pouvoir blanc et le mouvement noir, en vue d'aboutir à une solution négociée, une analyse de la situation au Zimbabwe acquiert une grande importance. En effet, ce pays (ancienne Rhodésie) a acquis son indépendance il y a dix ans, à la suite des accords de Lancaster House, imposés par la Grande-Bretagne aux deux principaux partis (ZANU, dirigé par Robert Mugabe et ZAPU dirigé par Joshua
N'Komo) au terme d'un processus de négociations qui a mis fin à la guerre de représentait pour lui l'exemple de la réconciliation qu'il souhaite pour l'Afrique du Sud. De plus, la région dans son ensemble va vivre une période capitale avec tentent de mettre en œuvre de fragiles plans de paix avec l'aide de leurs voisins de
L'année 1990 sera cruciale pour le Zimbabwe, car les dispositions contenues dans la Constitution de Lancaster House prendront bientôt fin et des élections législatives se dérouleront en mars/avril. La ZANU et la ZAPU se présenteront unifiées sous le sigle de la ZANU, après un processus d'intégration qui a duré deux
Le Willowgate
A l'heure où l'on s'oriente vers des pourparlers en Afrique du Sud entre le libération (1). Récemment, Nelson Mandela a déclaré que le Zimbabwe la Namibie qui sera bientôt indépendante, et l'Angola et le Mozambique qui la "ligne de front" (2).
ans et qui est maintenant presque achevé.
Sophie HA WES
L'ANNÉE 1989 a été marquée par l'expression de certaines tensions sociales. Tout d'abord, la question toujours sous- jacente de la corruption des dirigeants de la
J ZANU a ressurgi brutalement avec une série de révélations sensationnelles surnommées "Willowgate".
Ensuite il y a eu les grèves, les manifestations et les faibles résultats aux élections partielles. Tout indique que les travailleurs, les étudiants et les paysans ne sont pas prêts à accepter un faible niveau de vie tout simplement parce que « la
Banque mondiale est impressionnée par les succès du Zimbabwe » et souhaite pour cela la poursuite de la même politique économique. Enfin, la répression et les arrestations incessantes de ceux qui critiquent ouvertement le régime ont de nouveau posé la question de la liberté d'expression et de rassemblement.
Les manifestations paysannes et estudiantines de 1988 ont produit la soudaine disparition du "climat de peur" qui était la norme auparavant. Malgré la répression, le franc-parler des étudiants et l'audacieuse défiance du peuple de Gutu (3) ont
ZIMBABWE servi de catalyseur à la colère populaire. D'un seul coup, tout le monde s'est mis à se plaindre des méfaits de ceux qui sont au pouvoir ainsi que de la hausse des prix, des énormes dépenses consacrées à construire le nouveau stade, le centre de conférence et l'état-major du parti, de l'état lamentable des logements et des transports publics ainsi que de l'absence de progrès de la réforme agraire.
La boîte de Pandore
Auparavant les critiques étaient formulées de façon plus détournée, passive, par exemple par le boycott des manifestations officielles où l'on répondait à contre cœur aux slogans habituels du Parti.
Maintenant que la boîte de Pandore est ouverte, les plaintes commencent à fuser de partout, dans les autobus, les magasins, les matchs de football ou les bars.
En grande partie, tout a tourné autour
1) Les accords néo-coloniaux de Lancaster House (Londres, décembre 1979) prévoient le maintien de fait du Zimbabwe dans le giron impérialiste, tout en préservant les intérêts des colons blancs.
Ces accords prévoyaient l'organisation d'élections avec la participation de la ZANU et de la ZAPU, mais 20 % des sièges étaient d'emblée réservés aux blancs.
La ZANU (Zimbabwe African National Union Patriotic Front, Union nationale africaine du Zimbabwe) dirigée par Robert Mugabe est au pouvoir depuis février 1980, date de la proclamation de l'indépendance.
