Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

UNION SOVIETIQUE

Lettres de Léningrad

· Inprecor n° 304, 9 mars 1990 · p. 22-25 · 3 381 mots

URSS et Russie Europe de l'Est Pologne Stalinisme

Nous publions ci-dessous de larges extraits de deux lettres envoyées à notre camarade David Seppo par son correspondant en URSS, Piotr Laskine, militant marxiste des organisations informelles de Léningrad. Piotr LASKINE

DANS une période de

révolution, ou de quasirévolution (comme cela se passe pour l'instant ici), chaque jour équivaut à une année d'évolution pacifique. Durant ces 120 derniers jours, nous avons connu: la première session du Soviet suprême — que le pays entier a regardé et écouté, tout comme il l'a fait pour le premier Congrès des députés du peuple. Le congrès et la session ont fait davantage pour l'éducation politique des larges masses et pour l'augmentation de leur compétence sur les questions les plus variées touchant à notre pays que les 65 années précédentes réunies, les grèves, la crise permanente au Caucase et dans les Pays baltes.

Tu possèdes un avantage très important sur la majorité absolue des citoyens soviétiques car il me semble que tu trouves le temps de lire notre presse et nos revues économiques. Le citoyen soviétique moyen, comme moi, n'en a pas le temps, et donc il connaît les idées des intellectuels "radicaux" favorables au marché, tels G. Popov et N. Shmelev, mais n'a jamais entendu parler des marxistes comme Y. Sukhotin, V. Bogatchev et N Buzgalin. Il est difficile de dire à quel point nos intellectuels "de gauche" sont motivés par le désir d'aller eux-mêmes vivre à l'Ouest. De tels états d'esprit (avant vers le marché !) se diffusent à la vitesse de la lumière et sont appuyés par notre propagande officielle (et aussi "informelle").

Je te le dis honnêtement : je me trouve actuellement dans une position idéologique très étrange. Il y a un an encore, dans mon groupe "informel" nous étions tous unis. Aujourd'hui (c'est-à-dire depuis environ la seconde moitié de 1988) tous nos démocrates ont commencé à évoluer vers la droite quant à leur pensée socioéconomique. Cela va à l'encontre de mes idées. Au niveau politique (la démocratie !), tout comme au niveau des actions pratiques, j'ai quelques petites divergences avec mes camarades. Mais, quand il s'agit de nos idées sur un ordre socioéconomique, les divergences augmentent notablement.

Nous avons ce qu'on appelle un Front uni des travailleurs (FUT). Son idéologie (phraséologie) est, pour dire la vérité, très proche de la mienne. Mais c'est une fiction et une création de la partie conservatrice de l'appareil. Nous devons développer le marché — c'est une nécessité objective, que cela nous plaise ou non (et cela ne me plaît pas). Toute direction, quelle soit de droite ou de gauche, Pamiat, Ligatchev, Yakolev, Afanassiev, sera forcée de suivre cette voie. Mais la question est : jusqu'à quel point ? Et la question suivante est : cela devra-t-il être applaudi, être considéré comme une fin en soi, ou simplement comme un moyen. Là nous disons : nous sommes forcés de faire cela, mais c'est parce que n'avons pas le choix.

En général, les pays socialistes sont toujours sortis des crises socio-économiques en élargissant les rapports de marché. Cela semble être une règle : l'URSS en 1921 et en 1933 (élargissement du marché agricole), Krouchtchev, la Pologne en 1956 et 1982, la République démocratique allemande (RDA) après le 17 juin 1953, la Hongrie sous Kadar et Nagy, la Chine après le "Grand bond" et récemment encore, etc.

La gauche n'est pas à la mode en URSS ou en Europe de l'Est. Elle n'aura pas beaucoup de succès dans un futur proche. Mais cela ne signifie en aucun cas que les gens de gauche doivent rejeter leurs positions idéologiques. La situation créé un net clivage entre les opportunistes et les gens ayant des principes. L'histoire du mouvement de gauche au niveau mon-

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dial nous a légué des centaines d'exemples où il semblait qu'aller contre le courant revenait à se taper la tête contre les murs. Mais ces personnes se sont toujours attachées à une perspective à long terme (et non à un succès immédiat). Les développements politiques sont toujours le résultat de l'interaction de différentes forces politiques. Aucune d'entre elles ne peut imposer entièrement ses conditions et réaliser pleinement son programme. Par exemple, vos camarades n'ont certainement pas imposé la situation dans votre pays, et cependant, dans une certaine mesure, il est affecté par leurs luttes.

