Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

Défendre la révolution nicaraguayenne

· Inprecor n° 304, 9 mars 1990 · p. 3-4 · 1 253 mots

Nicaragua IVe Internationale

A LA SURPRISE générale, le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) a perdu les FS.L.N. élections du 25 février. Cette défaite électorale a eu lieu après des mobilisations de masse parmi les plus importantes de l'histoire du Nicaragua, notamment après la grande manifestation populaire du 21 février à Managua.

Le processus électoral nicaraguayen s'est déroulé sur fond d'agression de l'impérialisme nord-américain contre un pays d'un peu plus de trois millions d'habitants. Cette guerre a fait plus de 70 000 morts, un grand nombre de blessés et a absorbé 50 % du budget de l'Etat nicaraguayen. Si l'impérialisme nord-américain n'a pas obtenu un succès militaire — la Contra n'a jamais reçu l'appui populaire qui lui aurait permis de former un gouvernement provisoire — il a cependant provoqué une distorsion totale dans l'économie du pays, entraînant une grave détérioration sociale.

Agression impérialiste

Le gouvernement sandiniste a été obligé d'avancer la date des élections en espérant mettre fin à cette guerre d'agression. Cette attitude doit être comprise comme une démonstration supplémentaire du caractère profondément démocratique du FSLN, qui a organisé les élections les plus libres de l'histoire du Nicaragua et de beaucoup d'autres pays.

Cependant, le caractère démocratique de ces élections a été limité non pas par une prétendue volonté dictatoriale du FSLN, mais par l'agression impérialiste. On ne peut pas songer à la tenue d'élections démocratiques dans un tel contexte d'agression, lorsque la campagne électorale de l'opposition est financée de l'extérieur, comme l'a fait le Congrès des EtatsUnis en votant une aide de 10 millions de dollars à l'Union nationale d'opposition (UNO), lorsque des attentats sont planifiés contre la vie du président de la République, lorsque la Contra se trouve aux frontières mêmes du pays, refusant de se démobiliser malgré les accords signés. Le triomphe électoral de l'UNO est le résulnicaraguayenne

A l'issue de sa dernière réunion, le Secrétariat unifié de la IVe Internationale a adopté cette résolution sur la situation au Nicaragua.

RESOLUTION DU SU tat de cette politique d'agression impérialiste.

Le simple fait d'avoir pu mettre en échec les plans impérialistes en préservant un cadre démocratique, sans faire usage de méthodes répressives, plaide en faveur de la direction sandiniste. Ceci pèsera dans le sens du développement de la révolution.

La IVe Internationale s'est placée aux côtés de la révolution nicaraguayenne depuis ses débuts. Notre appui a été inconditionnel. Ses succès ont été les nôtres, voilà pourquoi, aujourd'hui, nous vivons comme nôtre cette défaite. Cette vision nous oblige donc à réfléchir avec les camarades du FSLN aux problèmes qu'a dû affronter la révolution et à ses faiblesses.

L'agression impérialiste contre le peuple du Nicaragua a disloqué l'économie nicaraguayenne. Elle a entraîné le développement d'une hyper-inflation qui a frappé de façon substantielle le niveau de vie de la population nicaraguayenne. Si la politique de réajustement a réduit le niveau de l'inflation, cela s'est fait au prix d'une agression supplémentaire contre la population. Ceci a provoqué un mécontentement social important qui s'est manifesté par le vote pour l'UNO. Le peuple nicaraguayen a voté contre la guerre, contre les bas salaires, contre la misère et la faim. Malheureusement, il a voté pour ceux qui sont en réalité les véritables responsables de cette terrible situation.

