Inprecor 1974–2004

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RDA

Position du VSP

· Inprecor n° 305, 23 mars 1990 · p. 35 · 1 359 mots

Allemagne Europe de l'Est

possibilité d'une révolution politique en RDA seule, à court ou à moyen terme, dans le sens d'une conquête du pouvoir par la classe ouvrière, ni à la probabilité d'une période prolongée de confédération — sur un pied d'égalité. — entre la RDA et la RFA, qui pourrait en quelque sorte offrir le temps nécessaire pour renverser le rapport de forces et rouvrir une perspective révolutionnaire en RDA.

Le VSP s'attend à ce, qu'après les élections du 18 mars, s'ouvre une période pendant laquelle les mesures principales d'une absorption de la RDA par la RFA soient prises. La durée de cette période pourra varier selon les obstacles qui s'érigeront face à ce projet. Cependant, la fuite de masse et la pression impérialiste ont créé une situation de grave déséquilibre de l'économie de la RDA qui, à son tour, a renforcé le mouvement de fuite. L'absence d'un mouvement de masse en RFA joue dans le sens d'un accroissement de la pression pour l'unification. Les uns en attendent un arrêt de l'exode vers l'Ouest, et les autres une amélioration sensible de leur situation matérielle. La tendance à l'unification capitaliste est devenue irréversible.

Le système fédéral qui devra être réintroduit en RDA après les élections aidera beaucoup la bourgeoisie impérialiste allemande à mener à bien cette assimilation. Il lui permettra d'accepter toute une série d'exceptions aux lois en vigueur en RFA. Ceci s'applique au système d'éducation, à une partie de l'aide sociale, à la loi fiscale, aux prix des loyers, aux formes de propriété, à la loi électorale, à des droits tels que le référendum. La seule chose qui doit être garantie est qu'en cas de conflit entre un länder et la législation fédérale, c'est cette dernière qui tranchera.

2. La "réunification" en cours n'est pas une unification sur un pied d'égalité entre deux systèmes sociaux d'ailleurs incompatibles. Il s'agit de l'annexion pure et simple de la RDA, c'est-à-dire de la prise du pouvoir politique et social par la bourgeoisie, ce qui implique le démantèlement des conquêtes sociales et politiques majeures du régime antérieur non capitaliste et de la révolution de novembre. Cela restera valable quelle que soit la situation qui la mènera à bien, bourgeoise homogène ou sociale-démocrate. Au niveau politique, les partis bourgeois souhaitent tout simplement l'extension de la Constitution fédérale à la RDA, tandis que la social-démocratie propose la rédaction d'une nouvelle Constitution à partir du modèle fédéral. La différence est importante au niveau des possibilités qu'auront les masses leurs propres propositions ment, démocratiser y compris la Constitution fédérale sur certains points. Mais ceci ne change rien au fait que, dans les deux cas, il s'agira d'une assimilation de la RDA dans le système capitaliste.

En l'absence d'une perspective socialiste crédible en RFA à l'heure actuelle, la seule possibilité de sauvegarder les acquis de la classe ouvrière et des femmes en RDA consiste à défendre l'Etat est-allemand comme identité souveraine et indépendante à tous les égards. C'est pourquoi le VSP se prononce fermement contre ladite "réunification"

On nous dira que nous avançons une perspective que nous-mêmes estimions caduque il y a peu de temps. C'est vrai. Et naturellement, elle n'aura plus beaucoup de sens si celle-ci devient un fait, même si, formellement, la réunification n'a pas encore été accomplie. Mais, nous n'en sommes pas là. La RDA existe encore comme Etat souverain et, tant que des gens en RDA se battront pour une société non capitaliste, pour une alternative à la RFA, nous n'avons pas le droit de dire que cette lutte est devenue inutile.

3. En RDA, le projet d'assimilation aura des conséquences dévastatrices pour certaines couches de salariés et il est vraisemblable qu'elle rencontrera des résistances farouches. En même temps, il existe dans la classe ouvrière une grande disponibilité à réaliser des sacrifices pour améliorer son niveau de consommation. En RFA, en revanche, la division de la classe ouvrière entre sa condition Est et sa condition Ouest crée une énorme pression sociale. A l'Ouest, une grande partie de la classe ouvrière a peur d'en faire les frais. Dès aujourd'hui, les patrons demandent un « sacrifice national pour la RDA ».

