A l'initiative de divers mouvements pacifistes européens et israéliens, les 29 et 30
Jérusalem. Vendredi 29, près de 3 000 femmes palestiniennes et israéliennes avaient commencé à défiler, quand elles ont été violemment attaquées par les
Israéliens, Palestiniens et Européens qui a traversé Jérusalem-Est avant, là aussi,
Nous avons joint au téléphone, à Jérusalem, notre camarade Michel Warshawski, pour faire le point sur ces rassemblements, les plus importants du genre depuis le
Israël à l'heure de l'Intifada décembre derniers ont été placés sous le thème "1990, année de la paix"
forces de l'ordre. Samedi 30, c'est une manifestation de plus de 20 000 d'être brutalement dispersée par la police (1).
début de l'Intifada, qui marquent un tournant dans la vie politique de l'Etat d'Israël.
INPRECOR : La presse a beaucoup insisté sur le fait que pour la "première" fois des Palestiniens étaient présents aux côtés des Israéliens dans de telles manifestations pour la paix.
Qu'est-ce qui explique le fait que les
Palestiniens aient choisi d'utiliser cette forme d'action?
Michel WARSHAWSKI : Tout d'abord, ce n'est pas la première fois.
Déjà en 1987, le Comité pour la même terre, une organisation mixte israélo- palestinienne, avait tenté avec un succès partiel d'organiser des manifestations de masse où Israéliens et Palestiniens se retrouvaient ensemble. C'est précisément après le succès, même s'il était partiel, des premières marches, que les autorités ont décidé d'interdire, y compris au niveau de la Cour suprême, les manifestations ce type, arguant qu'elles font le jeu de l'OLP. Ce qui est nouveau aujourd'hui, c'est non pas que les Palestiniens soient prêts à participer à une telle manifestation, mais que "La paix maintenant" (2) ait accepté de se joindre à l'initiative et que la marche traverse Jérusalem-Est, la Jérusalem arabe, offrant ainsi un cadre légal permettant aux Palestiniens de manifester. C'est précisément ce que nous espérions faire dans le passé. Ainsi, la nouveauté ce n'est pas la présence massive des Palestiniens, et donc un tournant politique de leur part, mais bien un tournant politique de "La paix maintenant".
• Pourquoi ce tournant a-t-il lieu aujourd'hui?
Cela se situe dans le cadre de l'évolution politique générale de ce mouvement et s'explique par deux facteurs principaux. Aux yeux des formations européennes, cette initiative se devait d'être mixte. Ce sont les mouvements de paix européens qui ont mis "La paix maintenant" au pied du mur, en lui disant que c'était à prendre ou à laisser. Les organisations pacifistes israéliennes plus radicales que "La paix maintenant" lui ont laissé le champ libre afin qu'elle prenne ses responsabilités. Il faut lier ceci au second facteur, celui des relations qui se tissent entre "La paix maintenant" et, d'une façon générale, les formations politiques israéliennes modérées d'une part, et la direction nationale publique dans les territoires occupés d'autre part.
Ce que les dirigeants de "La paix maintenant" n'ont peut-être pas saisi immédiatement, c'est qu'il ne s'agissait pas d'avoir simplement une délégation de Palestiniens dans la manifestation, mais bien que des milliers et des milliers de Palestiniens viennent s'y joindre spontanément, sans être encadrés par une organisation, comme cela s'est passé.
1) Durant les deux manifestations, il y a eu une soixantaine de personnes arrêtées au total, qui ont presque toutes été relâchées peu après ; lundi 1er I ne restait que deux personnes en détention, qui ont été libérées le lendemain. On compte environ une cinquantaine de blessés, dont deux graves, une Européenne et un Palestinien.
2) "La paix maintenant" est un mouvement paci fiste israélien, en affinité avec les colombes du Parti travailliste, né en opposition à l'intransigeance du Likoud, le bloc de la droite sioniste au pouvoir depuis 1977, face aux propositions égyptiennes de paix globale. Ce mouvement a connu son apogée lors des manifestations contre l'invasion du Liban par Israël en 1982,
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• De nouvelles manifestations du même type sont-elles prévues?
Non, pas pour l'instant. Ce sont les Européens qui ont servi de catalyseur pour ces quelques journées de manifestation pour la paix. Une fois eux partis, on lèche ses blessures, on se repose, on tire des bilans. Il y a dans l'air l'idée de la création d'un comité permanent qui regrouperait les formations européennes, des représentants du mouvement national palestinien, "La paix maintenant" et les organisations militantes en Israël pour donner un prolongement à cette initiative. Mais ce sera encore long à négocier.
• L'Intifada a célébré récemment son deuxième anniversaire. Comment juges-tu son impact sur la société israélienne?
Après deux ans, on peut affirmer avec une certitude absolue qu'il existe un phénomène d'usure dans la société israélienne dû à l'Intifada, face à un soulèvement qui se maintient et dont rien ne laisse présager qu'il va s'arrêter ou connaître un recul. Il n'y a pas aujourd'hui en Israël de manifestations spectaculaires de dizaines ou de centaines de milliers d'Israéliens : l'impact de l'Intifada ne se ressent pas à ce niveau-là, mais bien plus dans le vécu général du corps social. On observe une fatigue, une nervosité dans la société et au sein même de la classe dirigeante. Le dernier scandale Weizman en est une preuve, le gouvernement ayant complètement perdu les pédales à ce sujet (2).
