Inprecor 1974–2004

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TURQUIE

Viol licite des prostituées

Inprecor n° 301, 26 janvier 1990 · p. 27 · 588 mots

Grèce et Turquie Femmes

TURQUIE Tu n'est pas encore au courant ? Désormais, on peut en violer trois pour le prix d'une..

La Cour constitutionnelle a entériné, le 10 janvier dernier, la loi numéro 438 du Code pénal turc prévoyant « une réduction de peine des deux tiers en cas de viols ou rapts de prostituées ». C'est la Deuxième chambre correctionnelle de la ville d'Antalya qui avait saisi la Cour constitutionnelle pour qu'elle annule cette loi, jugée contraire au Droit, à la justice et aux droits de l'homme [en l'occurrence de la femme !]. Mais elle n'a pas été suivie par la Cour.

Grâce à cette décision historique de la "Haute cour", ceux qui violent une prostituée n'encourent que le tiers de la peine prévue dans le Code pénal... à condition, bien entendu, qu'ils soient dénoncés, arrêtés, jugés et condamnés, ce qui est loin d'être la règle !

Dans son arrêté, le docte tribunal estime en effet que « le viol ou le rapt d'une femme vertueuse brise irrémédiablement son hon. neur et sa respectabilité dans la société et son entourage. Or, il est difficile de prétendre qu'il en va de même pour une femme qui a choisi la prostitution comme pro-

Dans la mesure où la prostituée a choisi cela comme métier, qu'elle en fait commerce, un tel acte envers une prostituée ne peut porter atteinte à ses libertés sexuelles et personnelles autant qu'à celles d'une femme vertueuse. » La Cour a également précisé que les violeurs de prostituées peuvent « à juste titre, ne pas prendre au sérieux la résistance que leur opposeraient celles la prostitution comme métier ».

Cette décision scandaleuse, qui est un véritable "appel au viol", a suscité une très violente réaction des femmes de toutes catégories et conditions sociales, qui ont inondé la Cour de lettres de toutes des prostituées!»

Viol licite des prostituées SEFER * SEVRET

Tiré de l'hebdomadaire humoristique turc Avni protestation. Les prostituées du bordel d'Izmir ont lancé un appel à la grève. Une prostituée du bordel d'Istanbul a déclaré : « Ces messieurs les juges, où ont-ils donc fait leurs premières expériences sexuelles? Notre seule faute est-elle d'avoir une carte de prostituée? Alors, ils n'ont qu'à inscrire dessus "ces femmes peuvent être violées partout elles se trouvent !" Nous sommes des travailleuses. La prostitution, c'est mon métier ; le bordel, c'est mon lieu de travail. Ils ne font pas tant de chichi quand ils encaissent le montant de nos impôts sur le revenu..» [De tous les "hommes d'affaires", c'est la tenancière d'un bordel d'Istanbul qui détient le record du montant des impôts payés

Le Vice-président de la Cour constitutionnelle qui a voté contre cette décision (ainsi que le Président), a déclaré que « les prostituées sont des femmes et des êtres humains à part entière » et que ce vote entachait la dignité de toutes les femmes. Il a ajouté « qu'à une époque où même le viol conjugal est remis en cause, cette décision relève d'une mentalité primitive que les femmes de notre société n'ont certainement pas méritée. »

Des femmes députés de l'opposition comme du pouvoir, les partis d'opposition, notamment le Parti socialiste et les Verts, ainsi que la Ligue des droits de l'homme ont également protesté contre l'arrêté de la Cour constitutionnelle. Une proposition de loi visant à supprimer toutes les clauses discriminatoires contre les femmes a été déposée au parlement. Les groupes féministes ont aussi réalisé diverses actions pour dénoncer le vote de la Cour, en appelant notamment toutes les femmes à déclarer : « Nous sommes

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