La défaite électorale du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), le 25 février 1990, marquera la gauche révolutionnaire, notamment en Amérique égards le début d'un processus de recomposition dans ces secteurs, inaugurant une étape de transformations dans le rapport de forces entre l'impérialisme et la
Des jours difficiles pour la révolution latine. Le triomphe de la révolution sandiniste, en 1979, a signifié à bien des lutte de libération nationale, et entre la gauche réformiste et la gauche révolutionnaire au sein du mouvement ouvrier.
Si cette période, ouverte le 19 juillet 1979, ne se ferme pas aujourd'hui, son devenir apparaît plus incertain après la défaite électorale sandiniste.
Sergio RODRIGUEZ *
LA CRISE dans les post-capitalistes pays pèse sur l'élaboration des différentes hypothèses stratégiques. Pour la
F.S.L.N majorité de la gauche révolutionnaire, ce qu'on appelle le "camp socialiste" jouait un rôle fondamental : il était l'arrière-garde de la révolution. Ces secteurs médisaient en privé sur les bureaucrates de l'Est mais, publiquement et officiellement, ils maintenaient une attitude totalement acritique.
Aujourd'hui, le "camp socialiste" n'existe plus en tant que tel, entraînant une sorte de vide politique, car les nouveaux processus à l'Est n'ont pas encore défini une position claire face à l'impérialisme et aux luttes du tiers monde.
La défaite du FSLN sera utilisée par l'impérialisme et les bourgeoisies nationales latino-américaines comme une nouvelle démonstration de l'échec du socialisme et de l'inutilité de la révolution.
Selon eux, la révolution a été non seulement incapable de sortir l'économie nicaraguayenne du sous-développement mais, en plus, elle a plongé le pays dans la pire des crises de son histoire. Maintenant, ils vont tenter de nous faire payer l'addition, qui peut par ailleurs avoir des répercussions sur certains secteurs de la gauche révolutionnaire.
Il faut souligner que cette défaite représente une victoire de la politique des
"conflits de basse intensité" dirigée par l'impérialisme. S'il est vrai que la contre-révolution a été militairement écrasée, le sandinisme a payé un prix impressionnant sur ce terrain comme dans les domaines économique et social. La Contra n'a jamais pu gagner l'appui des masses qui lui aurait permis de s'installer dans une zone sous contrôle au Nicaragua, mais elle a néanmoins préparé la voie au triomphe de l'Union nationale d'opposition (UNO).
Une guerre d'agression meurtrière
Les coûts humains de cette guerre sont impressionnants : plus de 50 % du budget nicaraguayen a été consacré à la défense, la guerre a fait 70 000 morts et des milliers de blessés, pratiquement tous les foyers nicaraguayens comptent un mort, un blessé, ou des destructions matérielles. Cette situation a fortement pesé sur la conscience de la population qui a voté pour l'UNO, croyant ainsi arrêter la guerre et abolir le Service militaire patriotique (SMP)
Face à la lassitude de la population, les sandinistes ont été obligés d'avancer les élections pour chercher une légitimité et une hégémonie qui empêche la poursuite de la politique d'agression de l'impérialisme nord-américain. « Le but du FSLN est de gagner les élections avec 70 % des voix pour maintenir une majorité à l'exécutif et au parlement. Pour ce
* Dirigeant du Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT), section mexicaine de la IVe Internationale et membre du Sécretariat unifié de la IVe Internationale
1980 le pouvoir d'achat était de 100, à la fin de 1988 il était de 3,7. Ce qui montre la chute vertigineuse du niveau de vie de la population. Cet élément peut influencer les votes des élections générales de février 1990. » Ce pronostic s'est avéré plus juste que l'auteur ne le pensait.
Même si le taux d'inflation é été réduit au premier semestre de 1989 grâce à une politique d'ajustement (dans meilleure tradition du Fonds monétaire international, FMI), le niveau de vie des masses ne s'est pas amélioré. L'inflation atteignait 792% au début de l'année, mais les salaires n'ont augmenté que de 120 % ; pire encore, l'indice des prix des produits de première nécessité a augmenté de 927, 56 %. Le taux d'inflation ne sévissant pas sur tous les produits de la même façon, le panier de la ménagère a été particulièrement frappé.
