Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RDA

Pour un socialisme authentique

Inprecor n° 297, 13 novembre 1989 · p. 9-10 · 1 390 mots

Allemagne Europe de l'Est URSS et Russie Stalinisme

NOUS PUBLIONS, ci-dessous, une déciaration rédigée par une partie des participants à la rencontre de Böhlen

(voir l'Appel de Böhlen, dans

Inprecor numéro 296 du 30 octobre 1989) qui constituent le courant de la gauche unie en RDA.

DOCUMENT

LES EVENEMENTS de ces dernières semaines ont changé la situation dans notre pays. Beaucoup de gens se demandent si nous sommes à un tournant majeur et ce qu'il faut faire. Que s'est- il passé ?

Lorsque la vague des départs a atteint son point culminant, nos dirigeants politiques nous ont expliqué que ceux qui partaient n'étaient que des gens dévoyés par les médias occidentaux, manipulés par une propagande digne de la guerre froide, et qu'il ne fallait donc pas verser une seule larme. D'autre part, ils feignaient d'ignorer les manifestations de masse pour la démocratie, ou les considéraient comme des provocations anti-socialistes.

Mais les protestations se sont poursuivies, provenant aussi bien des syndi-

Pour un socialisme

authentique

cats, que de la base du Parti et de plusieurs associations professionnelles. A tel point, qu'il est désormais impossible de continuer à les diffamer ou à essayer de les étouffer.

Le climat a changé

La nature de nos problèmes et les conflits sociaux qui en découlent sont passes au premier plan. Tout d'un coup le climat a change : la campagne de perturbateurs l'ordre" et "les contre-révolutionnaires" prit fin et quelques fonctionnaires de l'Etat (dirigeants du Parti et d'organisations de masse) manifestèrent soudainement leur disposition au dialogue. (...)

Un nombre croissant de membres et de fonctionnaires du SED se présentèrent comme les interlocuteurs du mouvement. Ceux qui se mobilisaient pour les réformes et pour bâtir un socialisme authentique en RDA ne pouvaient plus être accusés de vouloir détruire le socialisme. Sous prétexte de combattre une opposition qui aurait voulu rétablir le capitalisme avec le soutien de l'Occident, le pouvoir a cherché à défendre un "socialisme" qui, non seulement n'est pas digne de ce nom, mais est aussi repous-

Aujourd'hui, les conditions existent pour créer un socialisme authentique. Il cette occasion et agir, en abandonnant toute attitude de passivité ou de résignation, et en prenant en main notre destin. Les résolutions prises par le Bureau politique, le 11 octobre dernier, ont remis en cause toute la politique menée jusqu'à maintenant par le SED. S'il y a eu un changement, cela n'est pas dû, évidemment, à la direction du SED, mais bien à notre volonté d'imposer un tournant radical vers la démocratie et le socialisme.

Aujourd'hui, beaucoup de citoyens, mais aussi un grand nombre de membres du SED peuvent nous suivre sur cette voie.

Pas d'illusions ! Ceux qui nous ont toujours dominés ne doivent plus choisir pour nous. Ce n'est pas la disposition au dialogue du pouvoir qui détermine notre attitude, mais la pression des revendications des masses et les contradictions qu'elle engendre. Nous ne devons pas nous faire d'illusions sur la situation actuelle : si la stagnation économique devait se poursuivre, non seulement l'avenir socialiste de la RDA, mais aussi la préservation et le développement de certaines conquêtes sociales fondamentales, telles que la disparition du chômage, le droit à la santé, le droit à la formation scolaire et professionnelle de nos enfants etc., seraient remis en cause. Cette crise amène beaucoup de gens à perdre toute confiance dans le SED, mais aussi à ne plus croire à une perspective socialiste.

Cette année, 100 000 personnes ont déjà quitté la RDA et la fuite ne semble pas s'arrêter. Répondre à cette réalité par la répression risque d'accentuer les périls et de provoquer une réaction in-

En RDA, le capitalisme a été supprimé et de réelles conquêtes sociales ont été réalisées. Mais quelles sont les caractéristiques du système politique et sur

Avec la suppression du capitalisme tous les citoyens sont devenus actifs. Mais le stalinisme, au lieu de soumettre l'Etat au contrôle de la population tra-

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Reformen! vailleuse, a soumis cette dernière au contrôle de l'Etat. Dans notre société, l'aliénation et l'étouffement de la personnalité individuelle sont le produit d'un avilissement permanent du peuple par un appareil bureaucratique qui a aussi perverti les principes de propriété collective et de démocratie socialiste contenus dans la Constitution.

