AVEC TOUS les militants sandinistes qui se sont réunis ce matin au Centre des conférences Olof Palme, nous avons voulu réaliser ce premier "Face à face avec le peuple" depuis le 25 février. Nous avons longuement débattu, durant des heures, pendant que vous vous rassembliez ici, sur cette place Omar Torrijos, place des Non Alignés, qui est devenue trop petite. Pendant ce temps, nous avons continué à discuter et à discuter sans cesse de ce qu'a été, de ce qu'est et de ce que continuera à être le Front sandiniste de libération nationale (FSLN).
Nous nous sommes rappelés ces années durant lesquelles les militants sandinistes se sont formés dans les pires conditions, dans la clandestinité, en prison, sous la torture et face à la mort. Nous nous sommes rappelés que ce n'est pas le pouvoir matériel qui a fait le Front sandiniste. Ce n'est ni l'or, ni la richesse, ni la puissance matérielle qui a fait la révolution. Ce sont la combativité du peuple et la conscience sandiniste qui ont fait la révolution.
«Nous ne voulons pas de Guardias »
Comme vous l'avez dit, nous ne vouIons pas de Guardias (1), et nous n'aurons pas de Guardias. Nous ne voulons pas de guerre, et nous n'aurons pas de guerre, parce que telle est la volonté du Front sandiniste et la volonté du peuple.
Ce 25 février, les sandinistes et tout le peuple du Nicaragua ont donné une grande leçon de démocratie. Et nous, les sandinistes, sommes fiers d'être la base, le fondement, le pilier principal de la démocratie au Nicaragua, car on ne peut comprendre la démocratie sans le sandinisme ni le sandinisme sans la démocratie.
Le grand gagnant, le grand vainqueur de ces élections c'est le Front sandiniste qui a donné la démocratie au Nicaragua. S'il n'y avait pas eu le Front sandiniste, le peuple du Nicaragua n'aurait jamais rêvé d'élections comme celles du 25 février 1990.
De cette place, devant ce peuple courageux, héroïque, dévoué et sacrifié, je veux déclarer que nous sommes entièrela révolution reste
Voici le discours prononcé par le président sortant
Daniel Ortega à Managua le 27 février dernier, devant une foule enthousiaste d'environ 40 000 personnes.
Ainsi, deux jours après la victoire électorale de l'Union nationale d'opposition (UNO), les partisans du Front sandiniste semblaient avoir retrouvé leur combativité et avoir la volonté de conserver intactes les conquêtes de la révolution.
Daniel ORTEGA ment disposés à appuyer toutes les actions qui seraient menées en faveur du peuple, mais que nous avons la détermination et la ferme volonté de nous opposer et de résister, en nous appuyant sur la force du peuple, à toutes les actions qui iraient contre la volonté populaire.
La sécurité, la stabilité à l'intérieur du pays, et le développement de la démocratie au Nicaragua, sont les fruits des conquêtes fondamentales de la révolution. Ces conquêtes, il faut les respecter.
Nous sommes entièrement disposés à contribuer à la paix et à la stabilité, à condition que le peuple ne soit pas menacé, à condition que le peuple soit respecté, à condition qu'il n'y ait pas d'esprit de vengeance. Car ce peuple a suffisamment de ressources pour affronter et écraser ceux qui seraient animés d'un esprit de vengeance.
Je vais vous lire la déclaration du
Front sandiniste de ce 27 février, jour anniversaire de l'assassinat d'un groupe de jeunes par la Contra, à San José de las
Mulas. Pour ces morts, nos morts, nous jurons de défendre la victoire.
Le Front sandiniste de libération nationale informe le peuple du Nicaragua, qu'aujourd'hui, la Direction nationale a convoqué tous les cadres et dirigeants révolutionnaires qui remplissent des tâches au sein du FSLN, dans le gouvernement, les Forces armées, les syndicats, les organisations de masse et les organismes professionnels, à une réunion plénière pour discuter et analyser les résultats des élec-
Cette réunion est parvenue aux conclusions suivantes.
