUISSE
« Il faut immoler la vache sacrée »
C'EST LE 26 novembre prochain qu'aura lieu l'initiative ans après le dépôt d'un projet de modification de la
Constitution, les Suisses doivent se prononcer sur la personnes.
Les Jeunes socialistes qui, en 1980, lançaient l'idée de la telle idée puisse ébranler à ce point les fondements de la
Confédération helvétique.
Sophie MASSOURI
C'EST EN septembre
1980, que deux jeunes socialistes balois se mettent en tête de proposer une campagne pour la suppression de l'armée
Déjà, en 1979, les Jeusocialistes de nesses
Suisse, de tradition antimilitariste, choisissaient comme sujet de campagne annuelle "la politique de paix".
La réflexion s'engage, tandis qu'ont lieu, au début des années 80, de grandes mobilisations pacifistes, rassemblant des milliers de personnes (1).
En mars 1981, les Jeunesses socialistes décident d'ajouter à leur thème annuel prévu, une simple question : « La Suisse a-t-elle besoin d'une armée ?». La réflexion faisant bon chemin, commence à émerger l'idée de lancer une initiative populaire sur cette question (2).
Les jeunes socialistes ne reçoivent pourtant pas le soutien espéré à l'intérieur du Parti socialiste suisse (PSS).
Celui-ci semble plutôt gêné par une telle anti-militariste, ferveur trouvant sans doute qu'un tel projet troublerait son image de parti respectable et soucieux des institutions. La Confédération est, en effet, dirigée par un collège gouvernemental, appelé aussi "formule magique", formé de sept ministres issus du
Parti radical, du Parti démocrate- chrétien, de l'Union démocratique du centre et du Parti socialiste.
Mais, le 12 septembre 1982, plus de cent personnes fondent le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA), et décident de lancer une initiative populaire.
C'est en septembre 1984, au cours d'une nouvelle assemblée du GSsA, qu'on se met d'accord sur les modifications de la Constitution, pour « une Suisse sans armée » (voir encadré p. 18). Elle décide d'autre part, d'inscrire l'initiative dans une proposition alternative pour la paix, et ajoute donc un deuxième volet à l'initiative : « pour une politique globale de paix ».
Sans relais médiatique, le GSsA a réussi néanmoins, à recueillir près de 111 300 signatures. L'initiative populaire préconisant la suppression de l'armée est déposée le 12 septembre 1986 C'est une première victoire pour le mouvement.
Vent de panique
Beaucoup d'observateurs et de ceux qui considéraient les initiateurs du GSsA comme une "poignée d'agitateurs marginaux" , ont été surpris par l'ampleur de l'écho rencontré par une idée aussi "utopique"
Il faut pourtant attendre juin 1987 pour que le débat national s'emballe. C'est, en effet, la projection d'un film documentaire de Roman Brodmann, Le fol espoir de mener la vache sacrée à l'abattoir, à la télévision allemande, qui déchaîne la classe politique et l'Etat-major de l'armée contre cette « manœuvre douteuse ayant frappé durement de nombreux Suisses dans leur sensibilité nationale ». Les interventions parlementaires, à la suite de la projection du film, furent virulentes et le ministre de la Défense envoya même une
1) En 1983, 40 000 personnes manifestent pour le désarmement dans la capitale fédérale, Berne.
2) En Suisse, tout citoyen ou groupe peut lancer une initiative populaire afin de modifier la Constitution helvétique. Il lui suffit de déposer un projet rédigé des articles à modifier, accompagné de la signature de 100 000 personnes soutenant une telle initiative. Après une vérification de conformité par le Conseil fédéral, la Confédération est alors appelée à se prononcer pour ou contre la proposition.
note au Parlement allemand pour dénoncer ce qui lui paraissait être une attaque contre la souveraineté de la Suisse.
