Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETAT ESPAGNOL

Campagne d'insoumission

Inprecor n° 300, 12 janvier 1990 · p. 28 · 583 mots

État espagnol

ETAT ESPAGNOL Campagne d'insoumission

Un mouvement antimilitariste actif et radical existe dans l'Etat espagnol depuis 1984, année où le gouvernement du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) a promulgué la Loi d'objection de conscience (LOC). A ce moment, et dans la montée du mouvement anti-OTAN, la LOC a été dénoncée par le mouvement antimilitariste et des milliers de jeunes ont présenté une déclaration collective demandant à être reconnus comme objecteurs sur la base de motifs non permis par la LOC. Sous la pression de ce vaste mouvement, le gouvernement s'est vu obligé de les reconnaître comme objecteurs. De plus, un recours légal contre la LOC a paralysé son application durant presque 4 ans.

Début 1988, le gouvernement cessa d'accepter les nouvelles déclarations collectives qu'il continuait à recevoir et planifia une "amnistie" pour les objecteurs "rebelles" antérieurs à 1988 (qui se concrétisa en décembre 1989). De cette façon, il croyait pouvoir préparer la voie à la mise en place progressive de la prestation sociale [service civil, ndlr] prévue par la LOC, utilisant les objecteurs qui ne refusaient pas de l'accomplir. Face à cette manœuvre, le mouvement, qui avait l'intention de se centrer autour du refus et du boycott de la prestation sociale, s'est vu obligé de modifier sa tactique, et de concentrer la majorité de ses efforts autour d'un refus total du service militaire, et de l'in-

Cela a été la campagne centrale de l'année 1989, qui continuera en 1990. Jusqu'en décembre, près de 400 jeunes des différentes nations de l'Etat espagnol ont manifesté face aux tribunaux militaires leur insoumission à l'armée (si nous y ajoutons les insoumis à la prestation sociale, cela fait presque 500). La réponse du gouvernement et des militaires a été une répression limitée, pour éviter une amplification de l'insoumission et ne pas provoquer une réponse sociale trop forte.

En bref...

Pour cela, pendant que la majorité des insoumis restait en liberté provisoire, quelques uns ont été incarcérés (puis, rapidement remis en liberté). De ce point de vue, on peut dire que le gouvernement a échoué. Le nombre d'insoumis s'est accru et le débat sur le service militaire a surgi dans la société. La grande majorité de la population — en particulier la jeunesse — s'est opposée clairement à l'armée. Et cela a contribué non seulement à délégitimer le service militaire, mais aussi l'armée et tout ce qu'elle représente.

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Les premiers conseils de guerre (le 16 novembre 1989) contre deux insoumis catalans (dont José Maria Moragriega, membre des Jeunesses communistes révolutionnaires) a aussi été contre-productive pour le gouvernement, car elle a surtout servi à amplifier la question: le mouvement a obtenu de nouveaux appuis sociaux et un plus grand écho dans les médias. De plus, d'importantes mobilisations étudiantes ont eu lieu. Les deux insoumis ont été condamnés à 13 mois de prison, mais ils restent pour le moment en liberté provisoire car ils ont présenté un recours. Cependant, cela n'a pas conduit le mouvement a se relâcher, bien au contraire. La menace de la répression n'a pas disparu et, de plus, le mouvement anti-militariste va être à l'offensive, en renforçant le mouvement et ses appuis, en nous mobilisant dans la rue, en profitant du fait que le gouvernement se trouve aujourd'hui dans une situation difficile. Pour tout cela, l'appui que le mouvement recevra de l'extérieur de l'Etat espagnol sera très utile, spécialement quand, en cas de répression, les ciaux, les organisations révolutionnaires et toutes sortes de personnalités apportent leur soutien aux insoumis et rejettent le gouvernement et les militaires.

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