1) Depuis la victoire de la révolution, le Front sandiniste de libération nationale
La donné au peuple, pour la première fois de son histoire, la possibilité d'accomplir un libre choix démocratique, par des élections libres, justes et honnêtes, et c'est une conquête de la Révolution. 2) Le Front sandiniste de libération nationale a aujourd'hui la responsabilité de garantir et de veiller à la continuité du processus révolutionnaire, de tous les acquis et de toutes les transformations accomplies, dans les domaines tant politique que social et économique, car il est le parti de la révolution, et le parti le plus grand, le plus solide et le mieux organisé. Le changement de gouvernement ne signifiera en aucune sorte la fin de la révolution.
3) Le Front sandiniste de libération nationale luttera sans merci pour que l'on ne revienne ni sur le processus de réforme agraire ni sur la remise de terrains aux habitants des villes. Il en sera de même face à toute tentative pour démanteler les acquis sociaux obtenus grâce à la révolution, notamment le soutien aux Mères des héros et martyrs, aux orphelins de guerre et aux handicapés de guerre.
4) Le Front sandiniste de libération nationale exige le démantèlement et le désarmement immédiats de la contre-révolution, ainsi que la libération des personnes séquestrées, pour que la transition pacifique et régulière du gouvernement s'accomplisse.
5) Dans le cadre fixé par la Constitution politique, le Front sandiniste de libération nationale défendra l'intégrité et le professionnalisme de l'Armée populaire sandiniste et du ministère de l'Intérieur.
Le Front sandiniste défendra aussi l'irréversibilité des conquêtes fondamentales de la révolution, comme la nationalisation du secteur bancaire, du commerce extérieur, des ressources naturelles et de l'Aire de propriété du peuple (2).
6) Le Front sandiniste de libération nationale restera vigilant pour s'opposer à toute restriction des droits garantis par notre Constitution, comme le droit de s'organiser librement dans des syndicats, le droit de grève, le droit de se mobiliser
1) Les "Guardias" étaient les membres de la Garde nationale de Somoza.
2) L'Aire de propriété du peuple (APP) est le secteur nationalisé.
et la liberté de la presse. De la même manière, nous défendrons les travailleurs du secteur public contre toute tentative de licenciement, cette garantie ayant été établie dans la Constitution à l'initiative des partis politiques.
Au nom du Front sandiniste de libération nationale, je veux saluer la participation massive du peuple à ces élections ; je tiens à remercier les 40 % de Nicaraguayens qui ont accordé leur vote au parti le plus fort et le plus grand du Nicaragua, au FSLN.
Nous, les milisandinistes, sommes également certains que la majorité de ceux qui ont donné leurs suffrages à l'UNO ne l'ont pas fait parce qu'ils sont contre-révolutionnaires.
Les peuples ne se vendent pas ; les peuples peuvent faire des erreurs, mais ils savent les corriger. Et je suis sûr que les Nicaraguayens sauront vite découvrir la vérité ; l'opposition lui a dit que tout irait mieux, malgré cela une partie importante du peuple, une proportion immense de la population, 40 %, a donné ses suffrages au FSLN.
Mais il y a eu un autre secteur important de la population, qui a voté pour l'UNO, que nous devons respecter, car ce n'est pas le secteur extrémiste et sans honneur ; non, ces gens ne sont pas comme ça, ils ne sont pas malveillants envers la révolution. Ces Nicaraguayens ont cru que la situation s'améliorerait avec l'opposition. Ils pourront donc se convaincre d'eux-mêmes, et voir quel est le gouvernement qui, en réalité, a défendu le peuple, si c'est le gouvernement sandiniste ou le gouvernement à venir.
Nous sommes habitués à faire face aux moments difficiles. Et la situation que nous vivons aujourd'hui n'a rien à voir avec celle du FSLN avant le triomphe de la révolution.
Comme je le rappelais tout à l'heure aux camarades, lors de l'assemblée des cadres, le 7 novembre 1976, je me trouvais dans une maison clandestine dans un quartier de Managua. J'étais avec le camarade Eduardo Contreras. Carlos Fonseca (3) se trouvait dans la montagne. Nous cherchions le moyen de réunir les dirigeants sandinistes poursuivis par la Garde nationale. Nous voulions nous rencontrer pour nous réunifier; en effet, nous avions des problèmes internes, il y avait des divergences (4).