Pourquoi suis-je en train d'écrire tout cela ? Parce qu'en Union soviétique il est nécessaire de construire une idéologie et un mouvement de gauche indépendant (marxiste) et de les distinguer du courant général "trotz Alledem" [malgré tout], comme l'a dit Karl Liebknecht. Cela doit être fait, même si cela semble voué à l'échec et donquichottesque.

Je suis de très près les événements polonais (cela fait dix ans que je lis Tribuna Luda, l'organe du PC). Courant 1989, il a changé comme un caméléon — comme s'il était devenu un autre journal. Là-bas, la situation est très compliquée. L'opposition entre la bureaucratie et le mouvement populaire ne reflète que l'un des aspects de la situation. L'on ne peut pas expliquer grand chose avec uniquement cela. J'ai récemment lu de nombreux exemplaires du journal Solidarité. J'en ai gardé une impression très étrange. Un mouvement ouvrier anti-communiste et pro-capitaliste. Mais il n'existe pas d'unité de vues. Dans un même numéro, l'on peut trouver des articles qui adoptent des positions totalement opposées : tant des positions prosocialistes (cela ne signifie pas qu'ils utilisent le mot "socialiste" — qui est une bête noire, une cible où à maudire et sur laquelle cracher — je parle du contenu réel de l'article) qu'une quasi explicite apologie effrontée du capitalisme sauvage (laissez faire), qui va jusqu'à porter la richesse aux nues. Même Reagan ou Thatcher ne se sont jamais permis de déclarer des choses pareilles.

En général, hormis un rejet partagé de 1 '''ancien régime" et un amour du pape, polonais (!), il n'existe pas de positions communes dans l'idéologie de l'opposition. Tant qu'ils luttaient contre les autorités, pour la démocratie, la lutte en commun et la répression les unissaient. Maintenant la différenciation est à l'œuvre. Il se passe la même chose dans le

Parti, où le spectre idéologique va de "en avant vers le capitalisme" (cela a été dit ouvertement par le ministre de l'Industrie du gouvernement Rakovsky) à l'extrême gauche. Quand on lit les deux hebdomadaires, Polityka et Solidarité, il n'est absolument pas clair qu'il s'agit de publications de forces politiques d'opposition. Les gens étaient divisés en deux camps uniquement autour de la question du pouvoir. Maintenant, c'est en train de se réduire comme une peau de chagrin. (...)

Ce qui est nouveau en Pologne, c'est ce que l'on a baptisé la "privatisation de la nomenklatura". Nous ne possédons pas encore de mot russe équivalent, mais ce processus grâce auquel les bureaucrates deviennent des propriétaires apparaît de plus en plus nettement ici aussi. Par des moyens légaux, un directeur d'entreprise, ou l'administration toute entière, achètent une quantité importante d'actions et parfois tière. Officiellement, tant la direction du PC que celle de Solidarité tonitruent contre ce phénomène (bien que la revue Solidarité ait publié une série d'articles qui l'appuient). Cela a commencé l'an dernier, si ce n'est auparavant, c'est-àdire avant le gouvernement Mazowiecki. J'ai lu récemment que, déjà dans les années 30, Trotsky avait présenté ce processus comme une voie possible du développement de la bureaucratie soviétique.

J'ai lu que Rudi Dutschke (1) s'est rendu à Prague durant l'été 1968 pour rencontrer des étudiants tchécoslovaques. Malgré de grands espoirs, les deux parties se sont retirées déçues. Dutschke n'a pas trouvé chez les Tchécoslovaques les opinions qu'il attendait. Pour lui, la République fédérale allemande était un Etat bourgeois, pour eux il était idéal. Pour lui, la guerre du Viet-Nâm représentait un crime de l'impérialisme, pour eux ce n'était que de la propagande. Quelque chose de semblable est en train de se passer avec les gens de gauche de l'Ouest. (Je ne parle pas de toi, qui connaît notre réalité, mais des gens éloignés de l'Union soviétique). Ils viennent en grands nombres, et beaucoup d'entre eux espèrent voir une seconde révolution, la terre promise du socialisme rénové. Et ils ne peuvent pas comprendre ce qu'ils voient. Dans les couches les plus diverses, l'humeur est pro-capitaliste. L'Ouest représente

UNION SOVIETIQUE =

COMMUNISTE

PARTI

l'idéal. Le Parti communiste veut créer une bourse et vendre des actions. Les travailleurs font grève — non pas contre leurs directions, mais avec elles.

