Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE-BRETAGNE

Gauche syndicale contre nouveau réalisme

· Inprecor n° 299, 11 décembre 1989 · p. 26-27 · 2 107 mots

Syndicalisme Grande-Bretagne

LE MOUVEMENT socialiste a été formé, il y a trois ans, par la réalisme" (1). Le Mouvement socialiste a adopté une double

Thornett rend compte d'une conférence importante, organisée les 11 et 12 novembre derniers, à Sheffield, par le Mouvement socialiste dans le but de renforcer la gauche syndicale, avec la participation de 550 syndicalistes dont la grande majorité n'a

GRANDE-BRETAGNE nouveau réalisme gauche radicale du Labour Party (LP, Parti travailliste britannique) et des syndicats, en réaction contre la dérive constante vers la droite et l'avancée du prétendu "nouveau approche, travaillant en même temps à l'intérieur et à l'extérieur du Parti travailliste. Dans cet article, Alan pas d'affiliation politique.

Alan THORNETT

CETTE CONFERENCE, organisée du autour thème "La voie à suivre pour la gauche dans les syndicats", a représenté significaune avancée tive contre la domination du nouveau réalisme de droite dans le mouvement syndical britannique.

La conférence a adopté des résolutions politiques d'ensemble, mettant l'accent sur les contradictions de la conjoncture politique actuelle en Grande-Bretagne : augmentation du niveau de la lutte des classes d'un côté, domination constante du nouveau réalisme de l'autre : « D'une part, les cinq années de déclin qui ont suivi la grève des mineurs ont maintenant laissé la place à une confiance en soi plus grande qui s'est exprimée à travers la montée sociale de cet été dans une série de secteurs industriels, avec de nombreuses grèves importantes (2).

« (...) Mais, d'autre part, les luttes récentes ont montré que nombre de caractéristiques si destructrices dans le passé sont toujours présentes. La grève des employés du métro londonien s'est achevée de manière classique avec un accord conclus par les dirigeants syndicaux dans le dos des travailleurs. La grève des cheminots aurait pu gagner bien davantage en se débarrassant complètement des anciens liens, et d'après nous, la défaite des dockers a été due, à l'échec des diridu Syndicat des transports adopter une politique de défiance vis-àvis des lois anti-syndicales des conservateurs. »

D'une part, la direction continue de glisser vers la droite (ce qui est clairement exprimé par l'adoption par la conférence du Parti travailliste, avec l'appui des dirigeants syndicaux, du réactionnaire Document sur la révision politique) ; d'autre part, les syndicalistes de base s'orientent vers des actions militantes. Malgré cette contradiction, il n'y a pas eu, jusqu'à présent, d'initiatives des militants syndicaux de base pour prendre en main ce développement et remplir le vide laissé par la direction.

Participation de la branche syndicale du PC

C'est pourquoi la conférence a été longtemps reportée, et pourquoi le Mouvement socialiste qui s'est développé autour de l'opposition au nouveau réalisme était le mieux placé pour l'organiser. La conférence a été appuyée par environ quarante organisations du mouvement ouvrier - syndicats, Parti travailliste, conseils syndicaux et organisations politiques, dont le Parti communiste britannique, et sa branche dans l'industrie, le Comité de liaison pour la défense des syndicats (LCDTU). Quelques 160 branches syndicales et neuf conseils syndicaux ont envoyé 250 délégués. Les autres participants étaient présents à titre individuel, ou représentaient des courants du Parti travailliste, des campagnes ou des luttes.

Cela a été la plus grande rencontre de militants de base hors des structures

1) Abandon des principes du socialisme et adaptation aux réalités économiques du marché, prôné par les dirigeants du Parti travailliste, autour de Neil Kinnock Cette théorie s'est surtout concrétisée après l'échec de la grève

2) L'été 1989 a été marqué par de très importantes grèves en Grande-Bretagne, surtout autour des questions d'augmentations salariales, l'inflation atteignant 8,3 % de rythme annuel. Les employés du métro de Londres ont fait plus de quinze grèves de 24 heures en juin/juillet/août et ont finalement mis fin à leur mouvement le 12 août. Les dockers de 61 ports ont mené une grève générale du 3 juillet au 7 officielles, en Grande-Bretagne, depuis dix ans. Ce qui montre que, malgré les ravages causés par dix ans de thatcherisme, ce type d'initiative rencontre encore un réel écho et qu'il existe une volonté de s'organiser contre la droite. Beaucoup des participants représentaient une nouvelle génération de syndicalistes, apparue lors la nouvelle vague de radicalisation militante à la base qui est apparue dans le secteur industriel depuis un an et demi. En ce moment, cette radicalisation s'exprime surtout à travers le conflit des ambulanciers (3).

