Camarades, la résolution du Xème congrès sur les syndicats n'a pas duré jusqu'au Xlème congrès. Quelques-uns parmi nous l'avaient prédit. Qu'est-ce qui, dans la résolution, n'a pas duré? Ce qui n'a pas duré est la partie qui caractérisait l'interaction entre les syndicats et les organes économiques. Qu'est-ce qui est toujours valable ? Est toujours valable la partie qui caractérise le rôle historique général des syndicats en tant qu' "écoles du communisme" tout au long des différentes étapes du développement historique, en commençant dans la société bourgeoise, et à travers les diverses formes transitoires de la dictature du prolétariat sur la voie qui mène au communisme. Cette partie s'est maintenue. Mais, la partie qui, concrètement, est en rapport avec les formes actuelles de la vie économique, caractérise l'interaction entre les syndicats et les organes économiques, et par là même avec l'Etat soviétique en tant que tel, mérite une révision radicale. A propos de cette révision radicale nous avons entendu ici dans les débats deux interprétations, deux explications (je n'ai, malheureusement, pas pu être présent lors du rapport du camarade Tomski, ayant dû détourner mon attention vers des obligations qui n'attendaient guère). Mais, dans le cours des débats le camarade Losovski a parlé d'un tournant radical dans le domaine de notre politique économique qui appelle et appellera de manière toujours plus pressante un tournant radical dans le domaine de la politique syndicale au sens large du mot. Le camarade Riazanov, que nous avons entendu ensuite, a exposé qu'il s'agissait au contraire d'en revenir seulement aux principes invariants qu'il avait proclamés en les années 1917, 1918 et suivantes, à l'encontre des illusionnistes et des ignorants (le camarade Riazanov ne lésine pas avec les expressions fortes !). Voilà deux explications opposées de la nouvelle politique du parti dans le domaine du mouvement syndicai. La première explication: retour vers la voie véritable des principes absolus de Riazanov - "absolus" non pas dans l'acceptation philosophique, mais au sens pratique, c'est-à-dire utiles de manière permanente. L'autre explication : un tournant radical dans le domaine de • la vie économique entraîne un tournant radical dans la politique syndicale. Nous devons opérer un choix entre les deux explications : non seulement pour notre propre usage, mais aussi pour l'Europe. Car nos expériences sont instructives pour l'Europe. Je suis d'avis qu'en l'occurence les paroles du camarade Losovski - à savoir que le tournant en politique économique en appelle un autre dans la politique syndicale - sont correctes. Par quoi avons-nous commencé ? Nous avons commencé, ainsi qu'il était dit hier dans les débats et ainsi que le camarade Lénine l'a dit dans son rapport il y a trois jours, nous avons commencé dans la politique économique par une rupture radicale et irréversible avec le passé bourgeois. Avant, il y avait le marché, nous l'avons aboli; la liberté de commerce a été abolie; la concurrence a été abolie, le calcul commercial a été aboli. Qu'avons-nous mis à leur place ? Le Conseil suprême de l'Economie nationale (Vesenha), suprême et sacré, qui distribue tout, qui organise tout, et qui enfin s'occupe de tout : où vont les machines, où vont les matières, où vont les produits finis - à partir d'un seul centre il décide et répartit tout, à travers ses organes responsables. Nous avons mis fin à l'expérience sur ce point. Pourquoi ? Parce que nous avons eu des difficultés d'exécution ou parce que, comme l'a formulé le camarade Lénine, parce que nous avions un bas niveau culturel... Et si nous ne nous étions pas arrêtés ? Ou si, en d'autres termes, une autre classe ouvrière avait, à un certain stade de sa dictature, eu la possibilité, grâce à sa prépa-
