formellement les écrits de Trotsky d'Union soviétique à partir de 1935, et même
Parallèlement, l'histoire a été en permanence réécrite selon les besoins successifs
Aujourd'hui, les bureaucrates voudraient faire endosser toute la responsabilité des falsifications du passé à ceux qui sont morts et enterrés, afin de se blanchir anniversaire de la révolution bolchevique, Gorbatchev lui-même n'a fait que répéter les vieilles calomnies staliniennes (voir encadré p. 21). Mais cette position
= TROTSKY EN URSS marxisme, au mouvement ouvrier et à la révolution. Une paille, quoi...!
La prestation de Youri Afanassiev, lors d'un débat à la télévision française, le 7 novembre dernier, sur le film de Losey L'assassinat de Trotsky, fut particulièrement éclairante. Il tint des propos inédits qu'il renouvela le lendemain, à la radio.
Selon lui, Trotsky, Staline et Lénine participaient d'une même culture. Pour eux, le but était l'essentiel et pour l'atteindre il était possible de tuer des milliers de gens. Bien que plus intelligent que Staline, Trotsky, au pouvoir, aurait eu recours aux mêmes purges. La culture "révolutionnariste" (il n'a pas osé dire "léniniste") est morte avec Trotsky, elle n'a plus aucune perspective. Malgré tout, il faut publier ses œuvres, car c'était un grand journaliste et les Soviétiques doivent le connaître.
Afanassiev a ainsi exprimé ce qu'il pense sans doute depuis longtemps, comme beaucoup d'autres (tels Gorbatchev) qui ne peuvent encore le dire aussi crûment. C'est un libéral sincère et un historien sérieux : il souhaite donc la fin de l'ostracisme qui pèse sur Trotsky. Mais l'opinion qu'il porte sur les idées de Trotsky explique pourquoi l'establishment gorbatchévien ne manifeste aucune hâte à le suivre : rééditer Trotsky à une large échelle, c'est faire découvrir à un lecteur soviétique d'aujourd'hui que dès les années 30, existait une critique sociale de la bureaucratie régnante, autrement plus profonde que celle à laquelle se sont livrés les chantres de la perestroika et qu'elle était issue des rangs mêmes de ces fameux "révolutionnaristes" ! Cette critique demeure dangereusement d'actualité, puisque si les aspects terroristes les plus repoussants du stalinisme ont été abandonnés, le pouvoir politique appartient toujours (pour combien de temps encore ?) à une bureaucratie privilégiée dans l'URSS de Gorbatchev, comme dans celle de Staline.
Le développement de la révolution mondiale est le cadet des soucis de l'un comme il l'était de l'autre, mais la défense des intérêts de la couche dirigeante soviétique revêt des habits neufs. Aux proclamations pseudo-révolutionnaires de jadis, se substitue de plus en plus un discours "raisonnable", réformiste bon teint, "moderne", plus en harmonie avec la pratique de ceux qui le tiennent.
Ni "démon" , ni "Démosthène", Trotsky reste à coup sûr "dérangeant". *
5 février 1990
UNE commission spéciale du Parti communiste d'Union soviétique (PCUS) a été formée, en novembre 1987, pour faire des recherches sur les « répressions des années 30, 40 et du début des années 50 ». Les découvertes de cette commission ont permis d'effectuer les réhabilitations qui ont suivi et qui continuent aujourd'hui. Elles ont été accompagnées de révélations dans tous les domaines, et de la reconnaissance de toutes sortes de crimes de Staline tenus secrets auparavant (1).