J'ai été le témoin d'une conversation entre des gens de gauche occidentaux et des militants des "syndicats indépendants" (à Piter [Leningrad], derrière ces grands mots, on trouve, pour l'instant, quelques douzaines de personnes dans des organisations à moitié hostiles les unes envers les autres et n'ayant absolument aucune influence). Les gens de gauche de l'Ouest défendaient le socialisme, la propriété sociale, etc. Les autres les regardaient comme des Martiens. D'autant plus quand les premiers exprimaient leur admiration pour la révolution, pour Lénine, pour les bolcheviques. Et le plus intéressant, c'est que la propagande officielle jongle avec des attitudes tout à fait identiques. Il est devenu de bon ton de mépriser la révolution. Bien sûr, rendre les bolcheviques de 1917 coupables de la crise de 1989 revient presque à rendre Jésus responsable de l'Inquisi-

Trotsky a déjà été réhabilité de facto. Il est paru énormément de matériel sur l'Opposition de gauche, ses participants, leurs articles et des extraits de leurs écrits (Voir Inprecor numéro 302, du 9 février 1990). Aujourd'hui, partout, le marxisme est attaqué (tant dans la presse officielle que dans l'"informelle"), et je pense que très prochainement nos idéologues officiels vont se saisir de Trotsky. Cela a déjà commencé. Trotsky et les trotskystes représentent un atout important — ils sont marxistes, et comme ils le disent, plus catholiques que le pape. On peut les accuser de tout sauf d'être anti-marxistes ou anti-léninistes. Et ils se sont opposés à Staline depuis le commencement (bien sûr, ils s'opposaient en réalité à quelque chose de

1) Rudi Dutsche était l'un des animateur du mouvement de contestation étudiante ouest -allemande dans les années 60.

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UNION SOVIETIQUE à quelque chose de bien plus important que la personnalité de Staline en elle-même). Ainsi, en mettant l'accent sur Trotsky, ils montreraient que le stalinisme n'a aucun rapport avec le marxisme, et que Staline l'a dénaturé.

J'essaye de dire que les intérêts de la gauche et d'une partie de la nomenklatura coïncident dans la volonté de présenter l'Opposition de gauche au grand public. La nomenklatura n'est pas unie, ses idéologues non plus. Dans le passé, les publications officielles sur l'Opposition de gauche me rendaient malade. Mais récemment, ils ont publié beaucoup de matériaux inédits. Par exemple, dans Nedelya, sont parus quelques articles de Rakovsky, avec une introduction du professeur Sirotkina. Ce dernier semble avoir des opinions libérales de droite. Il est, en fait, spécialiste de la France contemporaine, mais se fait de l'argent aujourd'hui en écrivant les introductions aux œuvres issues des "trous noirs" de l'histoire soviétique. Un autre qui tire profit de Trotsky est l'historien Vasinksii. Il existe probablement de nombreux autres opportunistes qui festoient grâce à cette mine d'or.

Oui, ils sont en train de publier ces choses. Mais jette un œil sur les commentaires ! J'attends de voir imprimer des écrits de Trotsky qui ne soient ni des mémoires ni des descriptions historiques mais des analyses politiques de la société soviétique, ou ses programmes, slogans et

Gorbatchev a perdu sa popularité initiale (1985-1987) parmi la base de la population. A l'Ouest, beaucoup sont aveuglés par son offensive sur la paix et ne voient pas que l'attitude à l'intérieur du pays est très différente. Quand il était encore le maître de la situation — et quand la situation n'était pas mauvaise — chacun de ses gestes, qu'il soit sévère (la campagne anti-alcoolique, la purge des cadres, le contrôle de l'Etat sur qualité) ou libéral, était très bien accueilli. Mais aujourd'hui, la situation a "légèrement" changé, et a échappé à son contrôle. Son aura dans l'opinion publique a fait long feu. Il est faux de dire que chaque jour cela devient plus difficile de vivre. Faux que le pays est un bazar et que règne le désordre généralisé. Cela prouve que Mikhail Gorbatchev est un piètre politicien ! Bien qu'il soit maître incontesté dans l'art des intrigues "'nomenklaturistes", il a fait désastreuse impression en ce qui concerne la réelle (grande) politique. Il a oscillé, il a temporisé, il est effrayé, il n'a pas de positions, il est passif, il laisse passer le moment. L'exemple le plus extrême et le pire est le blocus du Karabagh et de l'Arménie. Mais c'est pareil dans tous les domaines.