ration sur le plan culturel, de passer à cette suppression étatique et centralisée du marché, de la concurrence, du calcul, de passer à la mise en place du plan économique unique, s'emparant de tout et examinant tout, alors sûrement il n'aurait pu y avoir de place pour une quelconque ambiguité entre les organes syndicaux et les organes économiques. Alors l'étatisation des syndicats et la direction planifiée de l'économie socialiste n'auraient représenté rien d'autre que les deux faces d'un seul et même procès. Par conséquent, où était notre erreur ? L'erreur fut, si l'on parle au point de vue économique - j'ai tâché de montrer hier que ceci était en général et en particulier une inéluctabilité révolutionnaire - mais si nous prenons seulement le niveau économique. Il ne pouvait pas, dans les conditions existantes dans le pays, et en l'état actuel de ses capacités, techniques, productives et organisationnelles, construire le socialisme de manière centralisée, mais s'il le faisait et s'il avançait sur cette voie, alors je ne vois personnellement et même aujourd' litique économique qui ne correspondait pas aux conditions existantes. Et c'est pourquoi quand j'avais en février 1920, à la veille du IXème congrès, proposé de passer de la répartition à l'impôt sur la consommation et de passer aux rapports contractuels dans la production, obtenant sur cette question 4 voix contre 11 au Comité central, et après que ma proposition avait été battue, j'en ai conclu la nécessité d'un tournant vers l'abolition de la dualité dans la direction économique, c'est-à-dire en vue d'étatiser plus énergiquement et plus rapidement les syndicats. Et ceci fut une conclusion correcte. Si nous voulons tirer une conclusion pour nous et pour l'Europe sur la base de la nouvelle politique, cela ne peut en aucun cas se faire dans l'esprit métaphysique du camarade Riazanov sur les vérités syndicales intangibles, quand il nous démontre que sinon tout au long de 36 années, ou tout au moins à partir de 1918... (interruption de Riazanov : "c'est justement ce que je répète depuis 4 ans"). Bien entendu, on peut répéter la même chose pendant quatre années, si la situation à laquelle répond ce que l'on affirme ne se modifie pas. Mais l'essentiel réside dans ce qui a changé, comme l'a dit Losovski, dans le changement brusque sur le plan des méthodes de l'organisation de l'économie socialiste, et les méthodes de travail syndical pour le prolétariat sont liées aux méthodes de l'organisation économique. C'est l'essentiel. Et l'erreur de Riazanov réside en ceci, que pendant ces quatre années un grand revirement s'est opéré, alors qu'il ne le remarque pas et l'écarte. Je dirais même plus : après que nous ayons opéré ce profond revirement économique, d'où résultait la nécessité de modifier la politique syndicale, le Comité central, à cause de la force d'inertie, s'est efforcé de conserver la vieille politique syndicale. On éprouve le sentiment que sur le plan économique nous n'étions pas bien sur nos pieds (1); le parti, dans la résolution du Xème congrès sur les syndicats formula cette pensée ainsi : diriger l'économie est au-dessus des forces des syndicats, mais les fondements économiques de cette direction ne sont pas mis en question.
La direction centralisée à travers les syndicats n'est pas possible, dit le congrès, sans toucher à la direction par la "Vesenha" omnipotente. D'où la contradiction et l'ambiguité de la résolution du Xème congrès qui ne nous a pas été utile pendant même une année. Par inertie, le Comité central n'a pas lié la politique syndicale à l'organisation de l'économie au cours de l'année dernière, quand pourtant il se dirigeait déjà vers la formulation de la nouvelle politique économique. Prenez la décision du Conseil des Commissaires du Peuple (Sovnarkom) d'août de l'an dernier. La décision du "Sovnarkom", publiée le 11 août 1921, a parlé pour la première fois de la nouvelle politique très clairement et avec précision, en formulant ses principes ou, si vous voulez, non pas clairement et précisément mais plus clairement et plus précisément qu'auparavant. Depuis elle nous avons fait un pas en avant. Le point 2 de cette décision dit : "Lors de l'application du nouveau cours de la politique économique il est indispensable d'associer avec plus de décision encore les syndicats dans l'organisation de la production étatisée et, à travers eux, les travailleurs eux-mêmes, à la prise de décision dans l'organisation de la gestion de l'économie, du travail, etc...". Associer avec plus de décision... Voilà l'erreur ! Alors que, dans la pratique, même la rénumération du travail, sa réglementation, en fait et concrètement, passaient aux mains de la direction, nous disions dans la décision qu'il fallait "encore plus associer les syndicats" à l'organisation de la gestion dans les conditions de la nouvelle politique économique. C'était en août 