Inprecor 1974–2004

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GRECE

Démission d'un député communiste

· Inprecor n° 301, 26 janvier 1990 · p. 28 · 940 mots

Europe Grèce et Turquie

est la démission du député européen Dimitris Desyllas. Nous publions ci-dessous

Démission d'un député communiste

La crise du parti communiste grec (voir Inprecor numéro 295 du 16 octobre 1989) s'est approfondie après la constitution du gouvernement d'union nationale de Zolotas, le 21 novembre dernier. Une de ses récentes manifestations sa lettre de démission, qui est aussi une dénonciation du Marché commun.

DOCUMENT

LES principales raisons qui m'ont décidé à rompre avec le Parti communiste grec (PCG) et la Coalition de la gauche et du progrès (1) et à me séparer de leur politique se résument en ceci : j'étais d'accord avec la fondation de la coalition et ai fait tout mon possible pour assurer son succès lors des élections de juin et de novembre parce que j'avais confiance dans les engagements et les déclarations du PCG, comme quoi :

1) Cela serait une coalition sociopolitique large pour défendre les intérêts du peuple, lutter pour l'indépendance nationale et proposer une renaissance socialiste et démocratique de la Grèce ;

2) qu'elle avait pour but de promouvoir le rôle indépendant de la gauche par rapport à la banqueroute du système bipartite ;

3) qu'à l'intérieur de la coalition, l'indépendance idéologique, politique, et organisationnelle de chaque force politique, dont bien sûr le PCG, serait assurée.

Malheureusement, la dure réalité des récents développements politiques a prouvé le contraire :

I) La coalition a été essentiellement réduite à un regroupement au sommet, caractérisé par des agissements en coulisses et des décisions de la direction et de quelques personnages publics appartenant au monde politique du passé.

2) La coalition est devenue une force d'appoint pour appuyer et renforcer la politique de la classe dirigeante et les deux

GRECE pôles du système bi-partite, passant l'éponge sur l'image du Parti de la nouvelle démocratie après les élections de juin et sur celle du Parti socialiste pan-héllenique (PASOK) après les élections législatives de novembre.

3) La direction du PCG a aboli, en pratique, l'indépendance idéologique et politique du parti, tandis que simultanément elle pratiquait des expulsions massives, des destitutions, et répandait des calomnies contre des centaines de cadres et de membres du PC et des Jeunesses communistes.

Ainsi, avec le gouvernement de Zolotas, nous avons aujourd'hui atteint, pour la première fois, un total consensus et l'unanimité entre la direction de la Nouvelle démocratie, le PASOK et la Coalition quant aux choix fondamentaux et aux consignes de la Communauté économique européenne (CEE), et, plus généralement, autour de l'offensive néo-conservatrice contre les intérêts du peuple et les buts du mouvement populaire.

La direction du PCG, dans le cadre de la Coalition, a tout particulièrement :

1) Accepté l'intégration militaire de la CEE. Elle n'a même pas demandé le retrait de la demande faite par Papandreou (avec l'accord de la droite) que la Grèce rejoigne l'Union de Europe occidentale, un résidu de la guerre froide, qui impose le maintien et la modernisation des armes nucléaires, malgré un climat international et européen favorisant la promotion de notre indépendance nationale et le retrait des bases américaines.

2) Accepté l'intégration monétaire de la CEE. Ce qui implique un programme d'austérité à long terme, voire permanent, pour les travailleurs, plaçant l'économie sous le "pilotage automatique" de la CEE ; acceptant ainsi la réduction ou la disparition de toute souveraineté nationale dans la gestion de l'économie, des impôts, des crédits et de la politique monétaire. Ce n'est pas par hasard que Delors a déclaré publiquement (et personne ne l'a démenti) que tous les partis grecs étaient d'accord avec l'union économique et monétaire de la CEE. 3) Au lieu d'informer les travailleurs et d'organiser leur lutte contre les formes d'exploitation nouvelles et plus importantes introduites par les multinationales et la CEE avec le marché unique (restrictions de la liberté de négociation collective, contrats à court terme, flexibilité du travail et des salaires, réduction de la sécurité sociale, disparition de bénéfices et de droits acquis, etc.), tout cela a été avancé avec des slogans abstraits sociaux-démocrates sur le "terrain social unifié" de la CEE. La direction du PCG s'est elle-même limitée à demander une "dimension sociale" marché unique et la prétendue "charte des droits sociaux" de la CEE qui est à peine une vague déclaration de vœux pieux sans contenu pratique.

4) A la place de s'opposer aux directives et aux instructions de la CEE concernant la fermeture ou la liquidation des entreprises en difficulté, elle est allée, avec le gouvernement Zolotas, encore plus loin pour les appliquer, avec toutes les répercussions que cela aura sur ceux qui travaillent dans ces secteurs.

5) Elle a réellement conduit au déclin les luttes du syndicat des agriculteurs et du mouvement coopératif et sous-estimé le rôle des propriétaires d'exploitations agricoles petites et moyennes dans la formation des alliances sociales.

Les ouvriers, les agriculteurs, les syndicalistes et les petits commerçants, ainsi que les salariés en général (...) n'ont pas voté pour nous pour que nous n'arrêtions pas de dire "oui" à tout ce que propose

C'est pourquoi, j'ai décidé de me dissocier de cette politique qui se discrédite chaque jour davantage et de devenir un député indépendant. Tout en restant loyal à la signification et au mandat implicite du vote populaire, en tant que membre indépendant de gauche du Parlement européen, je ferai mon possible, aux côtés des ouvriers, des agriculteurs, des salariés, des militants de gauche, ceux de la base du PASOK et de tous les mouvements sociaux pour promouvoir la formation et le développement d'un mouvement militant populaire contre les effets de 1992 et contre la CEE en tant que telle. (...)

Athènes, 28 novembre 1989

1) Coalition entre le PCG et la Gauche héllénique, une scission du PC de l'intérieur.

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