A la gravité de la situation sociale s'est ajouté l'affaiblissement des organisations de masse créées après la révolution. Il faut ajouter un autre élément de faiblesse : l'existence d'une démocratie de type parlementaire était sans aucun doute nécessaire pour consolider la révolution, mais nous nous demandons s'il n'aurait pas été nécessaire de développer des structures de démocratie directe pour consolider la révolution, c'est-à-dire une démocratie permettant aux grands secteurs de masse de décider des grandes lignes de la politique économique et sociale à mettre en œuvre. La création de telles structures aurait aidé à gagner les élections et à renforcer le processus révolutionnaire. La construction d'un pouvoir populaire démocratique est toujours le meilleur chemin pour renforcer la légitimité de la révolution dans toutes les sphè-

La terrible campagne anti-communiste développée par l'impérialisme a aussi joué contre le FSLN. Les crises des sociétés bureaucratiques de l'Europe de l'Est, et surtout le rejet — à juste titre — des déformations monstrueuses du stalinisme, ont été présentées comme inhérentes à tout projet socialiste. Le FSLN a pris une position correcte de soutien aux luttes des peuples de ces pays. Mais les effets idéologiques de la crise du stalinisme ont porté préjudice au FSLN.

Faible solidarité du mouvement ouvrier

Il faut aussi tenir compte de la faiblesse du mouvement de solidarité. L'ampleur de l'agression impérialiste méritait une réponse beaucoup plus forte ; la solidarité des organisations traditionnelles du mouvement ouvrier (la social-démocratie et les partis communistes) a été limitée. Non seulement ces organisations n'ont pas été des moteurs pour développer la solidarité internationale, mais la socialdémocratie s'est souvent alliée à des secteurs qui font partie de l'UNO. La politique de Gorbatchev, à la recherche d'une nouvelle entente avec l'impérialisme, a posé les jalöns d'une politique plus agressive de l'administration Bush, comme cela a été le cas à Panama. Le rôle des staliniens du Nicaragua (Parti socialiste du Nicaragua et Parti communiste du Nicaragua) est encore plus triste, ils sont partie prenante de l'UNO ; ils montrent leur vrai visage d'alliés de l'impérialisme.

Mais ces analyses ne signifient pas que nous nous éloignions de la révolution sandiniste, au contraire, nous en sommes toujours aussi proches.

Aujourd'hui, la tâche fondamentale, comme l'a décidé la direction du FSLN,

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NICARAGUA est la défense des conquêtes de la révolution. Nous devons défendre la réforme agraire et lutter pour son approfondissement, défendre la nationalisation des banques, le monopole du commerce extérieur, la propriété urbaine des secteurs populaires, le droit de grève, la politique extérieure anti-impérialiste, et surtout l'Armée populaire sandiniste. Tous ces aspects sont légitimés par la révolution du 19 juillet 1979 et jouissent encore du soutien de la majorité de la population

Il est probable que le gouvernement de Violeta Chamorro cherchera à détruire ces acquis révolutionnaires. La résistance qu'elle rencontrera sera beaucoup plus grande que ce qu'elle et ses soutiens internationaux imaginent. La révolution a subi une défaite mais n'est pas vaincue. Le FSLN a pris le chemin correct de la mobilisation populaire immédiatement après son échec électoral. Ce chemin est plus que jamais la meilleure voie. Les erreurs passées pourront être corrigées dans ce cadre.

Soutien au peuple niearaguayen et au FSIN

Nous réaffirmons donc notre soutien au peuple du Nicaragua et à son avant-garde le FSLN. Si la révolution n'a pas été écrasée, l'impérialisme et ses collaborateurs se préparent à l'écraser définitivement. Une fois de plus, la IVe Internationale lance un appel à la solidarité internationale, seule garantie pour que nos frères nicaraguayens puissent compter sur un rapport de forces qui leur permette d'avancer dans le combat pour construire une société délivrée de l'exploitation et de l'oppression impérialiste.

Enfin, il nous faut attirer l'attention sur les dangers qui menacent la révolution cubaine. Au-delà de nos divergences avec la direction castriste, la défense de Cuba contre une éventuelle agression du gouvernement de Bush est une autre tâche internationaliste.

Il en est de même pour le Salvador. L'impérialisme et le gouvernement de Cristiani vont exercer une terrible pression sur le Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN). La révolution salvadorienne est désormais entourée de gouvernements hostiles. Ces projets réactionnaires ne peuvent être mis en échec que par une relance de la solidarité.

La révolution centraméricaine a besoin de tout notre appui.

La IVe Internationale s'y engagera avec toutes ses forces. *

5 mars 1990

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