Inprecor 1974–2004

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Tomski : Sur les grèves

Inprecor n° 3, 31 mars 1977 · p. 39-40 · 1 339 mots

Syndicalisme URSS et Russie Allemagne

Les syndicats ne peuvent avoir une double politique de défense des intérêts des travailleurs. Un syndicat ne peut dire : nous défendons les intérêts des travailleurs salariés dans les entreprises privées mais nous ne les défendons pas dans les entreprises d'Etat. Les gens quitteraient de tels syndicats et ne voudraient plus rien avoir de commun avec eux. Le pouvoir soviétique serait discrédité et les gens diraient : les syndicats défendent les intérêts des travailleurs privées mais ils ne les défendent pas dans les entreprises d'Etat, et les conditions y sont La politique doit être uniforme, de sorte que le travailleur d'une entreprise d'Etat sente qu'il n'est pas dans une situation moins bonne, du point de vue des rapports juridiques, que le travailleur d'une entreprise privée. La question est déterminée par cette approche.

Milioutine a traité des grèves dans les entreprises, dans les corrections qu'il a faites. Que recommande Milioutine ? Que dans les entreprises privées, des grèves puissent avoir lieu, tandis que dans les entreprises d'Etat elles soient considérées comme étant interdites. Il est temps d'abandonner cette approche de fonctionnaire à propos des grèves. Les grèves ont lieu, non pas parce qu'on considère qu'elles sont permises ou interdites, mais elles ont lieu parce qu'elles sont la conséquence de causes nombreuses. Vous pouvez considérer que les grèves sont interdites en principe, par exemple dans la ville de Moscou, mais vous avez ici 30 à 40 grèves par mois, et dans les autres villes vous en avez proportionnellement moins. En ce qui nous concerne, nous considérons que les grèves ne sont pas permises quand elles sont dirigées par des menchéviks qui, en organisant ces grèves, mènent une lutte politique contre

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le pouvoir soviétique. Mais, dans 99 cas sur 100, la politique n'est pas du tout concernée et il s'agit de cas concrets et de questions qui peuvent être arrangées et résolues. Ainsi donc, il ne peut y avoir de dualismé dans la question des grèves, il faut qu'il y ait une seule ligne. Cette ligne doit consister en une définition de la grève comme un moyen dans la lutte pour l'amélioration de la situation économique des travailleurs. Partant de cette approche, on peut dire que la classe ouvrière en Russie est complètement dévouée au développement des forces productives dans le pays, parce que c'est la condition essentielle pour préserver sa dictature. Sans le développement des forces productives du pays, il ne peut y avoir d'amélioration de la situation économique de la classe ouvrière. En même temps, la question du développement des forces productives dans le pays est posée à la classe ouvrière sous une forme particulièrement aigue. Toutes les forces que le pouvoir des soviets utilise pour développer les forces productives du pays sont progressistes, mais bien entendu pas lorsqu'elles entraînent la création de petites boutiques, de cafés, etc. Est-ce que dans de telles circonstances, la classe ouvrière à intérêt à perturber la production, à interrompre ou détruire les forces productives ? Certainement pas. La grève est donc une méthode de lutte inadéquate dans les circonstances économiques données. Mais ceci nous amène à la définition fondamentale de la distinction entre les grèves dans les entreprises d'Etat et les entreprises privées. Qu'est-ce qu'une grève dans une entreprise privée, dans les conditions de dictature du prolétariat ? Sur quelles questions un conflit peut-il se développer ? Sur des questions économiques. A quelles conditions ? Lorsque les capitalistes essaient d'aller au-delà du cadre établi par le pouvoir des soviets et met à profit la situation économique soviétique pour rétablir les anciens rapports, c'est-à-dire lorsqu'une économie contrerévolutionnaire distincte se développe. A ce moment, la classe ouvrière est engagée dans un conflit et les choses peuvent aller jusqu'à la grève. Puisque c'est ainsi, il faut répéter que nous ne permettrons pas le rétablissement des anciens rapports entre Capital et Travail. C'est la première chose. La deuxième chose, c'est la grève dans une entreprise d'Etat. Contre qui est dirigée cette grève ? Contre le pouvoir soviétique ? Non, contre les commis du pouvoir des soviets qui n'ont pas maîtrisé la signification de ce pouvoir et de la dictature du prolétariat, qui ont échappé à son contrôle et qui ne comprennent pas la politique du pouvoir soviétique. A ce stade, le prolétariat tape sur les doigts de ses commis et les remet dans le droit chemin du prolétariat. Le troisième cas, c'est lorsqu'on tente de transformer une grève en arme contre le pouvoir soviétique, c'est-à-dire en action contre-révolutionnaire considérée comme telle par le syndicat, le parti et le pouvoir soviétique. Voilà ce qu'est une grève. On peut toujours dire que dans ce cas vous avez le droit de faire grève, mais qu'est-ce qui vous interdit le droit de grève? D'abord, aucune loi dans la République des soviets n'interdit la grève en tant que telle; et c'est délibéré. Nous n'avons aucune loi contre les grèves. Chez nous, le travailleur