Je rappelais tout à l'heure aux cadres du Front à quel point les militants du FSLN, qui se trouvaient dans la clandestinité ici à Managua et dans tout le pays — nous étions alors quelques dizaines — furent bouleversés ce 7 novembre à l'annonce de la mort de Carlos Fonseca, Manifestation du FSLN place de la Révoiution à Managua (DR) comme plus tard de celle d'Eduardo Contreras. Et, lorsque les journalistes m'ont demandé : « Et avant la victoire de la révolution, comment imaginiez-vous le gouvernement du FSLN, comment pensiez-vous gouverner ? », je leur ai répondu qu'à vrai dire, nous, militants sandinistes, nous étions certains de triompher, nous étions sûrs que le peuple allait gagner, mais nous étions également persuadés de ne pas voir la victoire parce que nous allions mourir au combat. Nous n'aurions jamais imaginé voir la victoire.
Ceci pour dire que nous, nous ne sommes pas nés là-haut. Nous sommes nés en bas, et nous avons l'habitude de combattre d'en-bas. Nous avons l'habitude de combattre et de lutter face à nos bourreaux, face à nos tortionnaires. Nous avons l'habitude de combattre et de lutter depuis les prisons. Aujourd'hui, alors qu'il existe un pouvoir populaire, un pouvoir révolutionnaire, nous sommes en de bien meilleures conditions à court terme pour gouverner à nouveau dans ce pays d'en-haut. Le jour où nous gouvernerons à nouveau d'en-haut reviendra. (...)
Nous continuerons à gouverner d'en-bas, et nous ferons respecter nos droits. Ils voulaient gouverner ? Eh bien, nous leur avons donné la possibilité de gouverner.
NICARAGUA
Nous leur transmettons ce fardeau, un fardeau qui est un peu lourd. Nous verrons comment ils s'en sortiront.
Ils voulaient que le Front soit dans l'opposition ? Eh bien, nous sommes dans l'opposition. Et nous allons défendre cette démocratie pour que le peuple puisse exercer son droit plein et entier à s'opposer, non pas à outrance, non pas sur des coups de tête, mais contre tout ce qui irait contre lui. Car nous ne permettrons pas cela.
C'est d'en-bas que nous voterons.
Et, mes frères - ne manquons pas de foi
— nous serons rapidement rejoints par tous ceux qui ont voté pour l'UNO :
ils viendront voter pour le Front d'en- bas.
Tout ce peuple, le peuple qui a voté pour le Front, et celui qui a voté pour l'UNO, jamais au grand jamais ne votera contre ses propres intérêts. Eh bien, nous obtiendrons d'en-bas
99,99 % des suffrages
Le FSLN a une position constructive, une attitude ferme, conséquente et patriotique. Maintenant que la balle se trouve dans l'autre camp, alors nous, mes frères nicaraguayens, nous nous engageons en tant que militants sandinistes à continuer à défendre ce Nicaragua libre depuis
1979. Il y aura des lâches qui trahiront, comme Judas, dans des moments comme ceux-ci. Mais, jamais, absolument jamais, le peuple n'a trahi, car il ne peut pas se trahir lui-même
Mes frères, nous allons continuer la bataille pour la démocratie, pour la dignité nationale, pour le Nicaragua. Nous allons retourner dans les quartiers, dans les usines, dans les villages, nous allons continuer les "Face-à-face avec le peuple". Car le FSLN est né dans le peuple, il est dans le peuple, et jamais il ne cessera d'être dans le peuple.
*
Barricada
Managua, 28 février 1990
3) Eduardo Contreras et Carlos Fonseca étaient deux des principaux dirigeants du FSLN. Fonseca avait fondé le FSLN en 1961 avec, entre autres, Tomas Borge
4) En 1976, le FSLN éclate en trois tendances (la tendance
"Guerre populaire prolongée", la tendance "Prolétaire" et la tendance "Tercériste" ou insurrectionnaliste) : elles se sont réunifiées quelques mois avant la victoire de la révolution.