Au même moment, les historiens soviétiques ont commencé à examiner les circonstances entourant la disparition des dernières lettres de Lénine, plus connues
1) Citons quelques exemples. Des troïkas -équipes de trois personnes — avaient été constituées pour condamner à mort des millions de travailleurs et de paysans à partir de listes dressées à l'avance par la police de sûreté de l'Etat (NKVD). Les Nouvelles de Moscou du 6 février 1989 parlent d'un massacre à Bukhovna de 200 à 300 000 personnes à la fin des années 30 et des exécutions de la prison d'Orel : une commission officielle a confirmé ce chiffre début 1989. Dans les Nouvelles de Moscou du 21 mai 1989, la responsabilité du ministère de l'Intérieur dans le massacre de milliers d'officiers de l'armée polonaise à Katyn, entre les 2 et 6 juin 1940, est reconnue et les noms d'officiers qui dirigeaient alors le NKVD y sont publiés. Les Nou-
Trotsky dans la presse soviétique
A près une décennie de calomnies et de répression contre Léon Trotsky et l'Opposition de gauche, la bureaucratie stalinienne avait fini par bannir leur simple possession a été longtemps considéré comme un crime.
de la clique dirigeante. Le nom de Trotsky était même devenu une injure et synonyme de "traître" ou d'" ennemi du socialisme".
eux-même. Dans son discours de novembre 1987 à l'occasion du 70e est devenue extrêmement difficile à défendre. Les véritables idées de Trotsky se font de nouveau entendre en URSS.
Marilyn VOGT-DOWNEY sous le nom de "Testament de Lénine".
Ils ont dû se pencher précisément sur les problèmes les plus importants pour Lénine durant les derniers mois de sa vie politique active : la résistance à la bureaucratisation croissante de l'appareil de l'Etat et du Parti qui commençait à étouffer la démocratie ouvrière ; l'opposition au plan d'autonomisation" de Staline sur la façon dont l'Union soviétique devait être organisée ; le maintien du monopole de l'Etat sur le commerce extérieur ; et la nécessité de rationaliser la production à travers une Commission d'Etat de planification renforcée. Et, comme l'a révélé peu à peu la presse soviétique, pour tous les problèmes clés, Lénine a choisi Trotsky comme allié pour former un bloc contre
Staline et le Bureau politique du Parti.
velles de Moscou du 24 septembre 1989 présentent des documents sur les pactes secrets et les textes des communiqués gouvernementaux secrets entre Hitler et Staline des 23 août et 28 sep tembre 1939, grâce auxquels ces derniers ont divisé, envahi et occupé brutalement la Pologne et les
Pays baltes. Ces documents comportaient une clause selon laquelle Staline acceptait que les forces soviétiques répriment les opposants à Hitler dans les territoires qu'elles occuperaient. Dans
Ogonyok numéro 27 de 1989, on trouve des docusur la famine créée artificiellement en ments
Ukraine, qui a causé des millions de morts et dont la simple mention du temps de Staline était considérée comme un crime sérieux contre l'Etat.
En 1987, le quotidien gouvernemental de masse Izvestias, dans un long article sur la composition du premier gouvernement soviétique, a admis que Trotsky y possédait un poste, fait longuement caché.
Vers début 1988, alors que le gouvernement se préparait à réhabiliter les victimes des procès de Moscou, les pires calomnies politiques issues de ces procès ont été remplacées par des caractérisations et des distorsions plus subtiles des idées de Trotsky, afin de le faire apparaître comme un gauchiste, un aventurier, ou même comme un égocentrique, un être "retors" : tout, sauf un opposant politique sérieux. Les historiens officiels, s'ils ont finalement admis les conséquences humaines et économiques désastreuses de politique stalinienne de collectivisation forcée des campagnes (1929/1933), ont commencé à prétendre qu'en réalité, Staline n'avait fait que mettre en pratique les idées de Trotsky, accusant ainsi ce dernier de toutes les souffrances et horreurs qui en ont découlées (2). A défaut, ils ont commencé à mettre en cause l'intégrité politique de Trotsky ou son attachement au bolchevisme - attaques ressassées contre l'Opposition depuis les années 20, époque où les falsifications sérieuses et les calomnies ont commencé. A certains égards, on peut avoir l'impression qu'on tourne le film de l'histoire à l'envers.