Une militante lesbienne à la tribune

Le samedi, le plenum d'ouverture a été présidé par Jeremy Corbyn et Tony Benn (députés), Micky Fenn (représentant syndical élu par la base qui a été licencié des docks de Tilbury à cause de ses activités syndicales), Anne Speed (membre de la principale confédération syndicale irlandaise), Anne Henderson (membre de la Gauche large du syndicat des cheminots), Debbie Eppstein (membre de la campagne du Parti travailliste pour les droits des homosexuels et des lesbiennes ainsi que de l'Alliance des enseignants), Kim Moody (membre de Labor notes, réseau des différentes oppositions syndicales de gauche aux Etats-Unis), Ramon Corriz (travailleur chez General motors à Barcelone) et un ambulancier investi dans les actions en cours dans cette branche. Lors du plenum du dimanche, quatre autres représentants de luttes actuelles sont intervenus ainsi qu'Alan Thornett qui a présenté les résolutions politiques, au nom du comité qui avait organisé la conférence.

Au-delà de sa taille et du vaste horizon de gens représentés, cette conférence a été remarquable par la base démocratique sur laquelle elle a été organisée. Cela a représenté une cassure importante par rapport à de précédentes initiatives similaires qui étaient contrôlées de manière rigide et qui discutaient autour de courtes résolutions impossibles à amender puisqu'elles n'avaient pas été préalablement débattues.

Durant les trente dernières années, toutes les initiatives précédentes qui ont eu lieu en Grande-Bretagne ont été contrôlées de cette manière. La plus vieille, créée à l'initiative du Parti communiste, en 1965, n'a jamais acquis de réelle indépendance par rapport à la bureaucratie syndicale de gauche, et s'est considérablement réduite. Le Comité d'organisation large de gauche (BLOC) a toujours été dominé par la tendance août contre le projet d'annulation de leur "pacte sur l'emploi". Les cheminots ont mis fin, le 27 juillet, à une série de grèves de 24 h débutée en juin.

3) Débutée en septembre comme une grève du zèle (refus de faire des heures supplémentaires et de travailler durant les jours de congé), la grève des 22 500 ambulanciers pour une augmentation salariale est devenue un enjeu national. Aujourd'hui, les ambulanciers n'assurent plus que les urgences. Comme durant la grève des mineurs de 1984/1985, des millions de livres sterling ont été collectés auprès de la population pour apporter un soutien financier aux grévistes et à ceux qui ont été licenciés pour fait de grève.

Page 27

" ET MAINTENANT LE PLUS GRAND POiSON DE TOUS ... L'EAU PRiVATiSÉE!"

Militant (4) et n'a jamais réussi à avoir une réelle implantation. Il a cessé d'avoir un fonctionnement national. Les diverses initiatives de base du Parti socialiste des travailleurs (SWP) britannique ont été abandonnées depuis longtemps, quand le SWP a adopté sa théorie du "tournant" et a renoncé à défier la bureaucratie dans les syndicats.

Cette conférence a discuté de documents de politique d'ensemble qui avaient circulé à l'avance et ont été ouverts aux amendements après des discussions dans les trente-six commissions qui se sont tenues durant le week-

Les thèmes centraux de la conférence étaient : bâtir la lutte contre le nouveau réalisme ; faire face aux lois antisyndicales ; appuyer les travailleurs en lutte ; démocratiser les syndicats. Telles étaient les lignes de partage que la conférence a cherché, avec un certain succès, à dessiner dans le mouvement syndical. Lignes de partage entre les partisans d'une attitude "lutte de classe" dans les syndicats et ceux qui cherchaient à collaborer avec les employeurs et le gouvernement.

Du plus traditionnel au plus novateur

Les résolutions politiques ont englobé tous les thèmes syndicaux traditionnels : les offensives des employeurs ; la santé et la sécurité ; les nouvelles technologies ; les changements de nature de la force de travail ; les privatisations ; la défense du service national de santé ; la lutte pour des salaires plus élevés et la défense des conditions de travail. Les textes ont été particulièrement clairs sur les lois anti-syndicales - le problème clé auquel les syndicats sont confrontés, aujourd'hui, en Grande-Bretagne et l'une des principales lignes de rupture.

