Les sueurs froides d'Aquino l'approche des échéances nord-américaines doit être signé en 1991 et que des
A PRECEDENTE tentative de coup d'Etat remonte Taoût 1987. Un équilibre précaire avait alors été négocié entre l'administration civile et les militaires (voir Inprecor numéro 249 du 21 septembre 1987). Il a duré vingt-sept mois mais n'a pas résisté à l'érosion de la popularité d'Aquino et à électorales de 1992. La décision prise dente de constituer puissante force de police indépendante de l'armée a probablement précipité la crise. Mais c'est avant tout la nature même du régime qui est en cause.
Officiers rebelles
Les officiers rebelles, longtemps silencieux, ont fini par faire connaître leurs exigences : la démission d'Aquino et du gouvernement, la constitution d'une junte militaire, incluant quelques hommes politiques et experts civils. Par delà les luttes de fractions - intenses - au sein de l'état-major et des divergences sur les rythmes et les moyens, une portion grandissante des forces armées semble aspirer à la conquête directe du pouvoir.
Plusieurs milliers de soldats et d'officiers ont participé activement à la dernière tentative de coup d'Etat, dont des corps d'élite comme les marines, très bien armés de chars légers, de mortiers et de mitrailleuses lourdes. Les mutins ont tenu plus d'une semaine des positions au cœur du quartier d'affaires de Makati, dans la capitale, et la base aérienne de Mactan, dans le centre de l'archipel. Selon la presse, ils bénéficiaient « d'un large soutien de la part des diverses unités militaires dans le pays» (1). A Cebu, une île du centre de l'archipel, et dans la province de Cagayan, au nord du pays, ce soutien s'est exprimé très ouvertement.
Le temps n'est plus aux putsch "pressions" ou "coup de semonces", comme celui de juillet 1986. Il s'agit aujourd'hui « d'un véritables soulèvement d'une partie de l'armée » (2). Il semble acquis que les troupes rebelles auraient été victorieuses sans l'intervention des forces nord-américaines: des avions chasseurs ont assuré une couverture aérienne pour aider le régime, le vendredi 1er décembre, alors que l'aviation gouvernementale était paralysée et le palais
PHILIPPINES
LE COUP D'ETAT engagé fin novembre, aux
Philippines, contre le régime Aquino a été défait.
Mais il aura été le plus sérieux des six tentatives de putsch que le pays a connues depuis la chute de la dictature Marcos, en février 1986. Le gouvernement n'a dû son salut, semble-t-il, qu'à l'intervention ouverte des forces américaines. Les conséquences des derniers événements seront graves et durables.
L'instabilité mine l'autorité de la présidente alors qu'un nouveau traité sur la présence des bases élections générales sont prévues pour 1992.
Paul PETITJEAN présidentiel attaqué. La situation était si sérieuse qu'Aquino avait même demandé à Washington de faire bombarder les positions tenues par les mutins - ce que Bush a refusé d'ordonner (3).
L'intervention des forces américaines constitue un très dangereux précédent qui peut aider Washington à justifier une ingérence croissante dans la vie politique de l'archipel. Elle place la présidence
Aquino dans une position de grande faiblesse au moment où la négociation d'un nouveau traité sur la présence de bases américaines doit commencer. Les diverses organisations de la gauche populaire, aux Philippines, ont vivement dénoncé ce recours à l'intervention étrangère alors que la population n'était pas activement mobilisée pour combattre le coup d'Etat.
Les officiers factieux jouent pour leur part sur la corde populiste et nationaliste. Ils dénoncent eux aussi l'intervention américaine et l'incurie du régime, promettant une junte militaire "propre".
Ils se réclament souvent du Mouvement de réforme des Forces armées des Philippines (RAM) qui a préparé, en 1985, un coup d'Etat contre Marcos et qui a participé au renversement de l'ancien régime en 1986. Depuis 1987, il s'attaque à Aquino et se fait l'écho de la désaffection des militaires dénonçant la corruption gouvernementale : « Est-ce pour cela que meurent les soldats ? », demande-t-il. La situation est très dégradée. Le journaliste Philippe Pons a noté que «certains intellectuels, dont l'engagement en faveur des valeurs démocratiques ne fait guère de doute, se disent aujourd'hui favorables à une junte si elle est capable de remédier à l'incurie actuelle »(4). La gauche philippine n'en a pas moins violemment dénoncé le putsch, rejetant sans ambiguïté toute forme de régime militaire. Une vaste coalition s'est formée, regroupée sous le sigle Kilusan Laban sa Kudeta (Kilos, Mouvement contre le coup d'Etat) pour lutter contre le coup d'Etat. L'organisation socialiste Bisig et les Volontaires pour la démocratie populaire en font notamment partie. Kilos a pris l'initiative, avec des secteurs de l'Eglise, d'appeler la population à manifester sur EDSA, l'artère où le soulèvement contre Marcos avait eu lieu, en 1986. Corazon Aquino a "coopté" cette initiative, en la transformant en une manifestation de soutien à sa présidence qui a rassemblé plus de 100 000 personnes.
Ni putschistes, ni répression gouvernementale
L'indépendance politique des organisations populaires s'affirme cependant clairement. Kilos s'oppose notamment à la déclaration par Aquino de l'état d'urgence. En effet, les restrictions des libertés risquent fort de se retourner contre le mouvement de masse. Les organisations clandestines comme le Front national démocratique ont elles aussi condamné la tentative de coup d'Etat ainsi que le recours à l'état d'urgence.
La présidence Aquino sort encore affaiblie de l'épreuve. Alors même que la campagne pour les élections de 1992 n'a pas encore commencé, l'instabilité s'avère plus profonde que jamais, aux Philippines, depuis la chute de Marcos. •
10 décembre 1989
1) Keith Richburg, International Herald Tribune, 9-10 décembre 1989.
2) Philippe Pons, Le Monde, 8 décembre 1989.
3) International Herald Tribune, 4 décembre 1989.
4) Le Monde, 7 décembre 1989.