La ZAPU (Zimbabwe African People's Union, Union nationale du peuple africain du Zimbabwe) est dirigée par Joshua
MOZAMBIQUE ZAMBIE
Madziwa o Bindur o Shamve Livingstone Chinhoy HARARE
Kadome&
Hwange
GWal Chimanimani c 3 Masvingo Bulawayo
Gwande d Nuanetsi MOZAMBIQUE
Beit Bridg REP D'AFRIQUE DU S du "Code de direction" qui a été mis en avant par les militants de base au lle Congrès du ZANU en 1984. Le code suggérait que les dirigeants du Parti ne devaient pas posséder de capitaux, pas plus de vingt hectares de terre, ni plus d'une maison. Ils ne devaient pas toucher plus d'un salaire ni diriger une entreprise capi-
Dans un Parti qui manie fortement la rhétorique socialiste, mais qui est très faible sur tout ce qui concerne la transformation socialiste réelle, le "Code de direction" a symbolisé pour beaucoup la direction anti-capitaliste et socialiste que le parti devait prendre. Mais les dirigeants ont trouvé à chaque fois de bonnes excuses pour ne pas l'appliquer. Maurice Nyagumbo, mis en cause par la suite dans le Willowgate, a déclaré qu'il était difficile au Parti d'appliquer le code, car les dirigeants s'étaient transformés en "bourgeois". Un autre notable impliqué dans le Willowgate, Enos Nkala, a souligné que « le débat était houleux dans le Parti car tout le monde n'était pas socialiste » (4). Le président Mugabe lui-même a déclaré que les dirigeants avaient deux options : « quitter leur poste ou renoncer à leur propriété », mais rien n'a été fait.
Il est bien connu que de nombreux dirigeants du parti possèdent différents types de propriétés, de grandes fermes, des ranchs, des hôtels ou aussi des participations à des affaires, utilisant souvent le nom des membres de leur famille. Mais, comme le "Code de direction" ne fait pas partie de la loi, ces choses ne sont pas forN'Komo. La ZAPU a été exclue du pouvoir lors des élections de 1982, après avoir été dans l'opposition.
Ces deux organisations ont signé un accord d'unité en dé. cembre 1987.
2) Les pays de la ligne de front" (Angola, Mozambique, Zambie, Zimbabwe, Tanzanie) sont les pays qui sont en guerre ouverte avec l'Afrique du Sud.
3) Les manifestations étudiantes ont éclaté à la suite de l'acquittement de la vice-ministre des Affaires politiques, député de Gutu, accusée d'incendie volontaire (voir Inprecor numéro 279 du 9 janvier 1989).
4) Interview d'E. Nkala par Saul Ndlovu dans Magazine Price décembre 1985.
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WAN
ZIMBABWE cément illégales. Bien que certains dirigeants connus aient été suspectés de corruption, aucune preuve n'avait encore été retenue contre eux jusqu'au jour où Geoff Nyarota, rédacteur en chef de The Chronicle, journal siégeant à Bulawayo et contrôlé par le gouvernement, se risqua à enquêter à la suite d'une rumeur.
En quelques semaines, Nyarota et sa petite équipe mirent leur nez dans les affaires de certains dirigeants du Parti de Bulawayo, rendant compte chaque jour de leurs investigations dans leur journal. Plus d'une fois ils furent agressés physiquement, menacés et insultés, ce qui suscita l'intérêt des lecteurs. Petit à petit, il devint clair que certaines personnes très haut placées étaient impliquées dans un trafic de vente de voitures de luxe qui leur étaient fournies par un magasin gouvernemental, Willowvale Motor Industries, à des prix fixés par le gouvernement. Elles étaient revendues à des prix fortement majorés à une série d'hommes d'affaires. C'est ainsi que ce scandale fut surnommé "Willowgate".
La corruption au grand jour
La révélation du scandale du Willowgate eut l'effet d'un coup de tonnerre. The Chronicle devint la marchandise la plus recherchée du pays, de longues queues se formaient chaque jour aux points de vente. Désormais la question de la corruption au plus haut niveau du Parti ne pouvait plus être ignorée. Mugabe forma immédiatement une commission sous la direction du magistrat Wilson Sandura pour enquêter publiquement sur l'ensemble de l'affaire.
Ceux qui ne pouvaient justifier la provenance de leurs véhicules fournis par Willowvale furent traduits devant une cour publique et interrogés sur leurs affaires personnelles. Le rapport de la commission recommanda la poursuite pour faux témoignage de quinze personnes dont les réponses étaient apparues comme très douteuses. Six d'entre elles étaient des membres importants du gouvernement. Ils occupaient également diverses responsabilités dans la ZANU, au plus haut niveau du Bureau politique ou au Comité central (sauf Mudenda qui était un dirigeant provincial). Nyabumbo était le secrétaire national du Parti à l'administration et Nkala, le secrétaire du Parti aux finances.
