Inprecor 1974–2004

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SUISSE

Pour une Suisse sans armée

· Inprecor n° 297, 13 novembre 1989 · p. 17-18 · 1 341 mots

LE PARTI socialiste ouvrier (PSO, section suisse de la IVe Internationale) a été la seule force organisée à soutenir activement la campagne, en collectant, à lui seul, un tiers des signatures. Inprecor a rencontré Gisele Hurliman, membre du PSO et des JSR-Provo (Jeunesses socialistes révolutionnaires, qui est, depuis janvier 1989, au secrétariat national pour la Suisse allemande de la campagne du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA).

INPRECOR : Quel est l'écho rencontré par la campagne ? Gisèle HURLIMAN : En fait, après un démarrage assez lent, le mouvement s'est renforcé d'une façon fulgurante depuis 1988. Les médias et les politiciens ont ignoré cette initiative, aussi longtemps qu'ils le pouvaient. Au moment où la campagne a été lancée, le climat international, les relations entre les deux blocs, n'étaient pas très favorables à une telle initiative.

Aujourd'hui, c'est différent. Avec ce qui se passe à l'Est, et la politique extérieure de Gorbatchev, la "menace" représentée par l'Union soviétique, dont es militaires se sont souvent servis pour justifier un surarmement toujours croissant de la Suisse, n'est plus crédible.

L'étonnement qui a suivi le dépôt des 100 000 signatures s'est un peu tassé, jusqu'à ce que le film de Brodmann passe à la télévision allemande, en juin 1987. Le but de ce documentaire était d'expliquer aux citoyens allemands le droit à l'initiative populaire qui existe seulement en Suisse. Le film prenait pour exemple l'initiative du GSsA, en montrant qu'ainsi on peut même demander d'abolir l'armée. Ce sont les réactions violentes à ce film qui ont donné au mouvement un véritable écho médiatique.

Plus on se rapproche de la date du 26 novembre, plus les gens s'organisent dans la campagne. Si on comptabilise le nombre de personnes qui sont abonnées au journal de la campagne ou qui nous envoient de l'argent régulièrement, nous avons a peu près 7 000 adresses, soit 4 000 de plus que l'année dernière. Dans chaque région et canton, il y a maintenant un ou plusieurs groupes et ce sont plusieurs milliers de personnes qui se sont investies plus ou moins directement dans la campagne.

Mais surtout, le débat traverse l'ensemble de la société. Il existe maintenant des syndicalistes pour une Suisse sans armée, des chrétiens pour une Suisse sans armée... et même des officiers pour une Suisse sans armée. Toute le monde est obligé de se prononcer par rapport à l'initiative.

• Le climat international à lui seul n'explique pas complètement l'écho rencontré par une telle initiative. Qu'est-ce s'est passé ou qui a changé, en Suisse ?

—Je ne crois pas que le Groupe pour une Suisse sans armée ait incité le

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changement, mais il a été une sorte de catalyseur. Un malaise plus profond traverse la société suisse. Beaucoup de choses sont en train d'éclater, de changer. Ce lien particulier entre le gouvernement et le peuple, entre l'armée et le peuple, n'existe plus.

Beaucoup de gens s'abstiennent lors des élections, par exemple. Seul 40 % des gens vont voter, aujourd'hui. Le mouvement est un miroir des bouleversements d'une société largement figée. C'est pour ça que le gouvernement a peur de ce mouvement, parce qu'il remet en cause les bases du pacte de confiance entre le peuple et le gouvernement suisse.

Quelle a été l'attitude du Parti socialiste suisse (PSS) ?

- Un véritable débat dans les rangs des socialistes a éclaté dans les médias, à la radio, à la télévision, parce que les partis bourgeois ont menacé les social-démocrates de les chasser du gouvernement, s'ils n'appelaient pas à se prononcer contre l'initiative. Ce qui veut dire la fin de la "formule magique" qui existe depuis trente ans, ou du moins une sévère remise en question.

Les médias ont commencé à parler de l'histoire du Parti socialiste, de sa tradition anti-militariste du début du siècle, puisque le PSS n'a reconnu l'armée qu'en 1935, ce qui a bien sûr provoqué des remous. A la veille de son Congrès. en juin dernier, le PSS était plus que divisé par rapport à l'initiative.

