Herbert MISSLITZ, ouvrier du bâtiment, est un des porte-parole de la Gauche unie (voir Inprecor numéro 297 du novembre 1989). Il a répondu aux questions de SOZ, organe du Parti socialiste unifié de RFA (VSP)-
SOZ: Pensez-vous, comme Barbel Böhley (du Nouveau Forum) que le mur a été ouvert trop tôt ? Herbert MISSLITZ: Le mur n'a pas été ouvert trop tôt, mais trop tard. Il est très compréhensible que des millions de citoyens de RDA en profitent pour aller visiter l'Ouest. La façon dont le mur a été ouvert a engendré un grand chaos, mais ce n'est pas un problème important. Ceci dit, nous pensons aussi que l'ouverture du mur et la liberté de voyager, ainsi que la façon dont cela s'est passé, sont l'expression du fait que nous avons obtenus nos droits grâce à une concession d'en haut, de la part d'un pouvoir qui s'en est servi comme soupape de sécurité.
De plus, tout le monde s'accorde pour constater que ce pouvoir n'a plus aucune perspective. Dans ces conditions, le droit que l'on obtient d'une telle direction ne peut être perçu comme
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l'émanation de la volonté populaire. Des droits comme le droit de voyager doivent être gagnés par le peuple lui-même.
• Qu'est-ce que cela veut dire ? Quelle est la différence ?
- Nous essayons de développer une sorte de démocratie directe dans ce pays, qui aboutisse à la mise en place d'organes administratifs constitués de représentants du peuple, élus par les gens qui vivent dans ce pays. Cela serait alors une réelle expression de souveraineté populaire.
• La revendication centrale en ce moment élections libres. S'agit-li des élections lIbres pour un parlement, comme en RFA, et votre conception d'un autre type de représentation populaire a-t-elle une audience là-bas ?
- Pour le moment, la propagande pour ce type d'alternative est très inégale. Beaucoup d'idées sont véhiculées à travers les médias occidentaux et les idées de la gauche n'ont pas beaucoup d'accès à la radio ou la télévision. Les choses sont conçues ici avec des catégories importées de l'Occident. conséquent, c'est le projet d'un parlementarisme bourgeois qui est en vogue. Par ailleurs, la Gauche unie n'a pas encore eu l'opportunité d'influencer les discussions en exprimant directement ses idées à travers sa propre presse. Nous
devons nous en tenir à nos propres ressources — restreintes — de publication. Nous essayons d'avancer nos idées à travers des meetings dans des usines ou lors de débats publics, etc. Ce n'est certes pas suffisant, et il est clair que nous voulons changer cela. Des discussions se poursuivent à plusieurs niveaux sur la façon dont nous pourrions construire une presse indépendante de gauche, et développer une sorte de revue pour les discussions théoriques dans laquelle tous les groupes pourraient exposer leurs positions en détail.
Nous essayons de participer davantage à des journaux d'entreprises. Des premières tentatives ont été réalisées dans ce sens. Mais pour le moment, c'est ce qui est le plus publié qui est le plus discuté. Le programme libéral de la télévision est-allemande, Aktuelle Kamera, et les médias occidentaux ont incontestablement l'avantage.
• L'opposition propose l'organisation d'un référendum pour la nouvelle lol électorale qui est en préparation, ainsi que le renouvellement des élec tlons municipales de mal dernier, dont les résultats avalent été fals!flés par le pouvoir. Etes-vous d'accord avec ces propositions ?
— Nous soutenons l'idée d'une table ronde qui permettrait à tous les groupes, aux partis du bloc gouvernemental, au SED et à toutes les organisations de masse de discuter ouvertement dans les médias des différentes conceptions sur les élections. Ainsi, le concept d'"'élections libres" pourrait gagner un contenu vivant - ce qui est un besoin urgent — et les différences spécifiques pourraient enfin trouver leur expression.
Nos idées sur des élections libres sont assez différentes de celles des groupes qui défendent le parlementarisme bourgeois et le multipartisme, sur le modèle ouest-allemand. Nous disons que, parallèlement à la table ronde, devrait se réunir une conférence de délégués ouvriers à l'échelle de tout le pays. La réalisation de cette perspective prendra un certain temps, dans la mesure où les gens ne sont pas habitués à prendre des responsabilités personnelles pour les décisions politiques, bien qu'un large processus de politisation soit en cours. Une telle conférence de délégués pourrait aussi envisager les questions des formes d'une réelle participation et d'une auto-gestion des entreprises, tout comme les droits et devoirs de conseils d'usine indépendants. L'élection de tels conseils d'usine serait, en quelque sorte, le pas suivant. Les partis et les organisations syndicales devraient s'orienter vers ce genre d'élaboration des revendications des travailleurs.
• Quelle est la situation dans les usines ?
- Il y a beaucoup de discussions dans les usines. Les appels des groupes
d'opposition sont affichés partout. La question centrale est la possibilité d'accroître la consommation, et également, en partie, la question de l'avenir des usines. Si le principe de la productivité est réellement appliqué, cela va remettre en question l'existence de beaucoup d'usines et de cartels, car nombre d'entre eux ne fonctionnent pas efficacement et souffrent d'un manque d'innovation.
J'ai discuté avec des collègues de l'usine de Leuna qui m'ont dit : « Nous n'avons aucune envie de continuer à travailler dans cette crasse [cette usine est la plus polluante de RDA, ndlr], mais nous ne voulons pas non plus nous retrouver au chômage. » Ils demandent que des experts, des économistes et des technocrates (dont on a un besoin urgent en ce moment) prennent position sur ces questions. Des technocrates ont été contactés pour représenter les intérêts des travailleurs.
• Quelles sont vos perspectives et qu'attendez-vous de la gauche des autres pays ?
- Notre priorité est de montrer que l'idée du socialisme est quelque chose d'actuel. De larges couches de la société ont tourné le dos à cette idée, en réaction aux mensonges de la bureaucratie qui prétendait avoir déjà construit une société socialiste. Nous devons mettre en avant des revendications transitoires
C'est dans ce contexte que nous envisageons la question des relations avec la gauche internationale. Nous savons que, par rapport à la perspective d'intégration au marché commun (CEE), le COMECON ne représente pas un modèle alternatif ; le danger est réel de voir le riche Occident acheter l'Est. Cela veut dire que nous devons avancer de solides concepts politiques en commun avec la gauche d'Allemagne de l'Est comme de l'Ouest, pour combattre les appétits des
Nous considérons également qu'il est important de collaborer avec la gauche de RFA pour avancer des arguments valables contre les projets de réunification qui commencent à surgir, émanant avant tout de certains droitiers. En outre, il faudrait savoir dans quelle mesure la gauche de l'Ouest pourrait influencer les formes de l'aide économique. Il est clair que la RDA ne pourra pas surmonter son retard technologique à l'aide de ses propres ressources. Nous avons donc besoin d'aide financière et de crédits, et peut-être même de l'annulation de la dette. Cette aide doit être inconditionnelle et ne doit pas — comme cela a été déjà dit à plusieurs reprises - permettre aux cercles financiers occidentaux d'utiliser leurs crédits pour intervenir en RDA.
Propos recuelliis par Angela Klein Soz, 23 novembre 1989