Directeur de publication : J-F. Godchau ne considère pas la grève comme un moyen de lutter, non pas parce que la loi l'interdirait, mais parce qu'il comprend à cause de sa conscience de classe la situation dans laquelle il vit et se bat. Peut-on alors dire qu'il est impossible de faire grève dans les entreprises d'Etat mais possible dans les entreprises privées ? Demandez à n'importe quel travailleur et il vous dira : "S'il est possible d'améliorer la situation au moyen de la grève, alors pourquoi ne pas permettre les grèves dans les entreprises d'Etat ?". Ceci signifie que les travailleurs des entreprises privées sont dans une meilleur position et peuvent faire usage du moyen de lutte le plus efficace. De là découle qu'en ce qui concerne les grèves, nous devons toujours prendre en considération leurs traits principaux, leur caractère, leur essence et les formes de la grève dans chaque cas particulier. Mais si nous reconnaissons que les grèves ne sont pas des méthodes de lutte adaptées à un moment donné ou ne le sont pas pour résoudre les conflits, il en découle toute une série de propositions qui indiquent que dans ce cas, c'est aux syndicats de résoudre ces conflits de façon pacifique, c'est-à-dire au moyen de chambres de conciliation, de cours d'arbitrage ou de quelque chose d'autre. Et c'est seulement alors, lorsqu'il est impossible d'arriver à un accord (ce qui en fait ne peut pas arriver en ce qui concerne les entreprises d'Etat), qu'une grève peut avoir lieu sous le contrôle des organismes syndicaux les plus élevés. Mais c'est alors que d'autres communistes orthodoxes, parmi lesquels on trouve mon vieil ami le camarade Riazanov, sont très embarrassés et disent : "'Excusez-nous, mais Tomski cause comme les Gompers (1), Henderson (2) et Cie; chambres de conciliation, cours d'arbitrage, arbitrages, etc., ce sont les mêmes mots, et les mêmes tactiques dont parlaient Kolokolnikov et Grinevich (3)." C'est presque vrai : les mêmes mots et les mêmes tactiques, seulement dans des circonstances différentes. Legien (4) en Allemagne dit : "La classe ouvrière est intéressée au développement de l'industrie allemande, parce que sans le développement de l'industrie allemande, elle sera au chômage et la situation économique des travailleurs ne pourra s'améliorer; voilà pourquoi la grève, comme méthode de lutte est inadaptée et il est nécessaire de rechercher des solutions pacifiques dans des discussions avec le Capital." C'est de la confusion mentale, parce que dans ce cas, il s'agit du bien-être de l'industrie nationale allemande, de l'industrie bourgeoise, tandis que nous sommes en train de parler dans les conditions de la dictature du prolétariat, et c'est l'affaire de notre industrie soviétique des paysans et des ouvriers. La classe ouvrière est au pouvoir, elle dirige l'industrie et, bien que superficiellement nous disions la même chose que les opportunistes d'Europe de l'Ouest, en fait c'est différent. Voilà pourquoi cette objection ne tient pas. NOTES 1) S. Gompers, 1850-1924, dirigeant syndicaliste américain hostile aux bolchéviks. Fondateur de l'AFL. 2) A. Henderson, 1863-1935, parlementaire britannique connu, dirigeant de la llème Internationale. 3) P.N. Kolokolnikov et V.P. Grinevich (Kogan) étaient des menchéviks actifs dans le mouvement syndical soviétique. 4) Legien, dirigeant droitier des syndicats allemands.

Imprimerie Rotographie, Montreuil

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