Une économie asphyxiée
Cette politique (que connaissent bien tous les pays d'Amérique latine) a été différemment appliquée au Nicaragua. Alors que le FMI impose les programmes d'austérité comme condition pour de nouveaux crédits, le Nicaragua n'a eu accès à aucun type de financement. L'aide économique et militaire des Etats-Unis au Salvador était de 1 630,8 millions de dollars entre 1983 et 1987 et de 3 769,8 millions de dollars pour le reste de la région, le Nicaragua n'a pas reçu un centime (selon les chiffres du Congressional Research Service et de l'Agence internationale pour le développement). Si le financement extérieur était de 100 en 1985, en 1988 il n'était plus que de 12,75.
Il faut aussi savoir que le volume des devises de l'agro-exportation s'est aussi réduit : en 1979 il était de 566,5 millions de dollars, alors qu'en 1988 il était de 235,7 millions de dollars. La politique d'ajustement appliquée au Nicaragua était bien particulière en ce sens qu'elle n'a même pas permis au pays de capitaliser.
La main-mise de l'impérialisme est plus évidente au Nicaragua que dans tout autre pays latino-américain. La politique de blocus économique a prouvé son efficacité sur un petit
Devant une telle situation, la question que l'on peut se poser est de savoir s'il y avait un autre modèle économique possible au Nicaragua. Certains seraient tentés de penser que la solution résidait dans la nationalisation de la majorité des moyens de production pour empêcher que les critères de marché incident de façon anarchique. Mais cette solution apparaît
NICARAGUA comme utopique. Nous avons à faire à un pays très petit, avec un des plus faibles niveau d'industrialisation du monde, avec une petite capacité de production essentiellement tournée vers le secteur agro-exportateur. La politique d'ajustement appliquée n'était pas idéale, certains aspects de la politique économique auraient pu être corrigés, notamment en ce qui concerne le réinvestissement des bénéfices, mais les données fondamentales du problème demeurent.
Il faut expliquer clairement ce que signifie le saccage impérialiste, sous peine de ne rien comprendre à ce qui se passe dans un pays comme le Nicaragua qui essaye de faire une révolution radicale et qui connaît de graves difficultés pour construire une société différente. Si l'on ajoute à tout cela le problème de la guerre, le tableau est complet.
Car le problème est complexe, les pays impérialistes ont connu une modification essentielle dans les rapports de travail. La restructuration économique a combiné de grandes transformations technologiques et des changements profonds dans l'organisation du travail. La remise en question du taylorisme a permis une nouvelle organisation dans les entreprises, qui a provoqué une augmentation substantielle de la productivité du travail. Tout cela s'est réalisé sans que la classe ouvrière des pays impérialistes ne puisse s'y opposer.
Aujourd'hui, les politiques d'ajustement économique appliquées dans les autres pays latino-américains nécessitent aussi de telles transformations... à la différence près qu'elles seront appliquées à des économies ravagées par la crise. Les niveaux de productivité ont tellement augmenté qu'ils engloutissent ces économies dans un sous-développement croissant. Cette situation concerne aussi l'économie du Nicaragua car la réorganisation du travail ne touche pas seulement l'industrie, mais aussi l'agriculture. Les niveaux standard de la productivité du travail fixés par le Japon, la RFA, etc, sont plus élevés que par le passé Dans cette situation, l'asphyxie d'une révolution dans un pays pauvre du tiers monde par l'impérialisme ne peut être évitée que par la riposte opportune et ferme des travailleurs des pays développés. La révolution des pays plus pauvres du tiers monde ne peut avancer qu'avec le soutien des travailleurs des pays impérialistes.
1) Pensamiento Propio, Managua, décembre 1989.
faire, le président utilise un langage compréhensible par tous les Nicaraguayens, celui du base ball : "il ne faut renvoyer la balle ni sur la droite, ni sur la gauche, mais au centre". » (1)
Cette citation reflète assez justement la stratégie électorale choisie par les sandinistes : il fallait obtenir une forte majorité à partir d'un discours simple, dépouillé de résonances gauchistes, dans une campagne d'où disparaissent les uniformes militaires. Mais cet antidote n'a pas été assez efficace pour apaiser les craintes d'une frange importante de la population qu'on ne peut qualifier d'antisandiniste, mais qui doutait que les sandinistes soient capables d'arrêter la guerre.
Un autre élément clé de cette défaite est la situation économique que traverse le pays. Le développement de l'hyperinflation a bouleversé toute l'économie. Les chiffres sont éloquents : en 1985 l'inflation était de 334,5 %, en 1986 de 747,4 %, en 1987 de 1 347,2 %, en 1988 elle atteignait le taux incroyable de 36 000 % et en 1989 elle retombait à 1700 %. Cela montre bien la pression qu'a subi l'économie nicaraguayenne. Evidemment, ce sont les secteurs populaires qui ont surtout payé le prix de la gestion économique du gouvernement sandiniste.