L'excès même des prises de position qui se succédèrent a réellement mis sur orbite le débat national. Ce qui n'était qu'une vague utopie se transformait tout d'un coup, aux yeux de la classe dirigeante et de l'Etat major de l'armée, en une véritable machination déstabilisatrice contre le pays. On ressortit le vieux refrain sur « les valeurs patriotiques qui se perdent », et qui sont le « véritable ci-
« Aucun Etat ne saurait s'en passer »
La plus édifiante de ces réactions est sans aucun doute la publication du message du Conseil fédéral aux Chambres fédérales à propos de l'initiative, le 1er juin 1988. Présentant l'initiative, le Conseil fédéral, en une trentaine de pages, établit une liste des arguments en faveur du rejet de l'initiative. Pour lui, « il est notoire que les auteurs de l'initiative ne croient pas que cette votation permettra de supprimer l'armée. [Elle] est, pour eux, une utopie dont le but est de mettre en mouvement un processus de formation de la conscience visant la transformation politique de la société ». Caractérisant l'initiative en elle-même, il ajoute « maintenir ou supprimer son armée constitue incontestablement un choix existentiel pour un Etat. L'armée incarne, en effet, le monopole du pouvoir contre des interventions bellicistes extérieures ou un renversement fomenté de l'intérieur; aucun Etat ne saurait s'en passer».
Après un retour historique, le document enchaîne sur la particularité du système de défense suisse : « Aucune autre armée n'est autant empreinte du principe de la milice que la nôtre (3). La responsabilité de la sauvegarde de l'indépendance est partagée par le citoyen-soldat... » En réponse, le GSsA rappelle que, « au contraire, appelée à plusieurs reprises à assurer une certaine tranquillite, ou la tranquillité certains -pendant la grève générale de 1918 ; à Genève, en 1932 ; ou dans le Jura, en 1968 —, l'armée constitue un vrai danger pour les droits démocratiques. (...) Elle considère toujours la pratique de la démocratie comme une menace ». L'armée censée protéger de l'ennemi ? Mais "quel ennemi" ?
L'autre question importante abordée lors de la campagne a été le coût de l'armée et réciproquement, celui de sa suppression.
3) L'armée suisse est une armée de conscrits ; elle compte, aujourd'hui 625 000 hommes, dont à peu près 3 000 femmes qui effectuent un service volontaire. La fameuse particularité de l'armée suisse tient au fait que tout homme, à partir de 20 ans, est un soldat. En effet, outre les 17 semaines passées à l'école des recrues, lors de la première incorporation, le citoyen-soldat est appelé deux fois par an à reprendre du service, en s'entraînant au tir. Après 45 ans, il est affecté au service de protection civile.
4) Ces chiffres sont issus d'une brochure publiée par le GSsA, d'après une étude du Département du travail des Etats-Unis, de 1975.
L'armée coûte cher. En Suisse, comme dans d'autres pays, le budget militaire est bien le seul à survivre et à s'accroître malgré toutes les restrictions budgétaires. En 1987, les dépenses militaires se sont élevées à 10 milliards de francs, soit 1 800 francs par an et par ci-
Si on fait une comparaison à l'échelle européenne, la Suisse est le pays qui dépense le plus par habitant pour son système défensif.
Mais lors du débat, le gouvernement et le département militaire fédéral (DMF) ont opposé à cela le coût économique de sa suppression éventuelle, notamment en termes d'emplois. « L'armée adjuge de nombreux travaux à des artisans ou à des groupes défavorisés de la population qui, sans elle, seraient au chômage ». A de tels arguments, purement démagogiques, le GSsA a répondu que « tandis qu'un investissement d'un milliard de dollars permet de créer 76 000 emplois dans le secteur de la production militaire, il en crée 86 000 dans la construction mécanique, 92 000 dans les transports, 100 000 dans la construction, 138 000 dans la santé et 187 000 dans l'éducation »(4).
Quelle que soit l'issue du scrutin du 26 novembre prochain, il est clair que la droite, la DMF et l'ensemble du lobby militaire ne pourront plus faire semblant d'ignorer le malaise évident des Suisses à "l'égard d'une vache trop longtemps sacrée et particulièrement chère".
6 novembre 1989