Prenons les gens ordinaires de Leningrad que je connais. Ils sont bien plus furieux actuellement à propos du blocus du Karabagh qu'à cause de la hausse des prix et des pénuries. On assiste à une paralysie progressive du pouvoir. Plus personne ne prendra jamais les discours de Gorbatchev au sérieux. Enormément de bla-bla. Tout le monde sait que, quoi qu'il dise, cela n'aura aucune influence ni de conséquences pratiques, tout comme, à une autre période, les milliers de Chinois qui "déconseillaient" aux Américains de bombarder le Viet-Nâm.

Plus personne ne l'apprécie. Ni les radicaux, ni les conservateurs, ni les nationalistes ni les orthodoxes... Il se maintient, tout comme Staline dans les années

20, sur la base d'un équilibre de forces et grâce à son contrôle de l'appareil. Tout son charisme a disparu, même aux yeux des libéraux de Moscou, eux qui, il n'y a pas si longtemps, étaient follement entichés de lui. Si quelque chose arrive au secrétaire général, qui pourrait prendre sa place ? Il semble que le seul à pouvoir le faire serait Ryjkov. D'ailleurs, le Premier ministre semble actuellement plus populaire que le secrétaire général. Cela peut sembler bizarre pour vous qui êtes au loin, mais, de manière parallèle, le désir d'une démocratisation complète et finale et celui... d'une main de fer, qui apporterait un certain ordre coincide souvent chez les mêmes personnes. Cela rappelle d'une certaine manière l'été 1917, quand Miliukov [dirigeant du parti libéral] écrivait : ou Komilov [conspirateur militaire de droite] ou Lénine. (...). *

Léningrad, le 18 octobre 1989

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porte quel crétin sait qu'elles ne contiennent aucune trace de socialisme, que le revenu dans ce cas provient du capital et absolument pas du travail et que cela aura comme résultat que les riches deviendront plus riches et que les pauvres seront marginalisés. Dans l'usine, la crème de l'administration achètera pour des milliers de roubles d'actions, tandis que l'ouvrier ou l'ingénieur moyen ne pourront en acheter que peut-être pour une centaine. Ceux qui ont de faibles salaires ou ceux qui ne peuvent pas travailler n'en achèteront aucune. Ainsi, ils ne survivront que grâce à leurs revenus.

Tout cela est clair comme de l'eau de roche. Mais, pour "certaines raisons", la presse se tait sur ce thème. Tant que l'idéologie officielle continue à faire mine d'être marxiste, des choses étonnantes sont en train de se produire. Ainsi, notre député démocratique (!) de Leningrad, le professeur Denisov, dans les Izvestias du 12 décembre 1988 "démontre" que Karl Marx n'était pas opposé à la propriété privée. (...)

En général, en Union soviétique (et encore bien davantage en Hongrie et en Pologne) l'on en est revenu à la question fondamentale : quel type de propriété ? Ceux que notre propagande qualifiait en Pologne, en 1980-1982, de forces "anti-socialistes" n'étaient, pour la plupart, rien de tel. C'était une fausse appréciation. Mais, aujourd'hui, il semble que cela ait acquis une certaine réalité.

Toute personne ou étude antisoviétique (et à fortiori anti-révolutionnaire) est ressortie des oubliettes de l'histoire, a accès aux médias officiels (surtout les revues) comme une découverte, une vérité irréfutable et définitive. Les écrivains de Vekhy [écrivains de droite qui ont attaqué la révolution de 1905 après son échec], les Blancs, Solejnitzine, etc. Ce dernier a été haussé au niveau d'autorité maximale.

Les libéraux sont terriblement irrités par la haine de la population envers les "coopérateurs" (voir Inprecor numéro 296 du 30 octobre 1989). Ils essayent de montrer que c'est entretenu artificiellement, qu'il s'agit d'un un complot, etc. C'est faux. La population n'aime réellement pas du tout les coopérateurs. Pour de nombreuses raisons. Le prix élevé de ce qu'ils vendent et de leurs revenus importants, la spéculation, leur récupération des biens (et du personnel) du secteur d'Etat. Je me souviens comment en Pologne, durant chaque plenum du Comité central, après 1981, des travailleurs se plaignaient à chaque fois du fait que les coopératives étaient réellement des entreprises privées. Nos libéraux ont "découvert" un nouveau juron : "populisme"! Chacun considère de son devoir de l'attaquer. Je suis sûr que tu as lu de tels articles, qui abondent partout.

