AVEC cette nouvelle action interventionniste, les Etats-Unis montrent clairement qu'ils sont absolument indifférents au respect du droit international établissant la libre auto-détermination des peuples et menacent sérieusement toute possibilité de trouver une paix durable dans la déjà conflictuelle région centra-
Cette nouvelle action guerrière de l'impérialisme se situe dans le cadre de la politique du "gros bâton" appliquée depuis l'époque du président Monroe : les Etats-Unis s'auto-proclament "gardiens de la démocratie" et s'arrogent le droit d'enlever et de remettre des gouvernants selon les intérêts du grand capital. Dans ce sens, le nom donné à l'invasion de Panama — "Juste cause" — n'est pas anodin; au contraire, il contient une charge idéologique énorme.
C'est la dixième fois dans ce siècle que l'impérialisme nord-américain envahit ou occupe le territoire panaméen. Or cela n'a changé en rien la situation de pauvreté et d'injustice sociale de la population, d'où le ridicule du discours de Bush qui agirait pour "rétablir la démocratie dans ce pays. L'argument invoquant la lutte contre la corruption du gouvernement est tout aussi absurde, quand c'est justement par la corruption, que l'impérialisme a cherché à éviter depuis le début toute tentative de résistance civile, en offrant une poignée de dollars à ceux qui rendraient leurs armes ou donneraient des informations sur les cachettes des fonctionnaires liés à Noriega.
Plus de 300 soldats panaméens ont perdu la vie, auxquels on doit ajouter au moins 2000 civils assassinés impunément par les troupes d'occupation. George Bush est le responsable direct de ces crimes. Il est également responsable des dommages matériels, déjà évalués à plus de trois milliards de dollars. Il est responsable des actes de violations et d'humiliation commis contre l'ambassade nicaraguayenne à Panama et contre des centai-
PANAMA
L'invasion de la République de
Panama par les troupes nord-américaines, ordonnée par le gouvernement impérialiste de George
Bush le 20 décembre dernier, constitue un coup dur pour les espoirs de paix des peuples d'Amérique latine.
Alfonso MORO nes de civils sans défense. Enfin, il est responsable de l'arrestation et de l'emprisonnement de plus de 5 000 panaméens qui ont été transférés à la pointe du fusil dans des prisons inconnues, sans que l'on connaisse leur situation actuelle et parmi lesquels se trouvent nombre de militants sociaux et révolutionnaires de ce pays.
Quant à la situation du dictateur Manuel Noriega, il y a peu de choses à ajouter. Son rôle d'informateur de l'Agence centrale d'intelligence (CIA) depuis au moins 1976, précisément à l'époque où Bush était responsable de cet organisme méprisable, est connue; tout comme sa participation au transit d'armes pour la Contra nicaraguayenne. Noriega est le produit direct des écoles de contre-guérilla qui fonctionnent aux Etats-Unis, c'est là qu'il a appris la plupart des méthodes de contrôle de la population qu'il a appliqué durant son gouvernement.
L'impérialisme nord-américain a employé pour son invasion tous les recours techniques que lui offre l'industrie militaire (notamment le nouveau bombardier Stealth), ainsi que les opérations de déploiement rapide conçues par les stratèges du Pentagone pour renforcer la doctrine militaire connue sous l'appellation "Conflits de basse intensité", ce qui pourrait confirmer l'intention impérialiste de ne pas limiter son agression au Panama.
Aussitôt que l'invasion a commencé, les propres forces d'occupation yankees se sont chargées de transporter Guillermo Endara dans l'une de leurs onze bases militaires sur le territoire panaméen. C'est là, en plein déploiement des troupes d'invasion que ce candidat à la présidence de la République lors de l'élection de mai dernier (élection annulée par Noriega et caractérisée par son caractère ouvertement frauduleux), est devenu président de Panama. Comment attendre de lui autre
COLOMBI chose que de la servilité vis-à-vis de son patron impérialiste ? Ainsi, il a très rapidement fait une déclaration publique contre les gouvernements du Nicaragua et de Cuba, les menaçant de rompre les relations diplomatiques s'ils ne reconnaissaient pas immédiatement son gouvernement. Un peuple n'a guère à espérer de changements de la part de quelqu'un qui accepte d'être nommé président dans un territoire occupé, alors qu'on est en train de massacrer la population ; de quelqu'un qui a rejeté toute possibilité de juger Noriega sur le territoire panaméen, en arguant que les garanties juridiques suffisantes n'existaient pas.
Cette nouvelle escalade interventionniste a eu lieu seulement quelques semaines après la rencontre de Malte entre Bush et Gorbatchev. Le fait que Bush ait décidé de lancer l'invasion maintenant serait alors lié à son désir de montrer clairement que l'Amérique latine continue à être 1'"arrière-cour" de l'impérialisme.
Le débarquement des 24 000 marines doit aussi être compris comme une agression ouvertement provocatrice qui cherche à apporter la mort et la désolation à l'ensemble de la région. Il n'est pas surprenant que le seul président latino-américain ayant appuyé ouvertement l'intervention soit le salvadorien Cristiani. Pour les forces démocratiques et révolutionnaires, l'invasion de Panama doit représenter un signal d'alerte. Il est clair que le prochain objectif impérialiste sera la révolution nicaraguayenne ou salvadorienne.
L'arrivée à échéance du délai établi par les accords Torrijos-Carter de 1977, selon lesquels le canal de Panama devra passer à l'administration exclusive de ce pays dès 2000 est remise en question par l'invasion de décembre; l'intervention impérialiste hypothèque l'engagement de l'administration nord-américaine à respecter ces accords. Ce sera sans doute le coût le plus lourd payé par le peuple panaméen. De ce fait, il est urgent de mobiliser toutes les forces afin d'exiger la sortie des troupes d'occupation du territoire panaméen. Il n'y a que le peuple de Panama qui ait le droit de décider de son destin. *
10 janvier 1990