Cependant, vers mi-1988, des personnalités très importantes telles l'historien Youri Afanassiev et l'éditeur du Parti Otto Latsis se sont publiquement exprimées en faveur de la réhabilitation de Trotsky et de la publications de ses écrits. Le dramaturge M. Chatrov a apporté à la culture populaire l'image d'un Trotsky honnête opposant idéologique de Staline qui l'a assassiné. D'autres historiens ont écrit des articles s'appuyant de manière formelle sur des documents réfutant les attaques du régime contre Trotsky, même s'ils ne le défendaient pas explicitement.
TROTSKY EN URSS
Le long article de l'historien soviétique Vitaly I. Starchev dans Istorya SSSR de novembre 1988 en a été un premier exemple. Starchev est docteur es sciences historiques, professeur, et président de la faculté de l'Institut pédagogique Hertzen de Léningrad. Après avoir examiné en détail les intrigues de Staline et des autres membres du Bureau politique dans le but d'isoler Lénine durant les derniers mois de sa vie, Starchev conclut : « Il est impossible de nier que, durant les mois de février et mars 1923, Trotsky a essayé d'aider Lénine à faire prévaloir ses points de vue sur nombre de questions touchant à la politique interne du Parti. » (3)
Portrait sympathique de Mereader
Début 1989, Nikolai Vasetsky, l'un des principaux spécialistes du Kremlin des attaques basses contre Trotsky, a admis que Staline était le responsable de l'assassinat de Trotsky (Literaturnaya Gazeta, 4 janvier 1989). Mais cela a été
suivi dans différents journaux par des portraits détaillés et sympathiques de son assassin, Ramon Mercader, et de David Siqueiros, l'instigateur d'une tentative d'assassinat qui a échoué (Neva, mars 1989 et Komsomolskaya Pravda, 22 mars 1989). Ces articles avaient pour but évident de convaincre les lecteurs que ces hommes et leurs comparses étaient mus par leur engagement révolutionnaire profond et par la conviction que « Trotsky était un ennemi », un « allié du fascisme », « un ennemi encore pire que les fascistes », accusations rejoignant toutes celles fabriquées par les staliniens pour le grand guignol des procès de Moscou. La victime, elle, n'a pas eu droit à un portrait aussi détaillé et sympathique, et ces accusations ne furent pas démenties.
Les revues généralement "à la pointe" de la glasnost — telles Ogonyok et les Nouvelles de Moscou — ont essayé de montrer la voie en divulguant la vérité sur Trotsky. Dans son édition d'avril 1989, Ogonyok a présenté un court extrait de l'autobiographie de Trotsky et de ses notes sur Lénine. Cependant, le processus de révélation de la vérité —dialectique en
2) Dans Knizhnoye Obozreniye numéro 22 du 27 mai 1989, l'historien soviétique Poel Parp a réfuté ce genre de thèses.
3) Ces documents fondamentaux ne sont toujours pas accessibles à la curiosité du grand public comme l'a reconnu Strachev lui-même : « Malheureusement, l'auteur n'a pu accéder aux archives qui font réellement autorité : le matériel du plénum du Comité central du parti en 1922/23, les minutes du Bureau politique et ses circulaires. »
= 21
TROTSKY EN URSS soi — a impliqué toutes sortes de journaux et d'auteurs. Ce processus a représenté la réponse graduelle mais inévitable de la caste dirigeante à l'histoire venue frapper à sa porte. Et cela continue à s'étendre.
Depuis début 1989, la vérité a commencé à transparaître de toutes parts. Confinés initialement aux journaux à l'avant-garde de la glasnost, les articles sur Trotsky ont commencé à connaître une très large diffusion.
En juin 1989, Voprosi Istorii a commencé à publier des extraits de La Révolution défigurée de Trotsky. Publié pour la première fois en 1931, ce texte est un recueil de documents et de discours de Trotsky (et d'autres) qui rétablissent la vérité sur ce qui s'est vraiment passé durant la révolution russe et donnent une analyse précoce de la campagne de falsification stalinienne. Il était accompagné d'une introduction de deux pages et demi de Vitaly Starchev, auteur de l'article dans Istoriya SSSR cité précédemment.