Nous estimons vitale la constitution d'un front uni entre les ouvriers, les femmes, les jeunes, les mouvements sociaux de RDA et de

RDA = Position du Parti socialiste unifié (VSP) de RFA. Le VSP est issu de la RFA pour mener une lutte commune, c'est notre façon fusion entre la section ouest-allemande de IVe Internationale (GIM) et le Parti communiste d'Allemagne (KPD), en octobre 1986.

forces actuel, il n'existe pour les travailleurs aucune possibilité de dire : « Nous voulons l'unification, mais sans en payer les frais ». En plus, en RDA, ils seront facilement victimes d'un chantage : si la mobilisation sociale continue, pas de transfert de capital, donc écroulement de l'économie. Pour se soustraire à ce chantage, la classe ouvrière devra prendre justement la décision ferme et collective de renoncer au capital ouest-allemand et chercher une alternative non capitaliste. Mais le même moteur qui a amené les gens à quitter le pays par milliers, à manifester massivement pour la réunification, les entraînera à accepter des "sacrifices" Tous ceux qui, comme le Parti du socialisme démocratique (PDS), le Parti communiste allemand (DKP), les rénovateurs et les autres courants réformistes, ne s'opposent pas clairement à l'unification, mais sculement à ces coûts, ne contribuent qu'à l'affaiblissement d'une position ferme contre l'annexion de la RDA

Pour la même raison, nous ne pensons pas qu'il existe une base pour un mot d'ordre comme celui pour une réunification socialiste de l'Allemagne.

Le social et le "national" sont indissociablement liés dans cette situation, la question "nationale" est systématiquement utilisée par l'impérialisme pour créer ce consensus national dont il a besoin pour faire passer les "sacrifices" qu'il demande. En face de l'énorme effort que signifie le projet d'unification pour l'impérialisme, il doit renforcer le chauvinisme allemand et a de nouveau besoin d'un climat où il ne « connaît pas de partis, uniquement des Allemands ». Ceci ira de pair avec le renforcement de la législation répressive et discriminatoire contre les immigrés, contre le droit d'asile, contre les droits démocratiques non ethniques et avec des actes xénophobes et racisles.

5. Lors de son congrès extraordinaire, le VSP a pris les décisions suivantes :

a) Le VSP s'oppose de manière décidée à la campagne pour la réunification sous toutes ces formes, telle qu'elle a été engagée par le gouvernement, les associations des expulsés, les patrons et les organisations d'extrême droite et fascistes. Le VSP a exprimé cette opposition sans ambiguité à travers les articles et la ligne générale de son b) Au-delà de cette position anti-revancharde incontestée, le VSP n'a mené aucune polémique sur la question nationale dans le cadre d'une révolution socialiste en RFA. De telles positions ont leur place dans le débat politique et dans le VSP. Elles ne peuvent pas être dénoncées comme étant revanchardes.

c) Indépendamment de cette discussion qui reste à mener, le VSP est d'avis que la question de la réunification dans les conditions actuelles ne peut pas être soulevée de façon progressiste.

En même temps, le VSP discute de la possibilité d'une initiative pour un référendum sur l'unification. Nous voulons pouvoir dire "non" à l'anschluss de la RDA et nous voulons renforcer l'aspiration des masses à décider elles-mêmes de leur sort. Nous demandons un vrai droit à l'auto-détermination, y compris pour les cinq millions d'immigrés qui vivent en Allemagne et n'ont nullement voix au chapitre.

De la même manière, nous appuyons les initiatives existantes pour l'abolition de l'armée ouest-allemande, suivant l'exemple suisse. Il existe un réel sentiment dans la population pour saisir ce moment pour établir un nouvel ordre en Europe qui ne soit plus déterminé par les armées, les armes atomiques, les Etats nationaux, le chauvinisme et le racisme. A cet égard, le VSP a proposé au SU de la IVe Internationale une initiative commune pour l'abolition de l'armée dans chaque Etat européen, dans la perspective d'une Europe démilitarisée, et pour une conférence anti-militariste européenne qui pourrait aboutir à une manifestation internationale.

Nous travaillons à la solidarité ouvrière par-delà toutes les frontières, en nous appuyant sur les réflexes d'autodéfense contre l'offensive capitaliste.

5 mars 1990

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