Dans son livre Nicaragua, Oscar René Vargas écrivait : « Le produit intérieur brut a reculé au niveau de la fin des années 50, alors que le produit intérieur par habitant a chuté au taux de celui des années 40. Selon des chiffres officiels, si en
NICARAGUA File d'attente devant un bureau de vote à Managua, le 25 février dernier (DR)
Cela ne signifie pas que les sandinistes n'aient pas commis des erreurs sur le terrain économique, et plus précisément sur le terrain social. L'existence d'une couche de membres de l'appareil d'Etat jouissant d'une série de privilèges est devenue une réalité insultante. L'ouverture de magasins pour diplomates (les diplotiendas) où pouvaient s'approvisionner certains fonctionnaires nicaraguayens grâce à des tickets spéciaux, à des prix inférieurs à ceux du marché, a provoqué la rancœur des plus défavorisés. Le Che Guevara nous avait déjà prévenus contre ce danger. Nous ne pensons pas pour autant qu'il existait au Nicaragua une couche social bureaucratique cristallisée mais on ne peut pas nier les effets pervers de ces phénomènes dans un pays dévasté
La faiblesse des organisations de masse créées après la révolution est un autre élément clé de la défaite du FSLN, ainsi que le rapport entre l'Etat, le Parti et les masses. Les grandes organisations populaires ont souffert de la politique économique mise en application. Elles se sont ainsi trouvées devant un dilemme : elles devaient ou se mobiliser pour créer une pression capable d'infléchir la politique économique du gouvernement ou l'avaliser en devenant ainsi de simples instruments de l'Etat aux yeux du peuple ; ces deux attitudes ont existé. Les "face à face avec le peuple" (2) étaient souvent préparés avec l'objectif avoué de faire pression sur le président et de modifier, ne fût-ce que partiellement, la politique salariale ou de crédits. Daniel Ortega a ainsi changé une série de mesures économiques. Mais ces réunions ont été aussi l'occasion d'avaliser et même de fêter la politique économique, provoquant un rejet populaire.
Ce mécontentement n'était ni orienté ni organisé par l'UNO — à notre sens, il ne l'est toujours pas. Mais un rejet sourd et à peine perceptible s'est installé. Le meeting de clôture de la campagne de Daniel Ortega à Managua a réuni des centaines de milliers de personnes (500 000 selon les sources les plus modestes) ; les mobilisations de Masaya, de Leon, etc., ont été aussi importantes. Cependant, beaucoup de leurs participants n'ont pas voté pour le FSLN, mais pour l'UNO ; certains devaient déjà avoir pris la décision de voter pour Violeta Chamorro, et pour les candidats de sa liste aux législatives ou aux municipales. Le vote aux trois scrutins a d'ailleurs été très homogène. Et cependant, tous ces gens avaient participé aux meetings du FSLN.
A cela, il y a deux explications : les gens ont voté pour l'UNO en pensant que le FSLN gagnerait les élections mais qu'il fallait créer un contrepoids au sandinisme, ou sont venus contraints aux meetings. Ils n'ont pas participé parce quelqu'un en particulier les y obligeait, mais simplement à cause du poids de l'Etat sur la société, et de l'existence d'un parti d'Etat. Les Latino-Américains connaissent bien de telles situations.
Nous ne voulons absolument pas établir une comparaison entre le Nicaragua et les régimes totalitaires de l'Europe de l'Est, rien ne serait plus faux. Mais le FSLN a réduit le problème de la construction d'un pays démocratique au problème du pluripartisme et aux élections au suffrage universel secret. Il n'a pas développé de démocratie d'un autre type — dont des embryons étaient présents au début de la révolution — qui est cependant fondamentale. Les grands secteurs de masse ne peuvent pas accepter une politique économique et une guerre comme celle du Nicaragua sans avoir la possibilité de décider de façon directe. L'identification entre les masses et l'Etat n'est pas pour autant étouffée mais, en l'absence de vases communicants, la majorité des travailleurs de la campagne et de la ville n'a pas compris les raisons de certaines mesures économiques.