Apports à la vérité historique
La simple admission de l'existence de ces documents, sans parler de leur publication actuelle, est déjà une pierre majeure apportée à l'édifice de la vérité historique. Mais Starchev ne s'en tient pas là et explique sans ambages les événements clés entourant l'ascension de l'opposition au stalinisme puis sa répression et comment la falsification a commencé à être utilisée par Staline et l'appareil pour rehausser leur propre rôle et éliminer toute mention de ceux que Staline cherchait à discréditer. « Le lecteur contemporain remarquera ainsi que la plupart des journalistes d'aujourd'hui, auteurs de publications à sensation, ont utilisé le travail de Trotsky (et pas seulement son travail) pour y emprunter de nombreux faits qui accusent Staline. Nous n'avons pas l'intention de leur créer des ennuis pour cela. Mais il est temps que la source première soit publiée. » écrit Starchev dans son introduction.
Le premier extrait est accompagné de l'introduction de Trotsky à l'édition russe, écrite en Turquie le 13 septembre 1931, donnant un arrière-plan historique et politique sur Trotsky lui-même, ce qui représente un exploit significatif pour la glasnost. Cependant, Starchev s'excuse presque d'inclure ce document, vu qu'« aujourd'hui le cercle étroit des spécialistes de l'histoire et de l'historiographie de la révolution d'Octobre n'a évidemment pas besoin d'une introduction à cette publication et s'intéresse surtout au texte lui-même, qui nous a été caché pendant plus de 60 ans » comme si l'introduction de
Trotsky n'avait pas été dissimulée de façon identique pendant pratiquement aussi longtemps ! Mais il laisse entendre que, même si la lettre de Trotsky apporte de vieilles informations, il a choisi de la présenter pour le bénéfice du plus large public. Le premier extrait que le journal a publié comprend les 27 premier points de sa
Lettre au bureau de l'histoire du Parti
En juillet 1989, la revue Sociological Investigations (numéro 3) a présenté un article pour le moins étrange de L. A. Radzikhovsky, membre d'honneur de l'Académie des sciences psychologiques. Ce texte contient une présentation de Trotsky comme "dirigeant numéro 2" de la révolution bolchevique et "dirigeant numéro 1" de l'opposition au stalinisme. Il explique racines sociales et économiques de la bureaucratie et ses intérêts à l'abandon de l'internationalisme révolutionnaire pour le socia- LES MENACES SE PRÉCISENT SUR TROTSKI GLASNOST-PERESTROÏKA : lisme dans un seul pays ; DE VOUS il explique les racines so- INTERDIS ciales et économiques de sky de manière appropriée, en justifiant sa lutte sans compromission au« Trotsky a jusqu'à la fin de sa vie appuyé inconditionnellement la révolution d'Octobre, se consicontient des citations nombreuses, substantielles et intelligentes des écrits de Trotsky qui sont utilisées avec un ton approbateur par l'auteur, et auxquelles il ajoute sa propre vision des événements, dont la majeure partie est un plagiat des écrits de Trotsky.
Cependant, malgré tout ceci, l'article attaque sévèrement Trotsky. Ainsi, selon Radzikhovsky, il était empli de contradictions qui, jointes à son égoïsme débridé et à son romantisme incurable, ont causé sa chute. Radzikhovsky explique que Trotsky s'est opposé à la dictature de l'appareil stalinien mais qu'il voulait, dans le même temps, établir sa propre dictature. Selon son raisonnement, étant donné que Trotsky était en faveur de la dictature, il aurait eu peur de la démocratie ouvrière et s'y serait opposé, alors qu'il proclamait en être partisan. Cela explique pourquoi la seule alternative de Trotsky au stalinisme était la restauration du "communisme de guerre", solution prouvant rien moins que son incapacité à reconnaître que l'élan révolutionnaire des années qui suivirent immédiatement la révolution avait disparu.