1921. Quelques camarades m'ont demandé comment je pouvais faire bon acceuil aux nouvelles thèses. Mais elles découlent entièrement de ma position ancienne. Je me permets de vous révéler que je me suis opposé à cette deuxième thèse de la décision d'août, quand elle fut soumise au CC. "Etant donné que le cours économique nouveau consiste en un retour aux principes commerciaux dans un nombre considérable d'entreprises et en un rétablissement, dans certaines limites, de la liberté du marché, l'évolution des syndicats en direction de leur étatisation doit non seulement connaître un arrêt, mais doit même être inversée" • (8 août 1921). Voilà ce que j'ai proposé. Ceci fut rejeté par le CC. Ce fait lourd de poids, je l'avance afin de montrer que c'est seulement dans les rapports concrets entre la politique syndicale avec les formes d'organisation de l'économie que nous pouvons trouver la clé de notre question, et non dans les principes généraux qui seraient valables pour toutes les étapes de la croissance économique. Il est vrai que Larin a dit à ce sujet que la mise en location n'a pas de signification; le bail, la concession et tout cela ne jouent pas de rôle, surtout parce que, à ce qu'il dit, ils ne peuvent avoir la signification que nous devons faire la guerre à la bourgeoisie. Mais l'Allemagne et l'Angleterre ne se sont-elles pas combattues et ne vont-elles pas aspirer à se combattre? Et, dans les intervalles entre les guerres, qui sont liées à la confiscation des entreprises industrielles ennemies, ils installent quand même des entreprises les uns chez les autres. Les réformistes nous disaient auparavant que l'internationalisation du capital excluait les guerres, qu'il n'y aurait pas de guerre, parce que le capital anglais s'investissait dans les en-
treprises en Allemagne, parce que beaucoup de capital français s'investissait dans les entreprises en Angleterre, etc... Et nous, révolutionnaires, nous disions que c'était une absurdité. L'internationalisation du capital fait reculer la guerre; c'est vrai, mais en même temps elle aiguise les contradictions et donne aux guerres un caractère catastrophique. La même chose est valable dans les rapports entre l'Europe bougeoise et nous. L'erreur fondamentale du camarade Larin est cependant ailleurs : déduction faite des entreprises lovées ou concédées qui sont peu nombreuses, de la nouvelle politique économique il demeure le "¡eu" du marché des entreprises d'Etat entre elles. Effectivement, si vous prenez le numéro des "Izvestia" à la page 4, vous y lirez des annonces de Mostorg, du Gum et d'autres entreprises d'Etat. Elles commencent les unes avec les autres. Ce sont toutes de annonces de l'Etat, car il n'y a presque pas d'annonces privées. Les annonces reflètent notre économie. Qu'est-ce que cela signifie ? Si on supprimait la quatrième page des "Izvestia", ces entreprises seraient seulement en rapport par la voie des bureaux, comme c'était le cas auparavant, et leurs comptes mutuels seraient réglés par des ordres et non par la voie de la monnaie soviétique. C'est aussi simple que cela ! Est-il possible que ce soit l'issue correcte ? Non, ce serait funeste. La question ne consiste pas pour le moment dans les mises en location (les proportions qu'elles prendront dépendront de la marche du développement), mais elle consiste en ce que l'idée utopique de l'orientation centralisée et statistique à partir du centre, de la comptabilité générale, dela répartition, de la construction, de l'approvisionnement, etc... a été remise à une prochaine période. Le trust, l'usine, la fabrique, le sovnarkhoz provincial s'orientent eux-mêmes : ils flairent, ils cherchent ce qui existe dans l'Etat soviétique, ils achètent; celui qui peut acheter sera le plus fort. Et le sovnarkhoz provincial de Moscou et celui de Petersbourg ont beau occuper la même place dans la hiérarchie soviétique, si l'un a aujourd'hui de l'argent et l'autre pas, l'un sera approvisionné, l'autre pas. L'orientation vers le marché, l'orientation en direction du calcul commercial, et non plus la voie des comptes centralisés; telle est la nécessité absolue de l'étape transitoire. Mais cette nécessité absolue de l'étape transitoire exclut la possibilité de la participation pratique des syndicats à la direction des entreprises. Nous avons parlé dans le passé, dans la résolution du