Aujourd'hui, le FSLN doit garder l'objectif de la construction du pouvoir populaire démocratique. Seul un tel pouvoir peut créer les conditions pour résister à une politique d'agression impérialiste, donnant aux travailleurs le rôle de sujet de leur histoire et de leur devenir. Dans les conditions actuelles du Nicaragua, la récupération du gouvernement grâce au schéma parlementaire peut même passer par la consolidation de ce pouvoir.
Conséquenees du triomphe de l'UNO
Le résultat des élections a surpris non seulement le FSLN mais aussi l'UNO Les discussions au sein de cette alliance ont toujours été déterminées par la place qu'auraient ses candidats aux législatives dans les listes régionales et par la désigna tion des cinq premiers noms de la liste. L'UNO pensait obtenir environ 33 % des voix. Plusieurs jours après le 25 février, elle n'était pas encore capable d'établir des critères pour la formation d'un gou vernement stable et éviter une guerre citout en écrasant socialement le
Cette incapacité est étroitement liée à la nature de l'UNO. Cette Union n'a été possible que grâce la pression du gouverdes Etats-Unis. Des journaux comme le Financial Times (28 février 1990) caractérisaient l'UNO comme une « alliance hétéroclite soutenue par les Etats-Unis ». L'UNO va du Parti d'action nationale (PAN), d'extrême-droite, au Parti communiste du Nicaragua (PCdN), d'origine stalinienne. La question est de savoir combien de temps pourra durer une telle alliance. Dès le lendemain des élections, le vice-président élu, Virgilio Godoy a manifesté son désaccord avec la personne nommée par Violeta Chamorro pour négocier la transition avec le gouvernement sandiniste, en disant qu'il se considérait comme le plus apte à faire ce tra-
Godoy n'est pas seulement mégalomane, ces différences s'expliquent à partir des divergences qui existent entre les forces de l'UNO. Dans son discours de fin de campagne, Godoy a menacé direc-
2) Les "De cara al pueblo", ces réunions ouvertes, organisées par les organisations de masse, étaient des discussions avec des dirigeants du FSLN ou des membres du gouverne ment.
tement les membres du gouvernement sandiniste en déclarant qu'il allait « leur faire payer la note » après le 25 février. Au contraire, Violeta Chamorro a compris qu'une position d'affrontement était totalement contre-productive, elle s'identifie avec le courant qui représente directement les intérêts des Etats-Unis, dirigé aujourd'hui par Alfredo Cesar, du Parti social-démocrate (PSD), qui avait appartenu au gouvernement sandiniste et ensuite à la direction de la Contra.
Ce courant veut réussir une transition pour changer la nature de l'appareil d'Etat sans passer par une guerre civile ; il essaye tout au moins de s'emparer d'une bonne partie du pouvoir avant de prendre des mesures plus radicales contre les sandinistes, en utilisant un élément incontestable, la légalité de l'UNO et du vote.
Le FSLN bute là contre une limite, qui est par ailleurs facilement explicable dans le cadre de l'agression impérialiste. Cherchant à être reconnu, le FSLN a assumé, en signant les accords de San Isidro (voir Inprecor numéros 300 et 301 des 12 et 26 janvier 1990), une doctrine d'Etat selon laquelle la légalité ou la légitimité des régimes provient directement des urnes. Dans cette optique, le gouvernement de Cristiani au Salvador est légal et légitime car il est le fruit d'un processus électoral, même si la force politique plus importante du pays n'y a pas participé et si le président n'a reçu que 20% des suffrages. Pire encore, selon cette doctrine, un gouvernement peut faire ce qu'il veut s'il a été élu. Qu'il massacre des dirigeants du mouvement de masse, que son armée assassine six jésuites, qu'il bombarde de façon indiscriminée la population (voir Inprecor numéros 298 et 299 des 27 novembre et 11 décembre 1989)... ce n'est pas grave, car il a été élu.
Légalité ou légitimité ?
Cette vision brouille la différence qui existe entre la légalité et la légitimité. Alfredo Cristiani ou Violeta Chamorro ont été élus, selon des lois "réellement existantes" dans leurs pays, mais cela ne signifie pas qu'ils soient légitimes. La légitimité d'une révolution ou d'un mouvement social naît précisément de la perte de légitimité d'une institution gouvernementale. En d'autres termes, la légitimité exprime et englobe le problème de l'hégémonie politique au sein d'une société. Le gouvernement de Violeta Chamorro, de par l'appui reçu des Etats-Unis, de par ses rapports avec la Contra, etc., voit sa légitimité compromise.