Un autre des inculpés, Shava, fut plus tard condamné à une amende de 150 000 dollars zimbabwéen (1 dollar US = 2 dollars zimbabwéens) pour avoir vendu des automobiles au-dessus du prix réglementaire. Il fut aussi accusé de parjure durant les audiences de la commission et condamné à neuf mois d'emprisonnement. Il fut gracié par le président avant d'effectuer sa peine. Depuis lors, aucun de ses autres collègues du Willowgate n'a été traduit en justice pour faux témoignage, bien qu'ils aient probablement été condamnés à une amende pour avoir enfreint la règlementation des prix.
Si le Willowgate a représenté la plus sérieuse crise qu'ait connu la ZANU depuis l'indépendance, Mugabe a réussi à se sortir relativement indemne de ce mauvais pas. Sa réputation dans la classe dirigeante de "remarquable pragmatique" a même été renforcée par ces événements. Il a montré qu'il était prêt à admettre la critique publique de certains de ses collègues les plus proches et a même encouragé vivement leur démission, sachant bien que c'était le prix nécessaire à payer pour calmer les critiques de plus en plus vives sur la politique du Parti. quête a réussi à détourner l'attention du public de la question beaucoup plus fondamentale de l'accumulation massive de propriétés et de richesses par une grande partie de la direction du Parti. La question sous-jacente de la transformation du Parti en une couche bureaucratique qui défend les intérêts du capital - dans la mesure où un nombre croissant de ses membres deviennent eux-mêmes des capitalistes — fut éludée sans difficulté.
Le goût amer de la perestroika
Les retombées du Willowgate furent également instructives. Geoff Nyarota, rédacteur en chef de The Chronicle, fut gentiment "remercié" et nommé responsable des relations publiques à Harare, la capitale. Son adjoint, Davison Maruziva, a été muté et nommé éditeur adjoint du journal Herald à Harare. Le député Byron Hove, proche du gouvernement, mais qui n'hésite pas à formuler des critiques, a cité Gortbatchev au cours d'un débat parlementaire sur la "promotion" de Nyarota : « La critique est une médecine amère, mais les maladies dont souffre la société la rendent nécessaire. Ceux qui pensent qu'il ne faut utiliser la critique que par petites doses et seulement à certains moments se trompent. Ceux qui ont tendance à penser que la stagnation est complètement surmontée et que l'on peut maintenant se relâcher se trompent tout autant. Un ralentissement de la critique fera inévitablement du mal à la glasnost et à la perestroïka. » (9)
Mais si le Willowgate a permis de goûter aux délices de la glasnost, le goût amer de la perestroika n'allait pas se faire attendre. En mai 1989, Mugabe mit en
place la politique gouvernementale d'ajustement structurel qui devait accompagner les nouvelles orientations d'investissement.
Le ministre responsable des Finances, de la Planification économique et du Développement, le docteur Bernard Chidzero — qui dirige également le comité de la Banque mondiale de développement — déclara qu'après avoir analysé la croissance en dents de scie du Zimbabwe depuis l'indépendance et la montée du chô-
5) Extraits de la conférence de presse donnée par M. B. Conable, président de la Banque mondiale, lors d'une récente visite au Zimbabwe. The Herald du 23 novembre 1989.
6) Dr Bernard Chidzero, ministre principal des finances, de la planification économique et du développement. The Herald 9 mai 1989.
7) Extrait d'une déclaration à la presse du 3 octobre 189 de la Confédération des syndicats du Zimbabwe sur la fermeture des universités du pays.
8) Extrait d'un tract ; "En défense de la liberté universitaire" diffusé par le Conseil représentatif des étudiants de l'université du Zimbabwe, 2 octobre 1989.
9) Débats parlementaires du Zimbabwe, 15 février 1989.
mage, le gouvernement avait au plus haut niveau « franchi un grand pas dans la reconnaissance du besoin du Zimbabwe d'une politique orientée vers le marché, de moins d'intervention gouvernementale et d'une dérèglementation. »
Parallèlement, il s'empressa de nier que cela représentait une négation des principes socialistes du Zimbabwe, soulignant que le gouvernement restait « attaché à la transformation du système social pour que les pauvres puissent être intégrés.» Dans le plus pur style néokeynesien, il épousa les principes d'une « croissance rapide, du plein emploi, de la stabilité des prix, de l'efficacité dans l'allocation des ressources et d'un partage équitable des bénéfices. » (10)
Facilité aux investisseurs étrangers...