« Les socialistes doivent établir la défiance et ne pas se conformer à la politique du mouvement (...) parce que les syndicats continueront à perdre leurs procès tant qu'ils obéiront à ces lois. On ne peut pas prétendre, de manière crédible, qu'un mouvement syndical de neuf millions de membres affiliés au Congrès des syndicats (TUC) n'a pas d'autre alternative que de se plier aux lois des conservateurs. Chaque fois que l'on accepte ces lois, de nouvelles sont instaurées — une nouvelle législation va être introduite dans les prochaines années pour combattre les grèves non officielles et abolir la syndicalisation obligatoire. »

Et la conférence a établi clairement qu'un futur gouvernement travailliste devrait retirer ces lois : « Nous ne pouvons accepter la criminalisation constante des activités syndicales. Nous devons mener campagne pour le rejet total de toute la législation anti-syndicale adoptée par les conservateurs depuis restauration de l'immunité des syndi-

Mais les résolutions sont allées au-delà de ces problèmes classiques. Pour la première fois en Grande-Bretagne, une conférence de cette sorte a essayé de mettre centralement à l'ordre du jour la question des femmes, des Noirs, des homosexuels et des lesbiennes dans les syndicats. Pour la première fois dans une telle conférence, lors du plenum d'ouverture, une oratrice lesbienne était à la tribune. Les résolutions politiques comportent des passages sur l'écologie et les syndicats, l'impôt par tête et les syndicats (5), et des discussions sur des questions internationales, par exemple sur les liens internationaux et sur les effets sur les syndicats britanniques de 1992 et du Marché unique européen.

Quelle attitude vis-a-vis de l'Europe ?

Dans la commission sur le Marché unique européen un débat s'est développé entre ceux qui appuient la résolution politique qui voit 1992 comme une réorganisation du capital à une échelle européenne au détriment de la classe ouvrière européenne tout entière, et ceux qui essayent d'amender cette déclaration avec l'argument suivant : « La concentration et la socialisation du capital symbolisées par le marché représentent une avancée vers l'organisation de la production en créant de nouvelles structures et des liens à travers les frontières nationales qui ne peuvent être, en dernière analyse, que bénéfiques pour les travailleurs qui partagent les mêmes intérêts de classe. »

Cette phrase clé de l'amendement n'a pas été votée. Un troisième axe au débat — l'appui à la souveraineté nationale — n'a été soutenu que par peu de gens. Une discussion sur la construction de liens internationaux, la résistance aux effets du grand marché et la lutte pour une Europe des travailleurs, à l'Est comme à l'Ouest, a également eu lieu.

Bien que le Parti communiste britannique ait appuyé la conférence et y ait tenu un stand, ses membres n'ont pas effectué d'interventions politiques sérieuses et n'ont proposé aucun amendement aux résolutions politiques - qui sont bien plus à gauche que la ligne qu'ils appuient dans les syndicats. Même chose en ce qui concerne les principales organisations d'extrême gauche présentes. Militant ne soutient pas le Mouvement socialiste et était complètement absent ; tandis que le SWP, qui appuie le Mouvement socialiste, n'était représenté qu'en petit nombre (probablement parce qu'il tenait au même moment une conférence nationale). L'organisation d'extrême gauche la plus représentée était Labour Briefing (6).

La conférence a pris certaines initiatives pratiques importantes dans le but de renforcer le travail du Mouvement socialiste dans les syndicats. Un nouveau comité directeur a été élu à partir des réunions régionales de délégués et des regroupements de membres de syndicats individuels. Ce comite a ete charge d'appliquer les décisions de la conférence et d'organiser le travail syndical du Mouvement socialiste, ainsi que la solidarité avec ceux qui sont en lutte.

Diverses autres décisions pratiques de la conférence vont être aussi appliquées, comme les regroupements de membres de plusieurs des syndicats représentés, une conférence sur l'impôt par tête et la probable organisation d'une conférence de la gauche syndicale européenne. Le Mouvement socialiste a prévu de publier les résolutions politiques presque immédiatement, sous forme de brochures à diffuser dans les syndicats. •

Oxford, décembre 1989

4) Tendance d'extrême gauche marxiste du Parti travailliste, se réclamant du trotskysme, regroupée autour du journal The Militant.

5) Le gouvernement britannique est en train de remplacer la taxe d'habitation, proportionnelle à la taille de la demeure, par un impot par tete équivalent pour tous.

6) Labour Briefing est un courant d'extrême gauche du Parti travailliste.

Une erreur sur cette page ?