Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FEMMES

A l'offensive !

· Inprecor n° 303, 23 février 1990 · p. 28 · 1 004 mots

Femmes Allemagne Europe de l'Est

DES FEMMES réunies à la Volksbühne à Berlin-Est (un grand théâtre du centre ville), en décembre dernier, ont fondé la Fédération indépendante des femmes et adopté un "manifeste pour un mouvement autonome des femmes". Comme l'affirme Ina Merkel représentante élue de cette fédération et auteur du manifeste, «la première revendication mise en avant est la participation des femmes à toute décision politique » (Les cahiers du féminisme, numéro 52, Printemps 1990).

Dès le mois d'octobre, quelques femmes avaient décidé, en pleine efferde se regrouper afin de peser sur les évolutions en cours. Pour Ina Merkel : « Si toutes les décisions politiques sont celte fois encore prises sans nous, notre chance de participer à l'évolution de la société est perdue pour des années ! ». Rapidement, après le début des mobilisations, une floraison de groupes de femmes est apparue, affirmant tous plus ou moins de la même façon qu'au pays où "l'égalité des droits est acquise" (1) non seulement la contradiction entre les discours officiels et la réalité quotidienne n'est plus acceptable, mais que même un vaste mouvement démocratique comme celui-là n'est pas une garantie pour les revendications des femmes. Seule leur participation active mais surtout leur auto-organisation à l'intérieur d'un tel mouvement est capable de garantir leurs droits et leur place dans l'élaboration de "nouvelles bases sociales".

Coïncidence ou clin d'œil de l'histoire, c'est la social-démocratie allemande qui, la première, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, avait organisé autour d'elle, dans des conditions politiques difficiles, un mouvement de femmes socialistes de plusieurs milliers de femmes (2). C'est sous l'impulsion des socialistes allemandes, qu'en 1910, la seconde Conférence internationale des femmes socialistes avait décidé à l'unanimité de faire de la journée du 8 mars une journée internationale pour le droit de vote des femmes et leurs revendications. L'année suivante, à Berlin, 45 000 femmes ont participé au 8 mars...

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FEMMES

A Poffensive !

Quatre-vingts ans après que le 8 mars soit devenu une journée internationale des femmes, même l'égalité "formelle" est loin d'être acquise dans la plupart des pays du monde. Le féminisme reste donc d'une actualité brûlante, malgré les discours à la mode qui annoncent son "dépassement".

Sophie MASSOURI

Nul doute que cette année, 80 ans plus tard, le 8 mars en RDA revêtira pour les héritières des socialistes allemandes un caractère particulier, loin cette fois des défilés officiels (3), pour redonner au combat féministe son véritable caractère subversif. Comme le disent les féministes est-allemandes, la menace de la réunification allemande telle qu'elle se dessine laisse planer de sérieuses inquiétudes quant à leurs droits et acquis (4).

Ailleurs, dans les pays du Tiers monde, les femmes subissent aussi de plein fouet les mesures d'austérité des politiques économiques imposées par les grandes puissances coloniales. Elles sont les premières victimes des fanatismes religieux, un peu partout à l'honneur. Dans certains pays développés, ou du moins dits "avancés" comme aux Etats-Unis, le droit à l'avortement est remis en cause, à moins d'être simplement nié, ou bien encore médicalisé comme si le corps des femmes appartenait à tout le monde sauf justement aux femmes. Les violences, les mutilations sexuelles, la claustration...

partout, sous plusieurs formes, c'est la dignité de la moitié de l'humanité, et donc de l'humanité toute entière, qui est atteinte.

L'évolution la plus marquante de ces dernières années est l'organisation de plus en plus importante des femmes en

Afrique et en Amérique latine, dans les syndicats, les organisations politiques, et dans la défense des droits démocratiques.

Mais là n'est pas le seul fait à souligner.

Elles s'organisent davantage, mais aussi cie plus en plus entre elles.

Si en 1889, les socialistes allemandes réussissaient à élaborer et imposer un programme de revendications très concret en direction des femmes (qui devait être repris peu de temps après par la Seconde Internationale) ce n'était pas parce que le

Parti social-démocrate allemand était profondément convaincu dans son ensemble de cette nécessité, mais bien au contraire grâce au rapport de forces que les militantes du parti avaient construit. La prise en compte des "questions des femmes" dans le mouvement ouvrier international ne va jamais de soi, même pour les forces progressistes. Partout elle nécessite d'abord une prise en charge par les militantes elles-mêmes. En Afrique du Sud, au Brésil, au Nicaragua, en RDA, les diverses expériences des femmes à l'intérieur de leurs organisations montrent qu'il est parfois difficile de s'affronter aux traditions du mouvement ouvrier sur ces questions (voir notre dossier en pages centrales).

Reconstruire le rapport de forces

Comme aux Etats-Unis, la force de l'organisation des femmes pour la défense et la conquête de leurs droits a montré que, face aux attaques directes contre le droit à l'avortement, elle peuvent résister aux forces réactionnaires. Mais, elle a montré en premier lieu, qu'aucun droit acquis des femmes n'est à l'abri d'une telle remise en cause.

Dans certains pays d'Europe, le reflux des mouvements des femmes, leur incapacité à intégrer de nouvelles forces, et notamment les jeunes, l'absence dans la plupart des cas de lien avec le mouvement syndical et avec les femmes sur le marché du travail, hypothèquent pour le moment de nouvelles conquêtes pourtant nécessaires.

Mais partout, la capacité des femmes à se mobiliser dans des mouvements de masse démocratiques ou dans les luttes syndicales prouvent qu'elles ne renoncent pas à lutter et qu'elles veulent prendre toute leur place. La reconstruction alors d'un rapport de forces favorable aux femmes se fera peut-être sur de nouvelles bases. Cela fait aussi partie des tâches des révolutionnaires, pour que partout enfin, les femmes reprennent l'offensive.

23 février 1990

1) Déclaration de l'ex-président Honecker devant le VIlle Congrès du SED, en 1971

2) Jusqu'en 1908, interdiction était faite aux femmes de participer à des réunions.

3) En RDA, le 8 mars avait jusqu'à présent l'honneur d'une célébration officielle.

4) Le taux d'activité des femmes en RDA est de 93 %, les équipements sociaux et les crèches en particulier sont incomparablement meilleurs que ceux de RFA où le taux d'activité des femmes est d'ailleurs moins élevé.

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