Conclusion sidérante
Radzikhovsky a même trouvé une citation de Trotsky condamnant les politiques staliniennes de collectivisation forcée et d'industrialisation à outrance de la période 1929/33 qui le présente comme un partisan de l'auto-régulation (khozraschet) et des mécanismes de marché, c'est-à-dire un partisan des réformes économiques de Gorbatchev et de la bureaucratie ! Et ce, malgré le fait que la collectivisation forcée et l'industrialisation à outrance aient représenté « la mise en application des propres idées de Trotsky ».
L'article continue en prétendant qu'en s'opposant au stalinisme, Trotsky faisait une fleur à l'appareil en lui donnant une excuse pour réprimer toute opposition, dans l'intérêt de l'unité du Parti. Tout en reconnaissant les gigantesques persécutions dont ont souffert Trotsky et les membres de l'opposition — il fait même mention du meurtre du fils de Trotsky, Sedov (dont le nom n'est cependant pas cité) — l'article en arrive à une conclusion sidérante : Trotsky est le responsable de toute la répression des années 20 et des multiples meurtres effectués par les membres de l'appareil, parce qu'il leur a fourni une excuse pour engendrer une dictature (ce que Radzikhovsky déclare être de toute façon ce que Trotsky avait toujours voulu). Ces meurtres en quantité et cette dictature « ont été les seuls effets des écrits de
D'une longueur d'environ dix pages, l'article parle beaucoup de la nécessité vitale d'une publication rapide en URSS de quantités importantes de tous les écrits de
4) En 1927, le Bureau sur l'histoire du Parti a publié un questionnaire, prétendument afin de composer un meilleur dossier sur les événements de la révolution. C'était un acte cynique vu que les falsificateurs officiels aux ordres de Staline avaient déjà commencé à travailler d'arrache-pied depuis plus de trois ans. Trotsky se saisit de l'occasion pour citer des falsifications spécifiques délibérées d'événements et de documents connus ainsi que les déclarations des dirigeants du Parti se contredisant en essayant de s'accommoder à chaque nouveau tournant des intrigues de Staline. Voir La Révolution défigurée, Editions de Minuit, Paris.
Trotsky et de l'opposition afin que chacun puisse les lire, et déclare (en substance) que « les écrits de Trotsky feront découvrir aux lecteurs la méthode marxiste d'évaluer et d'analyser les développements historiques. C'est ce qui fait le plus défaut parmi tout ce qui "manque" en URSS aujourd'hui ».
Le rôle de Trotsky en tant que dirigeant bolchevique et pilier du léninisme, et non en tant qu'adversaire du léninisme comme l'avait proclamé Gorbatchev à peine deux ans auparavant, est aujourd'hui en train d'être révélé.
L'indicible devient anodin
D'autres faits sont également admis. Par exemple, Moscow News du 3 septembre 1989 a analysé les efforts du Nord-Américain radical Max Eastman, en 1925-26, pour faire connaître à l'étranger les différenciations internes du Parti ainsi que la disparition du testament de Lénine en 1923/24. Dans le but de donner un arrière-plan historique aux propos d'Eastman, l'article rapporte, de manière anodine, un récit qui a coûté la vie à des milliers de personnes :
« L'auteur [Max Eastman] décrit des événements qui se sont déroulés dans notre Parti en 1926 et auparavant. Une lutte avait lieu entre deux groupes de bolcheviques. Dans le groupe détenant le pouvoir, la position dominante était occupée par Staline et son état-major, constitué de Boukharine, Rykov, Kalinine et Tomsky. Avant son décès, Dzerzhinsky était le deuxième en importance derrière Staline. Ils étaient unis autour de l'idée que la victoire de la révolution et son développement futur ne pourraient être menés à bien que s'ils tenaient les rênes du pouvoir avec une poigne de fer, en utilisant tous les moyens possibles pour empêcher un libre échange d'opinion entre les membres de base du parti et des élections authentiquement démocratiques des fonctionnaires. La personnalité dirigeante de l'opposition était Trotsky, et derrière lui se tenait un bloc solide comprenant Radek, Rakovsky, Sokolnikov, Piatakov, Preobrajensky, Krestinsky et Krupskaya, la femme de Lénine ; et également Zinoviev et Kamenev qui, à peine deux ans auparavant, avaient été des opposants farouches de Trotsky.