Xème congrès, non pas de la direction, mais d'une participation informelle, semant ainsi la confusion. Aujourd'hui, cela ne peut plus se faire. La tâche consiste à manœuvrer sur le marché. Dans la mesure où nous tentions de rompre directement et d'un seul coup le passé marchand, dans la mesure où nous tentions d'embrasser en une fois l'économie de manière centralisée, aucun spécialiste ne pouvait nous enseigner ces méthodes - il ne les connaissait pas. Là, on ne pouvait construire qu'à travers les syndicats. Eux non plus ne savaient pas, mais pour eux, ou au moins pour leurs dirigeants, la position de principe était claire. Mais maintenant, alors que nous opérons une sortie sur le marché, nous ne pouvons pas "admettre" les syndicats dans la gestion de la production; Rockefeller ne placera-t-il pas ses capitaux dans un autre trust - non, ce n'est pas pour cela... La raison est autre. Nous sommes sûrs que Tomski défendra bien les intérêts de la classe ouvrière contre Rockefeller, mais nous sommes sûrs également que Rockefeller fera mordre la poussière à Tomski en 5 minutes sur le terrain de la spéculation et des manœuvres sur le marché - de cela nous n'avons pas le moindre doute. Maintenant nous devons apprendre de lui, de Rockefeller. Mais ceci signifie manœuvrer quotidiennement et est absolument incompatible non seulement avec une direction de l'économie par les syndicats, mais même avec un contrôle pratique des syndicats sur les activités courantes et pratiques des organes économiques. Naturellement, un contrôle est possible à travers les institutions générales de l'Etat, un contrôle de l'opinion publique de la classe ouvrière, mais pratiquement le contrôle quotidien de ces manipulations sur le marché n'est pas possible. Voilà l'essence du problème. La question du camarade Riazanov est liée à ceci : quels rapports y a-t-il entre la question programmatique concernant les syndicats et le petit incident à la gestion du système des eaux de Moscou, le conflit entre un groupe de travailleurs et un spécialiste. Le spécialiste s'est pendu et les travailleurs sont traduits en justice. Leur comportement - dit Riazanov - n'est que le fruit de vos propres erreurs. C'est fort possible. Mais ceci ne change rien au contenu de l'affaire. L'arrêt et le procès lui-même constituent un violent rappel à l'ordre adressé par l'avant-garde de la classe ouvrière à la classe dans son ensemble. Ceci montre à nouveau que nous sommes beaucoup trop incultes - car c'est à cela que nous avons réduit l'affaire dans notre dernière analyse - c'est-à-dire que nous n'avons pas su construire une économie socialiste par la voie centralisée sur la base de nos seules forces communistes, et que nous sommes forcés d'assimiler les méthodes d'organisation capitalistes, la voie du calcul, de la concurrence, des annonces dans les "Izvestia" , etc...; nous sommes forcés d'apprendre des bourgeois et des spécialistes bourgeois dans cette maudite sphère commerciale, ce serait ridicule de nier, en liaison avec cela, l'augmentation du rôle et de la signification des spécialistes bourgeois dans l'époque transitoire actuelle de notre société. Bien entendu, le spécialiste tente de se donner de l'importance, et nous, naturellement, le remettons à temps à sa place. Et nous devons dire aux ouvriers les plus arriérés que les spécialistes nous sont indispensables pour le moment; bien entendu, sans nous il est perdu, il est obligé de nous servir, mais nous sommes obligés de le placer dans de telles conditions qu'il puisse nous servir. Et alors, ce qui s'est passé aux eaux de Moscou, quelle signification cela a-t-il ? Ceci : parmi ces camarades qui se trouvaient là, non seulement il n'y avait pas le minimum culturel indispensable à ce qu'ils puissent prendre la distribution de l'eau en main, mais il n'y avait pas non plus le niveau culturel qui leur aurait permis de se dire : "l'ai suffisamment de force pour prendre le pouvoir à la distribution des eaux, mais pas assez de préparation et d'éducation pour gérer la distribution des eaux" - les compétences techniques ou commerciales, comme vous voulez. Ceci, naturellement, a une signification moins grande que de gérer soi-même, mais il est déjà impor-