A Leningrad, le "populisme" a commencé à inclure Pamiat et des organisations nationalistes similaires, et également ce qu'on appelle le Front uni des travailleurs (FUT). Ce dernier a été créé avec l'aide d'une partie de la nomenklatura de Leningrad. Ses slogans ne sont pas vraiment mauvais, c'est du pur "marxisme-léninisme". Cependant, généralement tout le monde comprend ce qu'il y a réellement derrière cela. L'appareil développe une attitude réellement contradictoire vis-à-vis du FUT (je connais cela de très près). D'un côté, ils l'aident et l'encouragent, de l'autre ils s'en méfient en tant que concurrent potentiel, comme d'un génie sorti de la lampe qui peut échapper à leur contrôle. Ainsi ils le maintiennent à l'arrière-plan.

De nombreux dirigeants du FUT vous disent de but en blanc : si les événements continuent à aller dans la même direction, nous serons amenés à créer notre propre Parti communiste sur les bases du FUT. Ils insultent ouvertement Gorbatchev. Et tu peux comprendre comment, pour toute personne de la nomenklatura, quelles que soient ses opinions personnelles, de tels plans du FUT représentent une épée de Damoclès. Tant le FUT que le Front populaire de Leningrad tentent de prendre d'assaut la classe ouvrière de Leningrad. Mais, jusqu'à présent, aucun d'entre eux n'a connu beaucoup de succès. Les autres organisations qui ont le même but (les clubs de travailleurs, les "syndicats indépendants", etc.) n'y sont pas parvenues

Durant les derniers mois, j'ai rencontré plusieurs étrangers. Je suis surpris par leur vision angélique des événements en Union soviétique. Nous avons devant nous une période très compliquée, une époque historique entière peut-être. Et, pour "remettre à l'heure les pendules de notre cerveau", il est important que nous soyons au courant des théories de la gauche occidentale.

UNION SOVIETIQUE =

Je pense qu'aujourd'hui, l'Internationale communiste (au sens large : tant les "staliniens" que les "trotskystes", tout comme les "eurocommunistes" de gauche) se trouve dans une situation qualitativement nouvelle. Les vieilles questions autour des polémiques des années 50 et 60 (et, parmi les PC officiels, après 1968) perdent de leur pertinence. Des conditions totalement nouvelles sont en train d'apparaître. (...) Ainsi, il semble anachronique aujourd'hui que les organisations marxistes de gauche soient divisées et se battent entre elles. Objectivement, un regroupement, une nouvelle synthèse des forces de gauche est nécessaire. C'est également inévitable. Peut-être cela nécessite-t-il une nouvelle montée du mouvement populaire. Il existe un phénomène totalement nouveau - l'apparition de nouvelles organisations marxistes en Europe de l'Est. Les révisionnistes hongrois, avec un soulagement évident, ont jeté aux orties leurs habits "marxistes" et "communistes" et ont revêtu des atours européens respectables. Mais, sur les ruines du Parti ouvrier socialiste de Hongrie, plusieurs nouvelles organisations marxistes sont apparues. Leur destin n'est pas clair pour l'instant. Mais il est clair que, si des organisations concrètes peuvent apparaître et se dissoudre, ce courant politique ne peut disparaître —il existera toujours. De cette manière, j'ai entendu à la radio occidentale qu'il existait une sorte d'organisation trotskyste en Hongrie, et qu'elle a organisé des grèves ouvrières. (...)

En RDA, il existe la Gauche unie. Il y a également des gens inorganisés comme Stefan Hermlin, qui a refusé de signer la pétition du Nouveau Forum parce que le mot "socialisme" n'y figurait pas. Nous Deutschland [l'organe du PC allemand] dans chaque kiosque et l'acheter par kilos entiers. Mais il a disparu depuis deux semaines — il n'a pas été importé. (...)

Un phénomène intéressant dans une série de pays d'Europe de l'Est est la ré volte des syndicats officiels. Cela se manifeste ici aussi ; ils organisent des rassemblements contre les coopérateurs et la hausse des prix. Mais ces manifestations ne vont pas les aider. (...) *

Léningrad, le 30 octobre 1989

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