J'ai assisté au Congrès du PSS qui se déroula dans une atmosphère passionnante et passionnée. Les jeunes socialistes avaient l'espoir que leur Parti pouvait appeler à voter oui pour l'initiative.

Les dirigeants du Parti, qui sont plutôt des pragmatiques, ont tenté de remédier aux risques réels d'explosion. Ils ont cherché à préserver, du moins en apparence, l'unité du Parti. Ils ont proposé deux tours de vote. Le premier demandait à chaque congressiste, à titre individuel, de se prononcer par rapport à l'initiative. Tandis que le deuxième leur demandait ce que doit décider le PSS pour la votation. Le premier tour donna une large majorité de oui pour l'initiative, mais le deuxième se prononça pour qu'il n'y ait pas de consigne de vote donnée par le Pss. C'était un peu comme un ballon qui se dégonfle tout à coup.

Quelles sont les perspectives de la campagne ?

-Le risque est que tout s'arrête après le 26 novembre. Beaucoup de jeunes, grâce à ce mouvement, sont entrés pour la première fois en politique, avec une expérience plutôt positive, et surtout sur un thème assez radical. Si, avec ceux qui ont une stratégie à plus long terme, nous arrivons à maintenir notre position, je crois qu'il est possible de les intéresser à d'autres sujets, de les ête sampant non denufu vue En areur, intéresser à la politique en général. Même si les jeunes, en Suisse, sont en général a-politiques, ils sont assez sensibles, par exemple, aux questions concernant le Tiers-monde. Beaucoup d'entre eux trouvent qu'il ne suffit pas de donner une aide au développement, parce qu'ils savent qu'il y a encore plus d'argent qu'il n'en est sorti qui revient dans les pays industrialisés. Ils connaissent toutes les affaires du blanchissement de l'argent du trafic de drogue (1), etc. Nous devons leur montrer que nous avons des réponses globales, nationales et internationales en ce qui concerne les problèmes de société.

D'ores et déjà, dans plusieurs endroits, à Bâle, à Berne, à Lucerne et surtout à Zürich, nous essayons d'aller plus marche tE

Gugus loin. A Zürich, les JSR-Provo ont fondé un Forum des jeunes contre l'armée et ils organisent des cours qui ont attiré pas mal de jeunes sur la Suisse, son histoire, sur le rôle de l'armée durant la Seconde Guerre mondiale, l'histoire de la neutralité, le mythe de la neutralité, etc. Chaque semaine, ils organisent des réunions, soit en tant que JSR-Provo, soit dans le GSsA.

Par son contenu, l'initiative aborde aussi le thème : "La Suisse poursuit une politique globale de paix".

Avec cette formule, on peut également discuter des modèles de société. On peut se poser la question de ce qu'on peut faire avec dix milliards de francs par an : plus d'argent pour les retraites, pour la protection sociale, plus d'argent pour protéger l'environnement, etc.

Mais on peut aussi bien se dire qu'une politique globale de paix, c'est mener une autre politique vers l'extérieur, par exemple, vers l'Afrique du Sud, en boycottant le système de l'apartheid. Une autre politique globale de paix, cela veut dire une autre politique vers l'intérieur, cela veut dire une autre société et là, on peut poser la question : quelle société voulons-nous ? Nous pouvons, maintenant, discuter avec des jeunes du socialisme. Parce beaucoup se rendent bien compte que ce n'est pas seulement l'armée qu'on devrait abolir, mais que c'est la société toute entière qui doit changer.

Propos recuelllis par Sophle Massouri le 2 octobre 1989 1) Le ministre de la Justice, Elisabeth Kopp, après avoir été élue à la vice-présidence par le parlement, le 7 décembre 1988, fut contrainte de démissionner du gouvernement cinq jours plus tard. Informée de l'enquête en cours contre la Sakarchi Trading pour blanchissement de l'argent de la drogue, elle a été accusée d'avoir prévenu son mari afin qu'il quitte ses fonctions de vice-président et de conseiller juridique de cette société. Par ailleurs, deux enquêtes parlementaires ont été ouvertes contre certains de ses proches collaborateurs et contre Rudolf Gerber, procureur de la Confédération, chef de la sécurité de l'Etat, coordinateur des enquêtes policières sur le trafic de drogue.

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