Fondamentalement, les directives d'investissement ont été conçues pour offrir des incitations aux investisseurs potentiels (particulièrement les étrangers), sous la forme de réductions de taxes, d'incitations à l'exportation, d'abolition du contrôle des prix ainsi que de l'assouplissement des règlements de contrôle des changes. La politique précédente, qui voulait que les "nouveaux" investisseurs (qui ont investi après septembre 1979, au moment où la guerre tirait à sa fin) puissent rapatrier 50 % des profits nets d'impôts, alors que les "vieux" investisseurs (d'avant 1979) pouvaient continuer à rapatrier 25 % de leurs profits nets d'impôts, fut réaffirmée. Des investisseurs très privilégiés pourraient même être autorisés à rapatrier 100% de leurs profits nets d'impôts pendant une courte période.
Les nouvelles orientations soulignaient que la priorité serait donnée à l'établissement de nouvelles industries capitalistes de biens intermédiaires et de biens de consommation ainsi qu'à celles qui se consacreraient sérieusement à une production orientée vers l'exportation.
En particulier, pour promouvoir la croissance des zones rurales, il était annoncé que les investissements proposés dans des zones éloignées des grands centres urbains seraient jugés très favorablement. On insista sur les mines et la manufacture, mais par égard à la sensible "question agraire", le rôle de l'agriculture commerciale à grande échelle fut diminué de façon à encourager les investissements dans les zones communales et les zones de population transférées qui forment approximativement 70 % du total de la population (11). Une nouvelle politique salariale était prévue, ainsi que le retrait graduel du contrôle des prix et un programme de libéralisation du commerce.
La réaction des propriétaires fut prudemment optimiste. La Confédération des industries du Zimbabwe (CZI), salua surtout la levée du contrôle des prix tout en soulignant qu'il fallait en faire plus pour aider les petites entreprises à obtenir des liquidités, particulièrement sous la forme d'une dérèglementation des taux d'intérêt.
••. austérite pour les travailleurs
Mais c'est lorsque que la première série d'augmentations de prix fut annoncée que les implications de la nouvelle politique économique se firent sentir pour les travailleurs et les consommateurs. En juin, le prix du Roller meal (farine de maïs, la nourriture de base du pays) augmenta brutalement de 32%, le pain de 21 % et l'huile de cuisine et la margarine de 10%. Ces hausses furent suivies par des augmentations des prix du lait, de la viande et du riz. Mugabe essaya de présenter cela comme des instruments qui devaient «permettre aux travailleurs de connaître les revendications à faire au cours des négociations avec leurs employeurs. » Personne ne l'a cru et cette déclaration eut pour effet d'élargir encore plus le mouvement d'indignation.
Ces hausses furent suivies par la fin du blocage des prix — en place depuis 1987 — et par l'introduction de nouvelles procédures de contrôle des prix, libérant celui de tous les produits, sauf des biens de première nécessité ou stratégiques. Presque immédiatement les prix se mirent à grimper.
La politique salariale fut dévoilée en juillet. Elle proposait une "libre négociation collective" dans les industries dirigées par les Conseils industriels, tout en recommandant que les augmentations se situent entre 5 et 16 %. Ceci exclue les travailleurs des grandes fermes ou plantations, les domes- Nestlé tiques et les compagnies ayant des difficultés financières pour lesquelles le ministre ferait des propositions particulières.
Déjà avant que les hausses de prix ne fassent sentir leurs effets, il a été estimé (12) que le dollar zimbabwéen avait chuté de 65 % depuis 1980 et que pour préserver le taux d'inflation les augmentations ne devraient pas dépasser 15 % par an. Les effets des règlements sur le minimum salarial — qui a été mis en place peu de temps après l'indépendance — ont fait que les salaires ont été régulièrement réduits, la plupart des observateurs arrivant à la conclusion que le niveau actuel des salaires est à peu près celui de 1975.
