Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EL SALVADOR

Appui total au peuple salvadorien

Inprecor n° 298, 27 novembre 1989 · p. 3-4 · 1 356 mots

El Salvador États-Unis

Appui total au peuple salvadorien dération nationale des travailleurs salva- reillement, Bush, face à l'affaiblissement

PEINE, quelques mois après son arrivée à la présidence, le gouvernement de Cristiani a souffert d'un tel processus d'affaiblissement que, pour se maintenir au pouvoir, il a dû recourir de façon croissante à son principal allié : le gouvernement impérialiste des Etats-Unis. L'administration Bush, et le groupe de militaires corrompus se ralliant à la tandona (1), sont les uniques planches de salut de cette dictature agonisante. Sans l'appui matériel et sans les millions de dollars que l'impérialisme nord-américain envoie au gouvernement salvadorien pour massacrer la population, il est clair que cela ferait déjà un bon moment que le peuple du Salvador aurait pris en main son propre destin.

La force du FMLN

L'offensive commencée le 11 novembre, et qui a duré plus de dix jours, a mis à mal les absurdes versions formulées par le gouvernement Cristiani et le Haut-commandement des Forces armées salvadorienne selon lesquelles le FMLN connaissait un processus de d'affaiblissement politico-militaire. Au contraire, si le FMLN a pu s'asseoir en diverses occasions à la table des négociations, pour chercher une issue politique à la longue guerre qui ensanglante le pays, c'est grâce à sa force et à sa solidité, ainsi qu'à sa capacité à se construire en tant que représentant indiscutable du peuple salvadorien.

C'est précisément à la table des discussions que le FMLN a assené une première défaite à la dictature Cristiani, en montrant clairement que le gouvernement d'ARENA n'a rien à proposer d'autre que la poursuite des assassinats de milliers de salvadoriens et l'abandon du futur du pays aux intérêts de l'impérialisme nord-américain.

Le FMLN a signalé qu'il s'agissait de l'offensive finale, a moins que Cristiani ne s'assoie à la table des négociations et qu'on trouve une proposition qui sorte le pays de sa situation de crise et de guerre. De leur côté, Cristiani et la tandona ont répondu avec les bombardements des populations civiles, véritable massacre qui a provoqué la mort de plus de 3 000 personnes. Mis en déroute sur le terrain politique, le gouvernement salvadorien cherche à contrecarrer son isolement avec des actions militaires viles et désespérées. C'est ainsi que l'assassinat des dirigeants syndicaux de la Fé-

EL SALVADOR

LE 11 NOVEMBRE dernier, le peuple salvadorien et son avant-garde, le Front

Farabundo Marti de libération nationale

(FMLN), ont commencé une offensive à travers tout le pays, qui met au pied du mur le gouvernement des escadrons de la mort dirigé par Alfredo Cristiani.

Au-delà de ses aspects tactiques, il se confirme que la politique du FMLN reste profondément révolutionnaire et vise au renversement de la domination de l'oligarchie.

doriens (FENASTRAS) (2) et la répression exercée à l'encontre des dirigeants du mouvement de masse ont été poursuivis par le massacre des jésuites de l'Université centraméricaine José Simeon Canas. Avec cette action brutale, le gouvernement Cristiani a laissé tomber son masque civilisé, montrant jusqu'où il était disposé à aller aux côtés des escadrons de la mort qui contrôlent le gouvernement et les hauts gradés de l'armée. Pour eux aussi il s'agit de la lutte finale.

Aide accrue de l'impérialisme nord-américain

Cette situation a clairement été comprise par l'impérialisme nord-américain.

Le gouvernement Bush a décidé de jouer toutes ses cartes contre le peuple salvadorien. Pour cela, malgré les assassinats, il cherche à excuser Cristiani et a fait approuver une augmentation de l'aide militaire au gouvernement des es-

Sur ce terrain, le peuple salvadorien et son avant-garde, le FMLN ont également réussi à remporter une grande victoire en démasquant le discours impérialiste hypocrite, qui tente de donner des cours de démocratie quand il parle des pays d'Europe de l'Est, tandis qu'il a les mains tachées par le sang des milliers de salvadoriens qui viennent d'être as-