Nous assisterons au Nicaragua à une sorte de coexistence de deux légitimités : celle issue du vote du 25 février et celle qui découle de la révolution du 19 juillet
Il est important de comprendre cette situation. Les Nicaraguayens ont voté massivement contre le FSLN, mais pas contre la révolution sandiniste. Ils ont voté contre l'administration et la politique économique du gouvernement, mais ils n'ont pas voté pour les projets politiques de l'impérialisme. Ils ont voté contre la guerre, mais pour la Contra. Ils n'ont pas non plus voté contre la réforme agraire, ni contre le droit des pauvres à être maîtres du lopin de terre où ils vivent, ni contre la nationalisation des banques, ni contre le monopole du commerce extérieur. Ils ont encore moins voté contre le droit de grève ou l'assistance aux personnes âgées. Ils n'ont pas plus voté contre l'Armée populaire sandiniste, même s'ils ne veulent plus du service militaire obligatoire.
Défense des conquêtes
Ces deux légitimités s'affronteront donc d'une façon ou d'une autre. Le FSLN est obligé d'accepter le résultat électoral mais aussi — comme l'a dit sa direction - de défendre les conquêtes de la révolution. Le chemin qui existe entre ces deux légitimités est semé de contradictions et de véritables voies sans issue. Le problème de l'armée est évident.
Il existe trois éventualités en ce qui concerne l'Armée populaire sandiniste qui synthétisent les différents scénarios possibles de l'affrontement entre ces légi-
Le FSLN peut penser qu'il est inévitable d'attendre six ans avant de revenir au gouvernement. Dans ce cas, il ne serait plus le parti de la révolution du 19 juillet et deviendrait un parti social-démocrate. Selon cette hypothèse, le FSLN n'agirait plus en fonction des conquêtes de la révolution et surtout entérinerait la dissolution de l'armée. Cette éventualité a peu de chances de se concrétiser. L'attitude prise par le FSLN, par sa direction et par sa base, après l'annonce du résultat des élections prend le chemin opposé. Nous restons donc optimistes quant à l'impossibilité d'une telle hypothèse.
Deuxième solution, la direction du FSLN assume une position dure et n'accepte aucun accord pour faciliter l'arrivée au pouvoir de Violeta Chamorro. FSLN insisterait alors pour garder les commandements et la direction de l'armée. Dans cette hypothèse, une inter-
NICARAGUA vention impérialiste est très possible. Les Etats-Unis attendront patiemment que des accords soient trouvés pour effectuer le changement de gouvernement, faute de quoi la décision d'envahir le Nicaragua est déjà prise.
Et, dernière hypothèse, le FSLN serait contraint de négocier certains aspects de l'appareil d'Etat et même de discuter du problème de l'armée, pour ne donner aucun prétexte ni à l'UNO, ni à son chef, les Etats-Unis, pour une invasion. Il développe en même temps une position de lutte de classes et commence progressivement a créer des éléments clairs d'ingouvernabilité, gagnant la majorité de la population à la légitimité de la révolution. Dans ce cas, la question n'est plus de savoir si ce processus dure deux ans ou six ans, mais de récupérer l'hégémonie politique dans la société dans un contexte international assez complexe.
Le FSLN (avec toute l'avant-garde révolutionnaire latino-américaine) est confronté à une situation politique très difficile. La perestroika, la politique agressive de l'impérialisme, l'échec des courants nationalistes, etc., constituent autant d'éléments favorisant une campagne internationale anticommuniste féroce. Les fables sur la "fin de l'histoire" ou sur la nécessité des idéologies "faibles" se heurtent à une réalité sociale de famine et de misère.
Un nouveau chapitre de la lutte des peuples d'Amérique latine se vit au Nicaragua. Comme en 1979, le FSLN se trouve aujourd'hui à la tête de cette lutte. Malgré la défaite électorale et certaines erreurs, le FSLN est toujours l'avant-garde des organisations révolutionnaires d'Amérique latine. *
7 mars 1990
Récents articles d Inprecor sur le Nicaragua * n° 286 du 17 avril 1989 Entre base et pouvoir Luis SERRA ' n° 291 du 3 juillet 1989
Numéro spécial Amérique centrale
* n° 292 du 4 septembre 1989
10e anniversaire de la Révolution
Arnold BERTHU * n° 294 du 2 octobre 1989
Une transition économique difficile
Interview de Luis CARRION Les bases du pacte social Interview d' Egardo GARCIA *n° 303 du 9 février 1990 Elections sur fond de crise Eric TOUSSAINT