Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AMERIQUE CENTRALE

Un coup contre la révolution salvadorienne

· Inprecor n° 300, 12 janvier 1990 · p. 15 · 776 mots

El Salvador Nicaragua

LE 5 DECEMBRE dernier, à Managua, lors du meeting d'ouverture formelle de la campagne électorale du FSLN, et devant une foule enthousiaste, Daniel Ortega a renouvelé ses engagements de solidarité vis-à-vis du FMLN, et de fermeté dans le cadre de la renégociation sur le démantèlement de la Contra. Acte courageux et cohérent pour de nombreuses raisons : en premier lieu, la campagne électorale du FSLN est basée sur la recherche d'un appui actif de la population à l'identité la plus clairement révolutionnaire et internationaliste du sandinisme C'est la conscience populaire nécessaire pour faire face à la situation extrêmement difficile du pays. Et, enfin, l'offensive militaire du FMLN avait créé un large mouvement d'appui et d'espoir chez le peuple nicaraguayen et avait renforcé son moral.

Le FMLN "terroriste" ? Qu'a-t-il pu se passer entre le 5 et le 12 pour qu'Ortega appose sa signature au bas d'un document ayant une signification totalement contraire à ses paroles ? Ortega n'est pas un démagogue et nous ne pouvons accepter qu'il ait tout simplement trompé son peuple. Mais franchement, même en comptant avec les pressions que les Etats-Unis et l'Union soviétique ont pu exercer (cette dernière, juste avant le sommet, a répété qu'elle avait arrêté d'envoyer des armes au Nicaragua), même en acceptant que la diplomatie est une variante de la politique basée sur l'astuce et la ruse de l'adversaire (le FSLN a d'ailleurs été, jusqu'à présent, un maître en la matière), nous ne pouvons comprendre ce qui s'est passé à San Isidro.

Etait-il réellement nécessaire qu'Ortega signe au bas d'un papier qui reproduit en tous points la version du président Cristiani sur la guerre au Salvador ? Etait-il indispensable, de ne plus seulement assimiler le FMLN à la Contra, mais de qualifier ses actions de "terroristes", d'exprimer un appui décidé à Cristiani, de ne

AMERIQUE CENTRALE salvadorienne

A l'issue d'un sommet extraordinaire, les 11 et 12 décembre au

Costa Rica, les cinq présidents centraméricains ont signé une résolution qui, entre autre, condamne explicitement l'activité du

Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN)

salvadorien. Ce sommet a représenté, point par point, la version en négatif de ce qui s'était déroulé à Tela, il y a quelques mois à peine (1), et qui avait constitué un succès important pour les forces révolutionnaires. Face à cela, une stupeur et une inquiétude justifiées se sont faites jour dans les rangs de la solidarité internationaliste.

Miguel ROMERO donner qu'une seule référence à la violence contre la population civile salvadorienne, en l'imputant au FMLN? Est-ce que tout ceci trouve une justification quelconque dans la requête inutile au gouvernement Bush de remettre les fonds d'aide à la Contra à travers la Commission internationale d'appui et de vérification

(CIAV) ? N'était-ce pas évident que, quelques minutes après la fin du sommet, l'administration Bush communiquerait qu'elle n'acceptait pas cette recommandation et, en outre, que la Contra devait rester mobilisée « jusqu' aux élections nicara-

Numéro: 177 du 9 Millet 1984 - 12FF

Hc0).

INTERCONTINENTAL PRESS

Défendre la révolution en Amérique centrale contre l'interventionisme US guayennes »? Et, enfin, le gouvernement nicaraguayen croit-il réellement que « tout le monde a gagné quelque chose » lors du sommet de San Isidro ? Ortega croit-il réellement que les résultats du sommet sont favorables au FMLN? Il est douloureux de faire face à tant de questions dont les réponses raisonnables indiqueraient une erreur très grave pour une direction révolutionnaire. Bien sûr, nous ne connaissons rien des arcanes de la diplomatie, ni de ce qu'ont discuté ou vont discuter le FSLN et le FMLN dans les prochains jours. Peut-être que cette défaite va se résoudre d'une façon ou d'une autre.

Une erreur grave

Mais, ce que nous comprenons sans doute le moins est qu'on la présente comme une victoire. Cela, oui, a un rapport avec la diplomatie révolutionnaire. Il n'est pas vrai que ce sommet soit « un coup contre ceux qui sont en faveur de la guerre » comme l'a déclaré Ortega. La vérité, c'est justement le contraire.

Nous craignions que l'offensive du FMLN n'ait pas réussi à affaiblir suffisamment les appuis internationaux de Cristiani. Mais le sommet de San José va plus loin que tout pessimisme. La protestation indignée du FMLN (voir encadré p. 16) reçoit toute notre sympathie et notre appui. Il faut également la comprendre comme un appel tout particulièrement dramatique à la solidarité. Mais, dans l'engagement solidaire, il faut empêcher que l'amertume nous fasse oublier que le peuple nicaraguayen et le FSLN traversent une passe très difficile et que nous devons, par-dessus tout, rester à leurs côtés. *

Combate, 20 décembre 1989

1) Voir Inprecor numéro 293, du 18 septembre 1989.

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