« Le groupe de l'opposition proclamait sa fidélité absolue à l'unité du Parti mais demandait de manière radicale que la dictature de la bureaucratie établie par Staline soit jetée à bas et que soit restauré un régime d'authentique démocratie dans le Parti. » (Nouvelles de Moscou du 3 septembre 1989).
En août 1989, Cobesedbik, supplément hebdomadaire illustré de la Komsomolskaya Pravda a publié une interview du professeur Vladimir I. Billik qui, à travers ses réponses à un journaliste sceptique, défend Trotsky sans réserves contre les calomnies staliniennes les plus éculées.
En août, quasiment au moment où l'interview de Billik est parue, une autre publication pour la jeunesse, Molodoi Kommunist, publiait Cours nouveau de Trotsky. Paru à l'origine en 1923 dans la Pravda, cet article est la première plusieurs conceptions fausses développées par la bureaucratie.
De telles analyses dans la presse officielle reflètent les explosions venant d'en bas. D'autres articles ont notamment dans deux numéros de Syndicats soviétiques, dans trois numéros de Argumenti i Fakti, ainsi qu'une œuvre de Trotsky dans Hedelya, supplément hebdomadaire du quotidien gouvernemental Izvestia en septembre. Mais cette liste est loin d'être exhaustive.
La révolution
Men "sketches"
Moskovskiye Novosti numéro 45 du 5 novembre 1989, commémorant le 72e ansente quatre "sketches" sur la révolution bolchevique. L'un, écrit par Vitaly Starchev lui-même, était intitulé Lénine et Trotsky et accompagné d'une photo de Trotsky avec Lénine et Kamenev, prise le 5 mai 1920. Starchev n'est, semble-t-il, pas tout à fait honnête à ce propos : s'il admet que Trotsky a joué un rôle important durant l'insurrection d'Octobre, il s'arroge le droit de décréter que « sans Trotsky, la révolution se serait dé roulée entièrement de la même façon ». Il rétablit la vérité quant à la collaboration et à l'accord politique entre Lénine et Trotsky depuis son retour d'exil en mai 1917. Tandis qu'il s'arrange pour donner le moins de crédit possible à Trotsky pour son rôle en Octobre, Starchev se réfère de manière erronée à Trotsky comme "centriste" opposé à Lénine sur la question de la planification ou non d'une insurrection.
L'article des Nouvelles de Moscou signale également que le travail de la Commission du Comité central du parti pour
TROTSKY EN URSS préparer un Abrégé de l'histoire du PCUS est presque achevé. Dirigée par Gorbatchev lui-même, cette commission est formée de trente universitaires réputés de Moscou et de Léningrad et d'un certain nombre de "jeunes chercheurs". La tâche de la commission n'est pas, nous a-t-on dit, d'écrire une autre histoire définitive comme L'Histoire du PCUS de Staline (5). Les livres d'histoire qu'elle va produire refléteront divers points de vue et hypothèses.