ZIMBABWE
Les grèves qui en ont résulté ont témoigné des difficultés du peuple pour s'en sortir. En juin, les jeunes médecins des hôpitaux — c'est-à-dire les médecins mal payés du secteur public — partirent en grève sur des revendications salariales. En août, ce fut le tour des ouvriers des chemins de fer, des mécaniciens et des aiguilleurs qui entreprirent une série de grèves pour des augmentations salariales de 15 à 20 %. Plus tard, au cours du même mois, les employés des télécommunications se battaient également pour des aug mentations salariales. Le gouvernement répondit par des licenciements massifs et l'établissement de nouvelles règlementations d'exception concernant les conflits du travail. Les nouvelles règles stipulaient que quiconque faisait grève ou encourageait à la grève dans un service essentiel pouvait être condamné à 2000 dollars zimbabwéens d'amende (soit juste un peu moins que le salaire annuel moyen d'un ouvrier), et à deux ans de prison ou aux deux à la fois.
La «libre négociation collective*
Les services dits essentiels comprennent les hôpitaux, les transports, l'eau et l'électricité, les égouts et les systèmes sanitaires, les mines de charbon, les communications et tous les services liés à la production, à l'approvisionnement, à la livraison et à la distribution de nourriture, de carburant et de charbon. Le nombre de travailleurs concernés est vaste, compte tenu de la structure de l'économie du Zimbabwe, basée sur l'agriculture (15 % du Produit national brut, PNB ) ; sur un secteur de manufacture (30 % du PNB) fortement lié à l'agriculture (en particulier pour l'industrie alimentaire) ; sur les services de transport de ces deux secteurs, sans parler des mines, du transport de pétrole et de la production électrique. Visiblement, la "libre négociation collective" appuyée par des mobilisations a En plus des conflits du travail, de nombreux conflits sociaux importants ont eu lieu. Un des plus spectaculaires s'est déroulé à Kariba, la plus grande station balnéaire du Zimbabwe, sur le lac de Kariba. Des résidents appartenant à la classe ouvrière manifestèrent
10) The Herald, 9 mai 1989.
11) Ces zones communales ou tribales sont les zones où la population noire était cantonnée avant l'indépendance. Les zones de réinstallation sont les terres rachetées aux fermiers blancs pour être redistribuées aux noirs
12) Chiffres établis par la RAL Merchant Bank, parus dans la Financial Gazette du 5 mai 1989
ZIMBABWE dans les rues, armés de bâtons et de pierres, pour protester contre les augmentations de plus de 100 % des loyers municipaux. Ils marchèrent vers les bureaux de la municipalité où ils séquestrèrent des officiels durant plusieurs heures et brisèrent systématiquement toutes les fenêtres jusqu'à ce qu'ils soient dispersés par la police à l'aide de matraques et de gaz lacrymogènes (13).
Mais, probablement, l'indication la plus claire des orientations de la ZANU vers des solutions bourgeoises aux problèmes sociaux et économiques est la façon dont elle s'oppose régulièrement aux critiques les plus anodines ou à l'expression pratique de la démocratie. Ses deux principales armes sont le musellement des médias appartenant à l'Etat et l'utilisation continuelle des règlementations exceptionnelles qui datent des premiers jours de la Déclaration (UDI) faite par le régime blanc raciste de Smith, en 1965. Alors que le justifie le maintien de l'état d'urgence se prévalant des réell'Afrique du Sud et des rebelles de la Résistance nationale du Mozambique l'Afrique du Sud(RENAMO), les décrets qui permettent la détention sans jugement ont régulièrement été utilisés contre de simples critiques dont le seul crime était d'avoir osé prendre la parole en public (14).
Le parti de Tekere
Un ancien chef de la guérilla qui critiquait ouvertement la ZANU, le député Edgar Tekere, avait été exclu du Parti (voir Inprecor numéro 279 du 9 janvier 1989). Il a maintenant fondé le Mouvement pour l'unité du Zimbabwe (ZUM) basé dans sa région d'origine, la province orientale du Manicaland. Politiquement le ZUM n'est pas très important, il n'a pas de programme public ni même de leaders reconnus, hormis Tekere lui-même. Cependant, la grande habileté politique de Tekere est d'articuler les sentiments et les critiques faites par le povo (15). C'est pour cette raison que la ZANU a systématiquement empêché le ZUM de faire des manifestations, des meetings ou d'imprimer des tracts ; des organisateurs du ZUM ont même été détenus et pourchassés.
Malgré cela, le ZUM a réussi un score honorable de 28% aux élections partielles de juillet à Dzivaresekwa, une banlieue noire de Harare, même si ce pourcentage a été considérablement réduit dans les élections partielles ultérieures organisées à cause des démissions qui ont suivi le Willowgate. Mais, bien qu'ayant remporté tous les sièges, la ZANU et la ZAPU ont été rudement frappées par la faible participation électorale (30%).