L'ingérence et la responsabilité du gouvernement Bush sont gigantesques

On sait, par exemple, que venus de la base hondurienne d'llopango, des pilotes de combat nord-américains se sont chargés des bombardements aériens nocturnes de San Salvador. Dans le même temps, cinq bateaux de guerre nord-américains avaient déjà pris place en face des côtes salvadoriennes. Pades forces militaires salvadoriennes, a donné son feu vert au gouvernement guatémaltèque pour qu'il aille les aider en envoyant les tristement célèbres Caibiles (3) pour tenter de contenir l'insurrection populaire. Il est possible que les Etats-Unis tentent de régionaliser le conflit ; cette manœuvre doit etre dénoncée et combattue. Les troupes du FMLN ont démontré leur puissance : non seulement en raison des pertes causées à une force de combat bien mieux armée et plus nombreuse, mais aussi en raison de la débandade qui a commencé à se produire à l'intérieur même de l'armée salvadorienne.

Une solidarité nécessaire

La situation au Salvador implique des tâches urgentes pour les révolutionnaires et les forces démocratiques du monde entier, tout particulièrement aux Etats-Unis. Le peuple salvadorien et son avant-garde, le FMLN, sont en train de faire tout ce qu'il est en leur pouvoir pour assurer la victoire. Ils ont besoin, plus que jamais, de la mobilisation de tous les peuples pour empêcher qu'une intervention nord-américaine ne frustre les possibilités que le Salvador retrouve la justice, la souveraineté et la démocratie. Ce n'est qu'avec la mobilisation et la plus grande solidarité internationaliste qu'il sera possible de faire respecter le droit du peuple salvadorien à sa libre autodé-

La IVe Internationale appelle à redoubler les efforts pour construire un mouvement de masse ample et unitaire qui retienne la main de l'impérialisme, en lui faisant mesurer les coûts d'une intervention directe et massive de sa part. En même temps, ce mouvement de masse doit exiger que cesse l'aide militaire au gouvernement Cristiani, et le départ immédiat de tous les assesseurs nord-

Reprenant la déclaration franco-mexicaine de 1981, nous appelons à exiger que le FMLN soit reconnu par tous les gouvernements comme une force belligérante, c'est-à-dire, une force militaire ayant une personnalité juridique, notamment pour que ses prisonniers

(1) La tandona est la promotion militaire dont sont issus certains des dirigeants de l'armée salvadorienne actuelle, tel le chef de létat-major, le colonel Ponce. Ses membres étaient favorables à la conduite par les Etats-Unis de la Guerre de basse intensité et, à ce titre, ont pu détourner une grande partie de l'aide économique à leur profit.

(2) Voir Inprecor numéro 297, du 30 octobre 1989.

(3) Troupes d'élites de l'armée guatémaltèque.

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soient traités selon la Convention de Genève.

Notre organisation internationale appelle tous les travailleurs et toutes les consciences démocratiques à se solidariser avec la révolution salvadorienne. Au Salvador, se joue en ce moment l'avenir de tous les exploités et opprimés d'Amérique Latine. Aujourd'hui le peuple salvadorien a besoin d'une aide alimentaire, médicale, financière mais il a surtout besoin de notre mobilisation et de notre solidarité.

La lutte du peuple salvadorien démontre que la révolution reste plus que jamais à l'ordre du jour.

Il ne saurait y avoir de règlements régionaux entre l'Est et l'Ouest, en dehors du libre choix des peuples. La révolution au Salvador démontre l'inébranlable volonté des masses à prendre en mains leurs destinés. Le Pulgarcito d'Amérique (Petit Poucet, surnom donné au Salvador en raison de sa taille) nous a ensei-

Pour le libre droit à l'auto-détermination du peuple salvadorien !

Impérialisme yanqui hors du Salva-

Pour la reconnaissance du FMLN en tant que force belligérante !

Vive la révolution salvadorienne ! •

27 novembre 1989 l'avion, peut-être créée de toutes pièces par ses services, et exigera de Gorbatchev, lors du prochain sommet de Malte (2-3 décembre), qu'il exerce sion encore plus forte sur le Nicaragua et sur le FMLN, afin que ces derniers baissent la garde.

militaire lancée par le FMLN était bien une offensive générale : la guérilla a pris position dans les principales villes du pays grâce au soutien actif de la population, et à un réseau militant efficace dans les zones urbaines. Il est significatif que, nulle part, le FMLN n'ait dû assiéger les villes : au contraire, partout il a pu y investir d'importantes forces et lancer les hostilités de l'intérieur, ce qui aurait été impossible sans un large appui de la population, dont une partie a participé à l'action en construisant des tranchées anti-chars, en ca-

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