• Quel est le moral de l'armée face à la répression de l'Intifada ?
Le taux de refus de servir dans les territoires occupés reste plus ou moins le même ; on en est arrivé au centième soldat de réserve ayant refusé de servir. C'est d'ailleurs un militant de notre organisation. Mais, ce qui est plus significatif à mon avis, ou au moins aussi significatif, c'est le pourcentage grandissant de soldats qui se "débinent", c'est-à-dire qui ne refusent pas ouvertement de partir, mais en ont assez et recherchent toutes sortes de "combines" pour éviter d'y aller. On avait déjà assisté à cela pendant la guerre du Liban, quand l'armée israélienne avait commencé à s'y installer, de même comme ça...»
C'est une des raisons pour lesquelles l'état-major essaye d'utiliser moins d'unités de réserve et davantage de conscrits. Mais alors se pose un autre type de problème, vu que les conscrits font partie d'unités combattantes qui sont enlevées de leurs tâches et de leurs entraînements ; ce qui, à long terme, hypothèque l'efficacité militaire de l'armée israélienne.
• Shamir semblait penser que la fermeté dans l'affaire Weizman serait payante car, selon diverses sources, la majorité de la population israélienne serait favorable à une répression plus dure contre les Palestiniens.
Les sondages disent tout et son contraire à ce sujet : ils révèlent qu'une grande majorité d'Israéliens se prononce pour la fermeté et pour déporter les Palestiniens, mais aussi qu'une majorité égale en importance dit qu'il faut négocier avec l'OLP. Je crois que ce qui explique les contradictions apparentes des sondages et qu'il faut absolument comprendre, c'est da, se débarrasser des Palestiniens, si c'était possible... mais, que si c'est impossible, vu qu'"'il y en a marre", autant négocier avec l'OLP pour arriver à une solution.
• A ton avis, crois-tu que le gouvernement israélien sera obligé de négocier à court ou à moyen terme sous la pression de l'Intifada et également de ses alliés américains ?
De toute manière, ils négocient déjà. L'affaire Weizman en est un exemple. Ils négocient à l'intérieur, ils négocient indirectement par le biais des Etats-Unis et de l'Egypte à l'extérieur et parfois, secrètement, directement. Maintenant, si la question est de savoir si les petits pas en avant réalisés au cours de l'année passée vont conduire rapidement à une nouvelle étape dans la gestion du dossier, je serais prudent. Le gouvernement israélien est expert pour manœuvrer afin de gagner du temps, faire traîner les choses, aller de commission en commission, etc. Comme
DOSSIER PALESTINE = les Etats-Unis sont occupés principalement aujourd'hui par les événements en Europe, d'une part, et par l'Amérique centrale de l'autre, le gouvernement peut raisonnablement espérer que s'il ne dit pas un "non" absolu, ce qui serait un manque de tact par rapport aux Etats-Unis, il peut continuer à gagner du temps.
• La situation actuelle peut-elle cependant durer indéfiniment, vu le
"ras-le-bol" de la société et le pourrissement de la situation dont tu parlais tout à l'heure ?
Cela peut encore continuer ainsi. Le ras-le-bol existe, mais le prix à payer par la population israélienne n'est pas assez grand pour qu'apparaisse un courant d'opinion suffisamment fort pour obliger le gouvernement à changer de cours.
• Quelles sont les perspectives politiques dont vous disposez en ce moment?
Les manifestations de la fin 1989 ont confirmé à une grande échelle qu'une autre façon de faire de la politique se dessine. Je veux dire que ce qui, à l'origine, était le fait d'une toute petite minorité dans le mouvement de la paix israélien, à savoir la coopération israélo-palestinienne, commence à être repris aujourd'hui, y compris par "La paix maintenant" et par la majorité du mouvement pacifiste. La manifestation de femmes du 29 décembre a été organisée conjointement, après des mois de travail en commun, par les organisations de femmes palestiniennes des territoires occupés et les organisations de femmes israéliennes pour la paix. La manifestation de "La paix maintenant" a été coordonnée entre Israéliens et Palestiniens. Nous en sommes à une nouvelle étape, à un pas en avant qualitatif dans un mouvement de la paix qui ne se contente plus de protester, mais place au centre de ses préoccupations, d'une part la coopération israélo-palestinienne, et de l'autre la solidarité. *
7 janvier 1990 Propos recueillis par Natacha Marly
3) Le 30 décembre dernier, Ezer Weizman, ministre travailliste de la Science dans le gouvernement israélien de coalition, a été sommé de quitter son poste par Itzhak Shamir, Premier ministre issu du Likoud, car il aurait eu des contact directs avec de "hauts responsables" de l'OLP, ce qui est interdit par une loi votée en 1986. Après diverses tractations entre travaillistes et Likoud, et devant la menace d'un éclatement de la coalition qui aurait conduit à la convocation de nouvelles élections, Shamir a finalement cédé et Weizman est resté au gouvernement.
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