Les universitaires ont à leur disposition de nombreux documents manuscrits des archives centrales du Parti, les archives du KGB, du ministère de la Défense et d'autres. Du matériel de diverses collections d'archives étrangères a également été utilisé. « En même temps que l'Abrégé seront publiés tous les documents sur lesquels les auteurs se sont appuyés pour leur travail. Ce but est déjà rempli - les documents ont été publiés dans la revue Nouvelles du CC du PCUS. Les premiers chapitre de l'Abrégé—- qui traitent tous de la période précédant Octobre — sont prêts à être publiés afin d'être largement discutés par la société. Début 1990, ils seront imprimés par Politizdat. »
Voici sans aucun doute un tribut fondamental pour alimenter les nombreux articles sur Trotsky et l'Opposition de gauche. Les productions de ces deux années de travail aideront à briser la glace du long hiver du stalinisme. Les défenseurs de Trotsky commencent à être entendus, non seulement en ce qui concerne la période d'avant Octobre mais également pour la période suivante. Cependant, les plus hauts organismes du Parti n'ont pas réhabilité officiellement Trotsky, même quand tous les autres partisans des bolcheviques ont été blanchis des accusations et que ces dernières ont été reconnues fausses. Mais le rôle de Trotsky en tant que dirigeant clé de la révolution d'Octobre avec Lénine, et en tant que dirigeant de l'opposition marxiste au stalinisme, est aujourd'hui reconnu dans les organes officiels. Les héritiers de Staline vont devoir compter avec les implications de cette vérité.
En juillet 1989, la plus grande librairie de Léningrad a commencé à vendre des livres d'histoire pour les élèves du secondaire de neuvième degré. Les examens d'histoire avaient été annulés au
5) Histoire du PCUS, un cours aperçu, paru en 1938 à l'apogée des purges, était l'histoire officielle falsifiée avec tous les trous noirs que les héritiers de Staline doivent aujourd'hui remplir.
participé à la révolution d'Octobre et par la suite au combat contre le stalinisme dans les rangs de l'Opposition de gauche. Il fut exclu du Parti et déporté. En juin dernier, l'un des étendards de la glasnost, l'hebdomadaire Argumenti i Fakti a
TROTSKY EN URSS printemps 1988 pour les élèves du secondaire (mais non pour les étudiants). Il était notoire pour tous que ce qu'on avait enseigné aux étudiants d'histoire dans le passé était faux. Cependant leur livre d'histoire est celui datant d'avant 1987, reconnu comme faux. Il été accompagné d'un supplément de 65 pages, livre d'histoire révisé, édité en 1989.
Le but de ce supplément est de démontrer que les politiques de perestroika et de coexistence pacifique menées par la bureaucratie sont une continuation du léninisme. Cela signifie que les vieilles méthodes de distorsion historique et de mensonges continuent à prévaloir. Bien que "réapparaissent" beaucoup de noms et d'événements bannis auparavant (quelques "trous noirs" ont été comblés), le rôle de Trotsky continue à être caché et falsifié, tout comme beaucoup de faits historiques importants continuent à manquer. Avant le début du trimestre scolaire, le ler septembre, le livre était déjà obsolète par rapport aux informations qui commençaient à être accessibles aux citoyens soviétiques par le biais des médias officiels.
La vérité fait son chemin
Les contradictions auxquelles est confrontée la bureaucratie s'aiguisent de plus en plus : les révélations découlant du travail de la Société pour un mémorial (6) ; l'apparition de plus en plus de personnes qui sortent de l'ombre pour raconter la vérité à partir de leurs propres expériences ; les contacts croissants entre le peuple soviétique et le monde de l'enseignement bourgeois à l'étranger qui (bien que grouillant de distorsions qui lui soient propres) montre au moins que Trotsky a joué un rôle dans la période révolutionnaire et livré une bataille tenace contre le stalinisme; et plusieurs efforts internes et internationaux pour demander la rapide réhabilitation de Trotsky ; ainsi que les recherches de douzaines d'universitaires qui peuvent aujourd'hui avoir accès à des archives longtemps sévèrement scellées. La bureaucratie pourra de moins en moins continuer à calomnier Trotsky et à mentir sur le rôle qu'il a joué lors de la révolution. *
Bulletin in defense of marxism Décembre 1989
6) Le Mémorial est la Société historique d'éducation des volontaires de toute l'Union, établie officiellement à la mi-1988 pour recueillir et préserver les documents et témoignages de toutes les victimes de la répression stalinienne des années 30, 40 et