Les femmes de la ZANU et les syndicats haussent le ton
La démocratie n'était pas non plus très visible lors des Congrès des femmes et des jeunes, réunis pour décider de l'unification des branches correspondantes des anciens partis ZAPU et ZANU. Le rôle joué par les Ligues de jeunes et de femmes s'est illustré par le fait que seuls les discours de Mugabe lors congrès ont été publiés. Alors que les meetings de province avaient établi leurs propres listes de candidats aux postes nationaux, dans les deux cas, ce fut la "présidence" tenue par Mugabe qui établit la sélection finale des candidats au nom à la fois des jeunes et des femmes. Dans le cas du Congrès des femmes, ceci provoqua presque un affrontement lorsque l'assemblée refusa purement et simplement de cautionner le choix fait par la"présidence" de deux candidates, Abigail Vera et Ivy Gwaradzimba. Il y eut également un grand mécontentement suite à l'élection de Sally Mugabe comme secrétaire des Affaires féminines, mais il fallut s'y résigner car il était difficile de dire ouvertement au président que sa femme est largement impopulaire et suspectée de corruption à une grande échelle.
Pour le cas d'Abigail Vera ce fut différent. Les femmes n'hésitèrent pas à dire que l'unique raison pour laquelle elle avait été choisie est qu'elle est une amie proche de Sally Mugabe, qu'elle n'a aucune base populaire et qu'elle est inconnue dans la Ligue des femmes. Des critiques similaires furent faites à propos d'Ivy Gwaradzimba. Les femmes refusèrent spectaculairement ces deux candidates par des huées et des railleries, chantant et dansant pendant plusieurs heures fit, non sans avoir auparavant remplacé
13) Cité dans le magazine populaire Parade, en janvier 1989.
14) Un rapport important concerant les violations des droits de l'homme et les abus de la règlementation sur l'état d'urgence a été rédigé par un groupe sympathisant du gouvernement : Zimbabwe, une rupture par rapport au passé?, Richard Carver, An African Report, octobre 1989.
15) Povo signifie le peuple ou les masses, c'est un terme issu du portugais, du temps où les forces de la ZANU étaient les deux femmes par deux autres candidates proposées par l'assistance.
Ce fut surtout la deuxième vague de manifestations d'étudiants, presque un an après la première, qui permit de mettre en évidence l'intolérance du gouvernement à la liberté d'expression, en particulier pour l'expression des opinions qui ne sont pas les siennes. Les étudiants se battaient de nouveau à propos des principales questions économiques qui ne sont pas abordées par le gouvernement (voir encadré p. 32). La réponse prit la forme d'un fort bataillon de deux cents policiers de combat qui marchèrent sur le campus universitaire, équipés d'armes automatiques, de gaz lacrymogènes, de matraques caoutchouc et de munitions réelles. Un combat sanglant de quatres heures s'enet « ZUM, ZUM, ZUM ».
Des centaines d'étudiants furent encerclés et le président du Conseil représentatif des étudiants, Arthur Mutambara, fut détenu avec tout son exécutif. L'université fut fermée après des discussions hâtives entre l'impopulaire vice-chancelier, le professeur Walter Kamba, et le chancelier de l'université, le président Mugabe.
Cette succession d'événements, qui entraîna l'arrestation de quarante étudiants et de onze membres du ZUM, fut largement condamnée. La Confédération des syndicats du Zimbabwe (ZCTU) a poussé cependant la témérité jusqu'à imprimer ses critiques dans un tract qui mérite d'être longuement cité : « (...) La police est la principale responsable de toute cette affaire (...) Le zèle et l'enthousiasme avec lesquels [ils] ont traités les étudiants (...) ne s'était jamais vu, même dans d'autres situations, comme par exemple en 1985 (...) L'incident récent de l'université (...) est la claire démonstration de la montée de la répression d'Etat qui a déjà été subie par différents secteurs de la société. Des femmes (...) ont étés agressées et accusées d'être des prostituées, le secteur informel comme les taxis rapides ou les vendeurs sont aussi souvent agressés (..) des universitaires, des travailleurs et des syndicalistes ont récemment été arrêtés et détenus sans jugement. (...) » (16)
« Nous disons que la législation des issu du portugais, de l'époque où la ZANU était basée au Mozambique.