Tomski : Sur les grèves tant que les travailleurs se disent consciemment : "je ne peux pas tout faire, et pour cela je prends un spécialiste et je le place dans certaines conditions" • Si ce niveau-là n'est même pas atteint, tout est encore pire. Et le parti leur crie sévèrement : Camarades, si lors de la retraite vers une nouvelle ligne de défense où nous devons rester en place coûte que coûte au risque de retomber en direction du capitalisme dans des conditions bien pires, c'est-à-dire dans celles de l'asservissement colonial; si lors de ce passage à cette nouvelle ligne, vous ne trouvez pas en vous l'énergie intérieure, la compréhension et la culture politique pour mettre tout en œuvre, les instruments et les méthodes indispensables pour nous maintenir sur cette ligne de défense - alors nous sommes perdus. De là le jugement sévère. En vérité, ne nous comportions-nous pas ainsi, lorsqu'à l'époque de la retraite de l'armée nous fusillions implacablement les désorganisateurs ? Qui ? Des gredins ? Pas toujours, car il y avait souvent des gars qui s'étaient égarés, qui avaient déraillé... La fusillade était un moyen cruel visant à mettre en garde les autres. Dans le domaine économique il est également indispensable de mettre des moyens sévères en œuvre. Ce n'est pas parce que les spécialistes étrangers auraient peur et ne viendraient pas chez nous, ainsi que le décrit Riazanov; mais parce que nous nous désorganisons nous-mêmes et notre économie si nous nous conduisons avec les spécialistes comme si nous pouvions nous en tirer sans eux. C'est dans cette incompréhension du caractère du moment présent que réside le grand malheur du camarade Riazanov... Je ne sais pas s'il a mérité cette sanction ou une autre (Riazanov : "elle a été prise par vous..."). J'ai omis de mentionner beaucoup de vos actes, probablement, fort louables, en particulier les détails de votre intervention pour laquelle vous avez subi une sanction. Ce n'est qu'aujourd'hui que j'ai entendu de votre part la lecture de votre résolution, et je ne sais pas si c'est uniquement à cause d'elle que vous avez été sanctionné (2). Je ne peux garantir la justesse de la sanction, mais je ne peux prendre sur moi l'initiative de l'estimer injuste. Votre point de vue est erroné. Vous avez écrit un très bon petit livre - "Commentaire du Manifeste communiste". C'est une autre chose. (Riazanov : parce que j'ai eu du temps libre à l'époque de mon éloignement du mouvement syndical). Si c'est ainsi, alors Riazanov prononce contre lui-même la réplique la plus autodestructive que l'on puisse prononcer, parce que les commentaires qu'il a écrits à propos du Manifeste communiste, personne d'entre nous ne peut les écrire. Je ne crois pas qu'il y ait un homme qui connaît la littérature marxiste de manière aussi approfondie que Riazanov - je reconnais votre extraordinaire érudition (3) - mais ceci ne signifie pas qu'il l'applique correctement dans la pratique. (Riazanov : comme un ministre de la guerre dans le domaine de l'économie politique). C'est possible que ce ministre de la guerre ne doive pas écrire des œuvres théoriques dans le domaine politique économique, et s'il le fait quand même, nous le punirons. Nous ne vous punissons pas pour vos commentaires utiles, mais pour vos tentatives d'immortaliser un certain nombre de méthodes que vous appliquez dans le mouvement syndical, indépendamment du caractère des rapports économiques et de la période politique. C'est là qu'est votre énorme erreur. (Traduction Guy Desolre) NOTES (1) Littéralement : "nous n'étions pas à l'aise sur nos pieds" expression signifiant "nous avions un terrain mouvant sous les pieds". (NdT) (2) Il s'agit de la résolution proposée par Riazanov à la réunion de la "fraction" communiste du congrès syndical de mai 1921, résolution pour laquelle il avait été sanctionné. Dans cette résolution, Riazanov proposait que le Parti réduise ses ingérences quotidiennes dans la vie syndicale. Bien que cette proposition découlait clairement des décisions du Xème congrès du Parti bolchevik, Riazanov fut sanctionné parce qu'il n'avait pas à la soumettre au congrès syndical, étant donné qu'il s'agissait d'une directive interne au Parti. (NdT) (3) Littéralement : "je te donne les livres entre les mains" qui signifie : "je m'adresserai à toi à chaque fois que j'ai besoin d'un éclaircissement, car tu es le plus érudit de tous" Source : compte-rendu sténographique du Xlème congrès du PCR(b); Moscou 1961, pages 269 à 275.