L'absolutisme stalinien

En dépit de conquêtes sociales importantes, l'absolutisme d'une bureaucratie stalinienne a créé, dans notre pays, une situation qui est pire, sur le plan des Droits de l'homme fondamentaux, que celle existante sous le système capitaliste : chez nous, il n'est pas possible d'aller où l'on veut, si "l'Etat" ne le veut pas. C'est la bureaucratie qui décide de ce qui est bien et de ce qui ne l'est pas. Toute activité indépendante et d'auto-organisation, ainsi que toute critique des décisions étatiques, sont criminalisées et condamnées de manière hystérique. Le peuple n'a qu'une seule tâche : approuver l'infaillibilité d'une couche dirigeante qu'il n'a pas choisie.

Sur le plan économique, il est de plus en plus clair que nous sommes entrés dans une impasse. La stagnation économique et le recul des relations sociales commencent à devenir inquiétants. Embellir la situation par la démagogie ne sert à rien et ne trompe plus personne. Si la RDA réalise des progrès dans le domaine de l'électronique, elle recule dans les autres secteurs du marché mondial.

- D'un côté, on introduit un nombre croissant de robots dans l'industrie. De l'autre, il devient de plus en plus difficile d'appeler son voisin par téléphone ou d'obtenir un téléviseur en couleurs.

- D'une part, on fête triomphalement les nouveaux plan de construction part, on assiste à la chute de secteurs entiers des villes industrielles.

- L'inflation augmente et, alors que le marché est envahi de produits chers et sophistiqués, les produits de base disrentiers prospèrent tandis qu'on fête la justice sociale.

— On célèbre l'innovation technologique, mais on oublie que les régions industrielles du pays sont dans une situation écologique catastrophique.

Nous devons empêcher que les staliniens ne mettent la RDA dans le même état que la Pologne ou l'URSS. Nous n'avons besoin d'aucune réforme technologique, mais plutôt d'une réforme sociale capable d'introduire un vrai socialisme à travers un processus démocratique. L'exemple soviétique suscite l'espoir que le pouvoir du peuple souverain et la liberté soient possibles sous le "socialisme". Ce qui est encore plus important, c'est que l'Union soviétique ne nous impose plus une domination stalinienne, mais nous inspire les idéaux de la démocratie socialiste, de la liberté et de la souveraineté populaire. La réalisation de ces valeurs en RDA peut aussi contribuer à l'accomplissement de la démocratisation, de la perestroïka et de la glasnost en URSS. Voilà le nouveau contenu de "l'internationalisme socialiste", qui fut tellement discrédité dans le passé

L'ancien mot d'ordre de Marx : « La libération des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes », prend aujourd'hui une signification nouvelle. Avec le développement des forces productives modernes, la société et les travailleurs, dans leur ensemble, sont opprimés par l'absolutisme stalinien. Les scientifiques, les ingénieurs, les techniciens, les artistes, bref toute l'intelligentsia, se trouvent aux côtés des ouvriers et des employés. Par conséquent, la libération des travailleurs devient la condition de la liberté de la culture et de la science.

Mobiliser les travailleurs dans les entreprises

Si le cours catastrophique actuel du pouvoir se poursuit, en mettant en danger la perspective du socialisme dans le pays, il faudra dépasser les limites d'une lutte pour la liberté d'expression. Ce processus important s'est amorcé avec la participation de Nouveau Forum d'autres initiatives des citoyens. Mais si on veut empêcher les travailleurs d'être obligés de payer les frais de cette évolution et si on veut effectivement amorcer un processus de transition vers une démocratie socialiste, alors il faut mobiliser les travailleurs dans les entreprises.

Il faut dénoncer le manque de liberté dans les entreprises et chercher les moyens de changer cette situation. Nous devons nous unir dans les entreprises. Nous devons nous organiser et agir de manière indépendante, en créant des comités d'ouvriers et d'employés. Ces comités seront la base de futurs conseils d'entreprise indépendants et ouvriront la voie à la démocratisation des syndicats. Il faut saisir toutes les occasions pour avancer dans cette direction, en intervenant aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur des syndicats bureaucratisés.

Nous appelons tous les camarades, tous les socialistes dans les entreprises, dans les groupes indépendants et dans le SED, ainsi que les artistes et les intellectuels, à s'unir pour réaliser ensemble la liberté et la démocratie socialistes. •

13 octobre 1989

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