(16) Cela fait référence aux nombreux incidents qui ont eu lieu durant les élections de 1985. A cette occasion les incidents entre les deux organisations atteignirent une rare violence, des membres de la Ligue ZANU ainsi que des femmes de la Ligue ZANU des jeunes s'organisèrent en bandes pour intimider les partisans du ZAPU en lapidant et mettant le feu à leurs maisons, brisant leur mobilier et les chassant dehors.
ZIMBABWE au Mozambique (7000 ocaCola selon Le Monde diplomatique de février 1988, ndlr) pour protéger les échanges du Zimbabwe — y compris le transport de pétrole — vers le port le plus proche qui est Beira au Mozambique, ainsi que pour aider les Mozambicains à résister aux actions brutales et destructrices de la RENAMO. Les incursions des bandits de la RENAMO aux frontières orientales du Zimbabwe se poursuivent et affectent maintenant le
Alors que le gouvernement de Mugabe continue à prôner les sanctions contre l'Afrique du Sud, la réalité régionale de l'économie fait que le Zimbabwe est toujours dépendant économiquement de l'Afrique du Sud qui demeure son principal partenaire économique, même si la Grande Bretagne, la RFA et les EtatsUnis sont en train de la rattraper.
Prochaines élections
Les récents procès au Zimbabwe d'espions payés par l'Afrique du Sud prouvent l'existence de réseaux rebelles de blancs et aussi de quelques noirs — qui gardent la capacité de déstabiliser le pays militairement et économiquement. La précarité de la situation en Namibie — sans parler de celle de l'Angola ni même de la Zambie qui connaissent des vagues de grèves et d'émeutes de la faim — ne rendent pas facile et rapide la solution des problèmes du Zimbabwe ni la possibilité qu'ils servent de leçon à ceux qui sont engagés dans la bataille en Afrique du Sud.
Malgré l'unification de la ZANU et de la ZAPU, il reste à voir si la rhétorique socialiste et l'aura du mouvement de libération nationale seront suffisantes pour rallier les masses de travailleurs et de paysans derrière un programme économique qui est clairement opposé à leurs inté-
En l'absence d'organisations fortes et indépendantes qui peuvent défendre leurs intérêts et résister à la suppression actuelle des droits démocratiques, il semble que le scénario prévisible pour le futur soit celui de l'accentuation des divisions sociales, marquée par des affrontements et des luttes d'intensités variables.
Il sera intéressant de voir, avec l'évolution de la situation en Afrique du Sud, quelles seront les possibilités d'alliances de classe à travers les frontières. *
Décembre 1989
pouvoirs d'exception, (...) promulguée par le fameux régime raciste de Smith pour se protéger des masses du Zimbabwe, est l'instrument le plus inapproprié dans une société démocratique. Nous aimerions rappeler au gouvernement qu'il dénonce lui-même fortement une lédu Sud (...).
« Le gouvernement doit être fortement prévenu que sa volonté de faire taire le mécontentement croissant des masses à propos des hausses du coût de la vie, des problèmes de transport, du chômage, de la misère et autres phénomènes socio- économiques négatifs plongera tôt ou tard l'ensemble du pays dans un chaos total. »
Le tract était signé par le secrétaire général du ZCTU,
Morgan Tsvangirai, qui fut ensuite arrêté dans le cadre des règlementations de l'état d'urgence, accusé d'être un espion à la solde de l'Afrique du Sud (accusation ridicule) puis fut relâché sans chef d'accusation ni compensation six semaines plus tard. Par ironie, au même moment, plusieurs dirigeants syncats sud-africains (COSATU) se trouvaient à Harare où ils assistaient à une conférence internationale des travailleurs du secteur public. Ils protestèrent contre la détention illégale du secrétaire général autres syndicalistes. organisationnel étudiants. de la "ligne de front".
dicaux de la Con-fédération des syndidu ZCTU, tout comme de nombreux
Ainsi, dans la période qui mène aux élections de 1990, le
Parti semble s'être résolu saper les bases de son soutien rêts matériels.
et politique parmi les masses ouvrières et paysannes, sans parler des
Il faut reconnaître cependant, qu'au même moment, le parti dirigeant doit se frayer un chemin tortueux sur le terrain miné de la politique sud- africaine où le Zimbabwe se trouve au premier rang des pays
L'armée du Zimbabwe est fortement et coûteusement déployée